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Thomas Fersen – Un coup de queue de vache

par Cyril Schreiber, le 17 juin 2017 | Chéri(e) j’arrive, Critiques musicales

Changement dans la continuité pour l’un de nos chouchous, le chanteur français Thomas Fersen. Changement, car son dixième album studio, Un coup de queue de vache, ne paraît pas sur l’étiquette Tôt ou tard, une première depuis le début de sa carrière, une prise de liberté forcée mais peut-être salutaire. Continuité, car on retrouve les ingrédients de son succès des beaux jours : superbe pochette signée Jean-Baptiste Mondino, bestiaire toujours aussi amusant dans les textes, vieux complices comme musiciens (Pierre Sangra, Cyrille Wambergue) et retour de Joseph Racaille aux arrangements baroques.

Ce sont ces derniers la grande force de cet album de celui qui nous a visité l’été dernier avec un spectacle solo : Racaille livre un superbe travail grâce au quatuor à cordes omniprésent qui apporte une élégance à ces nouvelles chansons. À tel point que les arrangements occultent parfois les textes toujours aussi surréalistes de Fersen, qui valent aussi la peine d’être écoutés attentivement, au même titre que les mélodies.

Ces textes, justement, continuent d’explorer le répertoire animal, notamment autour de la thématique de la ferme (et de la Bretagne, sa terre d’accueil). Tel un Jean de La Fontaine moderne, Thomas Fersen use de la fable animalière pour parler de l’humain, comme dans As-tu choisi ? où, d’une voix chaude et posée sur fond de piano, le chanteur énumère toutes sortes d’animaux avant de poser LA question, celle qui résume en somme sa carrière : « Pour le voyage/Et pour la vie/As-tu choisi/Ton tatouage ? ».

11 titres entraînants et classes à la fois, drôles, en apparence légers mais qui cachent souvent une nostalgie du paradis perdu qu’est l’enfance. Le seul intrus de l’album, une excellente reprise de Testament de Fred Fortin avec lequel il avait travaillé sur Trois petits tours (2008), s’insère étonnamment bien dans cet album assez court sur lequel on reviendra plusieurs fois sans aucun doute, ne serait-ce que pour déguster les textes et les arrangements à leur juste valeur, et finir par y trouver de nouveaux coups de cœur… en attendant de revoir Thomas Fersen sur scène, où ces nouvelles chansons prendront sans doute leur plein potentiel.

Version acoustique de la chanson-titre.

Cyril Schreiber


En spectacle :

À peu près un an après son dernier passage en solo, Thomas Fersen revenait de nouveau dans la salle Octave-Crémazie du Grand Théâtre de Québec vendredi dernier, avec sous le bras son nouvel album (Un coup de queue de vache) et la déclinaison scénique de celui-ci : il était accompagné cette fois-ci d’un guitariste (non, ce n’était pas son fidèle Pierre Sangra) et d’un quatuor à cordes, Fersen lui-même tâtant du piano et du ukulélé.

Au programme, beaucoup de nouvelles chansons du dernier album (9 sur 11), quelques vieux succès, un peu de projections visuelles réalisées en direct et ses fameux nouveaux monologues en vers, très écrits, irrésistibles, comme La petite chèvre blanche ou Le blouson du cuir, à la fois très « Fersen » dans le propos, mais inédits dans la forme. Une nouveauté dans son répertoire et assurément un plus pour réinventer le format de ses spectacles.

Crédit : Patricia Leïva, Scènes et cinés

Crédit : Patricia Leïva, Scènes et cinés

Fait à noter, les instruments n’étaient pas amplifiés, ce qui créait parfois un déséquilibre avec le micro trop fort du chanteur français – une idée pas inintéressante mais parfois dangereuse dans le rendu sur scène. Ce dernier, et c’est peut-être le reproche majeur qu’on peut lui faire, ne s’est pas non plus forcé pour articuler du mieux qu’il pouvait, ce qui a pu déplaire à certains et gâcher leur appréciation des nouvelles chansons, dont les textes méritent le détour.

Après une fausse sortie en milieu de parcours, ce spectacle délicat mais brouillon a pris un peu de rythme et d’entrain, notamment quand Fersen a joué quelques chansons plus vieilles, au grand bonheur de son public de Québec. Celui-ci aura eu le bonheur de voir de nouveau l’un des chanteurs français majeurs des dernières années dans sa ville, et ce malgré quelques imperfections.

La setlist ici.

Quelques extraits du spectacle présenté à Istres en décembre dernier par là.

Cyril Schreiber

Auteur : Cyril Schreiber