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Nouvelles

Un Vaisseau fantôme de haut calibre au Festival d’opéra de Québec

par Alex Tremblay Lamarche, le 31 juillet 2019 | 3600 Secondes d'Histoire, Nouvelles

Depuis 2011, le Festival d’opéra de Québec a habitué les amateurs d’art lyrique de la capitale à des productions de haut calibre et il ne fait pas exception cette année avec un Vaisseau fantôme qui se déploie avec force et maestria. François Girard signe une mise en scène à l’esthétique recherchée bien ancrée dans le romantisme allemand et, dans une moindre mesure, anglais.

Dès l’ouverture, le spectateur est saisi par la force de la tempête au sein de laquelle se trouve une Senta seule dans des projections qui rappellent les ciels et les mers déchainées de William Turner. Puis, lorsque le navire de Daland accoste au premier acte, on se retrouve dans un décor semblant tout droit sorti de l’univers de Caspar David Friedrich. Tantôt, c’est un Hollandais seul au loin qui rappelle Le Voyageur contemplant une mer de nuagestantôt ce sont les banquises sur lesquelles se déploient les chanteurs et les clairs obscurs devant lesquels ils se dressent qui rappellent les paysages du peintre.

 

François Girard nous offre un Vaisseau fantôme très pictural dont les décors et les costumes nous transportent avec brio dans l’univers lugubre du Hollandais volant sans tomber dans les clichés. Là où plusieurs se seraient cassé les dents en tentant de singer des fantômes, il mise plutôt sur une série d’ambiances inquiétantes qui doivent beaucoup aux éclairages spectraux de David Finn, aux décors sinistres de John Macfarlane et aux costumes sombres de Moritz Junge.

Ce qui est indéniablement l’une des plus grandes forces de cette production en est aussi paradoxalement la seule faiblesse. Les chanteurs paraissent par moments assommés par la grandeur des décors et quelque peu statistiques au sein de ceux-ci. La fascination de Senta pour le Hollandais a beau la plonger dans un état d’esprit contemplatif lorsqu’elle est présentée à ce dernier au deuxième acte, il n’en demeure pas moins que cette scène (et quelques autres) présente des personnages qui gagneraient à habiter davantage l’espace. De même, le Hollandais de Gregory Dahl a beau venir d’outre-tombe et se mouvoir avec lenteur pour bien montrer sa nature spectrale, il n’en demeure pas moins trop souvent immobile. Nous avons ainsi droit à quelques reprises à une série de tableaux magnifiques qui auraient gagné à s’animer davantage.

Qu’à cela ne tienne, les voix sont belles et les interprétations justes. Le chœur de marins du premier acte donne tout de suite le ton tandis que celui des fileuses du deuxième acte donne droit à l’un des moments les plus intéressants sur le plan visuel grâce à un dispositif de cordes qui s’agitent aux vibrations des voix des chanteuses. Plusieurs très beaux duos (notamment celui de Senta et du Hollandais au deuxième acte) ponctuent également l’œuvre qui s’achève dans une finale splendide où le chœur devient lui-même un écran mouvant ne faisant qu’un avec l’agitation dans laquelle Senta se lance du haut d’une falaise pour ensuite monter au ciel avec le Hollandais.

Avec cette production du Vaisseau fantôme, le Festival d’opéra de Québec peut de nouveau se targuer d’avoir monté une production d’envergure internationale à Québec en plus de pouvoir se vanter d’avoir ramené un opéra de Wagner dans les murs de la vieille capitale (la dernière production du compositeur allemand à Québec remontant à près de 100 ans). Reste à espérer que les mélomanes de la capitale devront attendre moins longtemps pour réentendre une œuvre du maître et que le Festival d’opéra de Québec nous réservera de nouvelles belles surprises du genre pour ses prochaines éditions.

 

Informations :

Le vaisseau fantôme de Richard Wagner

Chef d’orchestre : Jacques Lacombe

Metteur en scène : François Girard

Le Hollandais : Gregory Dahl

Daland : Andreas Bauer Kanabas

Senta : Johanni van Oostrum

Mary : Allyson McHardy

Erik : Éric Laporte

Le pilote de Daland : Eric Thériault

Coproduction avec le Metropolitan Opera (New York), le De Nederlandse Opera (Amsterdam) et le Festival d’Abu Dhabi.

 

Présenté les 28, 30 juillet, 1 et 3 août 2019 à 20h

Salle : Grand Théâtre de Québec (salle Louis-Fréchette)

Pour plus d’information : https://festivaloperaquebec.com/le-vaisseau-fantome/

 

(Crédit photo : Festival d’opéra de Québec)