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Chronique Poésie – Le Pont Mirabeau

Alcools 2
par Cyril Schreiber, le 27 janvier 2017 | Chéri(e) j’arrive

Poème : Le pont Mirabeau (1912, Les soirées de Paris)
Poète : Guillaume Apollinaire (1880-1918)
Recueil de poésie : Alcools (1913)


Sous le pont Mirabeau coule la Seine
Et nos amours
Faut-il qu’il m’en souvienne
La joie venait toujours après la peine

Vienne la nuit sonne l’heure
Les jours s’en vont je demeure

Les mains dans les mains restons face à face
Tandis que sous
Le pont de nos bras passe
Des éternels regards l’onde si lasse

Vienne la nuit sonne l’heure
Les jours s’en vont je demeure

L’amour s’en va comme cette eau courante
L’amour s’en va
Comme la vie est lente
Et comme l’Espérance est violente

Vienne la nuit sonne l’heure
Les jours s’en vont je demeure 

Passent les jours et passent les semaines
Ni temps passé

Ni les amours reviennent
Sous le pont Mirabeau coule la Seine

Vienne la nuit sonne l’heure
Les jours s’en vont je demeure 


Alcools 1Initialement paru dans la revue Les soirées de Paris (revue littéraire et artistique fondée en autres par Apollinaire) en février 1912 puis repris dans son deuxième recueil de poésie Alcools en 1913 (entre ses autres « succès » que sont Zone et La chanson du mal-aimé), Le pont Mirabeau est non seulement le poème le plus connu de son auteur, mais aussi l’un des plus célèbres de la poésie française, maintes fois étudié dans les cours de français.

Sa structure simple ainsi que son thème (l’amour qui disparaît avec le temps, symbolisé par l’écoulement de la Seine) ont su toucher plusieurs générations de lecteurs, et le poème est tellement ancré dans les mœurs qu’une plaque reprenant les premiers vers est aujourd’hui visible à côté du pont Mirabeau à Paris.

Le « refrain » de ce poème, l’un des vers caractéristiques que tout le monde connaît, a été écrit pendant l’incarcération d’Apollinaire à la prison de la Santé du 7 au 12 septembre 1911, après avoir été accusé de complicité de vol de La Joconde parce qu’un de ses relations avait dérobé des statuettes au musée du Louvre. Cet emprisonnement fut une expérience marquante pour le poète.

Le pont Mirabeau fut souvent mis en musique. La version de Léo Ferré est sans doute la plus connue et la plus reprise, mais notons aussi des réinterprétations originales par Serge Reggiani, Marc Lavoine et Têtes Raides. Parmi les curiosités, notons une version chorale signée Lionel Daunais et même une adaptation en anglais par le groupe punk celtique britannique The Pogues sur Pogue Mahones (1995).

 

Liste non-exhaustive des interprètes du Pont Mirabeau

  • Léo Ferré, Le pont Mirabeau, Paris canaille (1953)
  • Yvette Giraud, Le pont Mirabeau, Yvette Giraud (1955) + Yvette Giraud chante à Paris (1958)
  • Léo Ferré, Le pont Mirabeau, Le pont Mirabeau/Monsieur mon passé (45 tours) (1968)
  • Serge Reggiani, Le pont Mirabeau, Le vieux couple (1972)
  • Mouloudji, Le pont Mirabeau, Mouloudji chante Paris (1980)
  • Serge Reggiani, Sous le pont Mirabeau, Olympia 83 (1983)
  • Serge Reggiani, Le pont Mirabeau, Olympia 89 (1989)
  • The Pogues, Pont Mirabeau, Pogue Mahone (1995)
  • Marc Lavoine, Le pont Mirabeau, Marc Lavoine (2001)
  • Jelena Jangfeldt-Jakubovitch, Le pont Mirabeau, Returning home (2005)
  • Nick Garrie, Le pont Mirabeau, 49 Arlington Gardens (2009)
  • Chanson plus bifluorée, Le pont Mirabeau, Fête de la musique (30 titres) (2011)
  • Vancouver Chamber Choir & Jon Washburn, Le pont Mirabeau, A quiet place : music for healing III (2013)
  • Anne Sofie von Otter, Le pont Mirabeau, Douce France (2013)
  • Têtes Raides, Le pont Mirabeau, Corps de mots (2013)

 

Auteur : Cyril Schreiber