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Critique Littéraire : Douze histoires de plages et une noyade

par Émilie Rioux, le 6 octobre 2015 | Chéri-e j’arrive

Collectif
Douze histoires de plage et une noyade
Coups de tête
2015

À la plage

Voici un objet littéraire assez unique dans le paysage littéraire québécois : un recueil de nouvelles collectif autour d’un même thème commun. À l’idée originale, Marie-Chantale Gariépy, qui a remis aux douze auteurs présents une même photo, celle de la plage de Wellfleet à Cape Cod, avec obligation que leurs histoires se déroulent en totalité ou en partie en ce lieu. Autre contrainte : l’insertion d’un objet tiré de la nouvelle qui clôt l’ouvrage, La noyade (signée Gariépy), qu’ils devaient obligatoirement inclure dans leurs textes.

En résulte donc Douze histoires de plage et une noyade paru chez Coups de tête en mai dernier, sous la direction artistique de Gariépy et Michel Vézina, l’éditeur, qui signe aussi la première nouvelle. Unité de lieu, mais diversité des sujets abordés autour de la plage et de l’océan : amour d’été pour un adolescent de 15 ans, tueur en série ami des homards, ouragan Sandy et disparition de l’être cher, séduction et sexualité, infidélité, maternité, suspicion de pédophilie, quête d’idole littéraire, etc. Avec souvent, presque toujours, la bonne vieille perspective de Québécois en vacances dans ce coin des États-Unis, sujet il est vrai passionnant et mystérieux.

Douze histoires de plageLes six premières nouvelles, ainsi que Créatures marines de Patrice Lessard, sont les meilleurs moments de lecture. Malheureusement, le livre (comme tout recueil ? Encore plus : collectif ?) s’essouffle beaucoup à mi-parcours et laisse un goût d’inégalité dans la deuxième moitié. C’est peut-être l’écart entre les nouvelles sérieuses et celles plus légères qui détonne : il est déstabilisant pour le lecteur de passer de l’étouffement psychologique réussi de Reine de sel (Elsa Pépin) à l’humour sympathique mais douteux de Tristan Malavoy et de son Lancer parfait. Certes, il en faut pour tous les goûts, mais l’ordre des textes aurait peut-être mérité à être quelque peu remanié.

Par ailleurs, ce sentiment d’inachevé atteint son paroxysme après avoir lu l’ultime nouvelle, sensée être le climax de la lecture, sensée répondre en écho, via les objets, aux autres nouvelles précédentes. Non seulement ce n’est pas le cas (ou pas assez), mais Marie-Chantale Gariépy ne nous offre pas non plus son meilleur texte – l’histoire de cette grand-mère veuve entourée de sa famille durant les vacances n’est pas des plus originales. Sans doute faudrait-il relire plus attentivement Douze histoires de plage et une noyade afin que nous soient révélés les fils qui relient les histoires de ce projet littéraire prometteur mais à moitié réussi, dans lequel la différence entre la qualité des meilleurs textes et la pauvreté des plus faibles est peut-être un brin trop prononcée.

par Cyril Schreiber