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Critique de « Breath » de Tero Saarinen Company (danse)

par Cyril Schreiber, le 13 avril 2018 | Chéri(e) j’arrive

“Danse d’abord. Pense plus tard. C’est l’ordre naturel.” Cette citation de Samuel Beckett est le point de départ du nouveau spectacle de Tero Saarinen Company, Breath, présenté en première mondiale (!) jeudi soir au Grand Théâtre de Québec.

L’auteur de ces lignes étant tout sauf un expert, ou même un habitué, de spectacles de danse contemporaine, la présente critique ne se base que sur des faits et des impressions, des interprétations, pour parler de ce spectacle venu directement d’Helsinki, Finlande.

Les faits : deux hommes sur scène, interprétés par le danseur et chorégraphe Tero Saarinen ainsi que l’accordéoniste et danseur Kimmo Pohjonen. Au programme, de la danse évidemment, mais mélangée, et c’est l’originalité de Breath, à de la musique tant jouée live sur scène que sur bande, à un traitement sonore agressif et déstabilisant doublé d’un langage inventé, guttural, à de superbes éclairages signés Mikki Kunttu (combinés à des effets stroboscopiques percutants et pertinents, comme dans la magnifique scène du drap blanc), à des costumes confectionnés par Teemu Muurimäki… Bref, Breath se veut et est multi-disciplinaire, ce qui contribue à la curiosité que quelqu’un qui n’y connaît rien en danse aurait à son propos, et qui peut se raccrocher aux autres formes d’art présentées sur scène. De plus, une bonne part d’humour dans le “propos” ne nuit en rien, bien au contraire.

Les impressions/interprétations : on pourrait voir dans la relation entre les deux hommes, par ailleurs hautement athlétiques, celle entre un maître (Pohjonen) et sa créature (Saarinen), qui s’inverse petit à petit pour enfin se rencontrer lors de la belle scène finale. Mais chacun y voit ce qu’il veut, c’est ça qui est bien. L’impression d’avoir assisté à quelque chose qui ne s’explique pas mais se vit – cliché éculé mais vrai dans ce cas précis – n’entame en rien le plaisir, parfois malsain, que le spectateur, profane ou connaisseur, a pu prendre.

Breath est donc un spectacle certes imparfait (même un non-initié reconnaîtrait quelques longueurs ici ou là), exigeant et accessible à la fois, qui vaut assurément la peine d’être découvert. Et comme ceci entraîne cela, on irait bien fouiller dans le vaste répertoire de Tero Saarinen (plus de 40 créations avec sa compagnie ou d’autres aussi prestigieuses !) pour voir si, par hasard, il n’y aurait pas de la matière à sensation, à réflexion.

Le site web de Tero Saarinen Company, sa page Wikipédia et sa chaîne YouTube.

Cyril Schreiber