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CITQ 2015 : Par coeur/By heart (par Émilie Rioux)

par Émilie Rioux, le 26 mai 2015 | Chéri(e) j’arrive

Apprendre un texte par cœur. Avec le cœur. By heart. Not by brain.

C’est ce que propose le charismatique Tiago Rodriges, auteur, metteur en scène et « unique » interprète de Par cœur (By heart), présenté cette semaine dans le cadre du Carrefour International de Théâtre de Québec. « Unique », puisque Rodrigues est rapidement rejoint sur scène par 10 volontaires, prêts à se prêter au jeu : celui d’apprendre par cœur le Sonnet n°30 de William Shakespeare, dans l’une de ses traductions francophones.

Carrefour ThéâtreÉvidemment, on assiste ici à une formule théâtrale des plus atypiques. Toutefois, si on va au théâtre pour se faire raconter des histoire, les 60 minutes de la performance de Tiago Rodrigues en sont remplies. Se promenant sur la ligne du temps au fil d’anecdotes et de citations de George Steiner et de Boris Pasternak, le comédien réussit à projeter sur tout le public sa passion pour les livres, la littérature et l’histoire, tel un professeur enthousiaste qu’on aurait rêvé de voir apparaître dans nos cours de cégep. Armé d’une pile de vieux livres à la couverture défraîchie, il raconte et cite Farenheit 451, mais aussi sa propre histoire : celle de sa grand-mère Cândida atteinte de cessité, qui lui demande un jour de choisir pour elle un seul livre, un dernier livre qu’elle apprendra par cœur afin de pouvoir le lire en elle pour toujours. Une histoire vraie, d’autant plus touchante.

Cet ouvrage, c’est un recueil de poésie de Shakespeare, que tentent justement d’apprendre, non sans effort, les 10 membres du public assis en demi-cercle sur la scène. Dans les yeux des courageux volontaires, on pouvait lire la vulnérabilité, mais aussi la nostalgie de l’école primaire, où on apprend par cœur les règles de grammaire et les tables de multiplications. L’exercice d’apprentissage, guidé de belle manière par Rodrigues (et entrelacé de ses monologues), ont donné lieu à de très beaux moments de complicité sur scène, qu’il s’agisse d’un regard ou d’un silence bien placé, entre deux blancs de mémoire. Le public se prend d’ailleurs à apprendre le fameux sonnet malgré lui, atteint d’un très haut niveau d’empathie pour les performeurs.

Carrefour ThéâtreHumour, passion, poésie, rythme et histoire sont des mots qui résument cette expérience toute particulière. C’est littéralement un coup de cœur mémorable que provoque ce spectacle.

Merci mille fois au Carrefour pour la découverte!

Texte : Émilie Rioux
Photos: Magda Bizarro

C’est pas terminé!