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Critique de Perreau & la Lune

par Cyril Schreiber, le 13 octobre 2017 | Chéri(e) j’arrive

Il est très rare pour un artiste, d’autant plus dans le petit milieu de la musique au Québec, de reprendre quelques années plus tard une tournée qui a bien fonctionné. C’est pourtant le pari osé qu’a pris Yann Perreau en ramenant à la vie, à peu près une décennie après sa création, sa tournée acoustique Perreau & la Lune, de passage jeudi soir au Grand Théâtre de Québec.

Toujours accompagné de son acolyte Alex McMahon qui le complète si bien au piano et claviers, Perreau a eu la bonne idée de refaire presque tel quel ce spectacle, lui donnant l’occasion de replonger dans du vieux matériel – bien qu’adapter ses plus récentes chansons à cette formule aurait été intéressant à entendre.

Le chanteur québécois a été capable du meilleur comme du pire : puissant sur Guerrière et La peur, émouvant sur Soul circus et Pousse-moi des ailes (où les superbes éclairages de Dominique Grégoire étaient à l’honneur), mais aussi malhabile et maladroit, notamment sur La planète est une île et J’ai demandé à la Lune, reprise approximative et expédiée d’Indochine, qui cadrait cependant avec le concept du spectacle. Imperfections, imprécisions et cabotinage étaient au rendez-vous, heureusement contrebalancés par un équilibre que Perreau a su trouver, entre émotion et puissance, sans en faire trop.


Perreau & la Lune
a peut-être souffert d’une trop grande timidité de la part du public, venu remplir seulement la moitié de la salle Octave-Crémazie, alors que Perreau comptait beaucoup sur lui à certains moments-clés. Dommage, car c’est en ce lieu même qu’est né en quelque sorte ce spectacle acoustique par accident : lors d’une soirée de la Bourse Rideau (où un spectateur vomit tellement la prestation était bonne !), le chanteur québécois a remporté le Prix des diffuseurs européens – ne pouvant pas amener sa formation complète outre-Atlantique, il fut contraint de créer une version scénique allégée de son répertoire… Une belle histoire, quand on sait qu’il a ensuite remporté le Félix de la meilleure mise en scène ainsi qu’une nomination pour Spectacle de l’année…

Pertinent, le retour de Perreau & la Lune ? Ne serait-ce que pour l’audace de reprendre le même spectacle en ces temps difficiles pour le spectacle québécois, assurément. Et puis, les chansons sont tout aussi bonnes qu’à l’époque – certaines ont même gardé leur force d’antan. Disons simplement que la reprise fut un brin plus brouillonne, eut moins d’écho que l’originale, même si tout aussi plaisante, nous permettant de renouer avec le meilleur Yann Perreau qui soit.

En première partie, Philémon Cimon est venu chanter quelques nouvelles chansons à paraître sur son futur album. Si la qualité de celles-ci ne sont pas vraiment contestables, il en est tout autrement de sa difficulté à occuper la scène avec assurance. Certes, sa belle naïveté et son humour ont séduit petit à petit le public, mais sa mollesse et sa prononciation approximative, parfois, ne lui ont certainement pas permis de se faire de nouveaux fans. Dommage, car le talent est là, caché derrière une attitude trop décontractée. Notons tout de même le meilleur moment de sa courte prestation, à savoir sa reprise d’une sympathique chanson méconnue écrite par son oncle Louis Bergeron.

La setlist de Yann Perreau et celle de Philémon Cimon.

Cyril Schreiber

Auteur : Cyril Schreiber