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Critique Littéraire : Histoire d’un bonheur (Geneviève Damas)

par Émilie Rioux, le 27 octobre 2015 | Chéri(e) j’arrive

Geneviève Damas
Histoire d’un bonheur
Hamac
2015

Histoire d'un bonheurC’est ça la France

Il ne faut pas se fier au titre fleur bleue du nouveau roman de Geneviève Damas, dramaturge, comédienne et metteure en scène vivant à Bruxelles, encore que les bons sentiments mièvres pointent parfois leur bout du nez, avec un dosage cependant maîtrisé.

Histoire d’un bonheur est le troisième titre de Damas à être publié au Québec chez Hamac, après Si tu passes la rivière et l’excellent recueil de nouvelles Les bonnes manières, et il s’agit peut-être de son titre le plus franco-français… tout du moins en majeure partie. Car le roman tourne autour de la figure d’Anita Beauthier et de sa famille, bourgeoise cinquantenaire de droite, légèrement homophobe et raciste, qu’on prend du plaisir à haïr et admirer secrètement en même temps, pour sa franchise et son franc-parler.

Son discours dans le premier chapitre résume bien l’état actuel de la France, avec notamment ses problèmes d’immigration et d’inégalité sociale, sans que cela ne verse jamais dans la thèse ennuyante à lire. Il se poursuit dans le deuxième chapitre, mais selon le point de vue de Noureddine, un adolescent arabe de 13 ans à deux doigts de sombrer dans la délinquance mais sauvé par Anita, avant que celui-ci ne lui rende la pareille alors que la mère de famille découvre que son mari la trompe, que sa fille sera une éternelle rebelle et que son fils Hervé lui avoue son homosexualité. Dépression, catatonie. Les deux chapitres suivants, avant qu’Anita ne reprenne la parole dans le dernier segment, glissent encore plus vers le personnel, l’intime, et s’éloignent des enjeux sociaux, alors que Nathalie et Simon, respectivement voisine et beau-frère d’Anita, prennent successivement la parole pour y décrire leurs petites joies et grands malheurs.

Car l’une des forces d’Histoire d’un bonheur, c’est sa forme hybride, enthousiasmante à souhait : roman continu avec d’excellentes transitions, mais aussi en quelque sorte recueil de nouvelles en ce sens où le narrateur change à chaque chapitre et nous raconte sa petite histoire, mêlée à la principale. Cette multiplication de voix narratives apporte une richesse et un contenu qui aurait fait paraître Histoire d’un bonheur peut-être plus commun sinon.

Quant à l’écriture de Geneviève Damas, elle flirte volontiers avec le langage parlé, mais tout en restant à la fois soutenue, profonde, et accessible, légère. L’écrivaine n’hésite pas non plus à utiliser une structure libre, remplie parfois de parenthèses (au sens symbolique) qui permet des digressions qui détonnent agréablement dans un roman autrement classique. Décidément, Damas a le tour pour décrire parfaitement les sentiments humains, et faire de ses personnages des êtres humains qui nous ressemblent, avec leurs bons et mauvais côtés. Roman populaire et abordable, certes, mais non pas dépourvu de contenu.

par Cyril Schreiber