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Critique Littéraire : Le Photographe d’Ombres d’Hans-Jürgen Greif

par Émilie Rioux, le 22 septembre 2015 | Chéri(e) j’arrive

Hans-Jürgen Greif
Le photographe d’ombres
L’instant même
2015

Vivre ou survivre

C’est l’histoire d’un couple d’intellectuels vivant à Hambourg dans les années 1980. Elle, Rita, est une passionnée de livres, travaillant dans une maison d’édition. Lui, Dirk, gravite dans l’univers des musées. Il meurt le 15 mars 2014 – c’est comme ça que Le photographe d’ombres débute. Un flashback chronologique expliquera en détail les origines du couple, leur quotidien de jeunes adultes puis de parents, ainsi que leur longue agonie. Car ce n’est pas tant Rita que Dirk le personnage principal du roman. Colérique, alcoolique, instable émotionnellement, l’homme a un passé mystérieux, inconnu, et demeurera une véritable énigme pour sa femme et sa famille. Ce n’est qu’après sa mort que Rita apprendra la terrible vérité, le secret de Dirk qui l’a empoisonné toute sa vie, sorte de Rosebud dont il n’aura jamais réussi à se départir.

LittératureHans-Jürgen Greif est un vieux routier de la littérature – ses nombreux titres publiés tant dans son Allemagne natale que son Québec d’adoption en font foi. C’est donc de sa plume agile qu’il signe ce nouveau roman paru en mars 2015. Sans qu’il s’en aperçoive, le lecteur se laisse embarquer dans cette histoire réaliste et passionnante, au revirement final convaincant, non pas sorti de nulle part mais s’intégrant bien à l’histoire qu’on vient de lire – l’exercice reste casse-gueule mais il passe ici le test.

Est-ce dû au talent de conteur de Greif qui, dans son style loin d’être flamboyant, nous expose tout bonnement les événements de son histoire ? Est-ce dû à la profondeur de ses deux personnages principaux, qui ne sont pas des héros de littérature mais ressemblent bien à des personnes normales avec leurs joies et leurs peines, comme il existe partout autour de nous ? Sûrement un mélange des deux.

La force de Greif, tout du moins dans Le photographe d’ombres, est d’offrir un récit d’une simplicité alarmante (ce qui n’empêche pas la richesse du propos), avec un effet voulu de réel, de réalité. Lecteurs amateurs d’aventures formelles qui cherchez à être bouleversés, passez votre chemin. Quant aux autres, ils y trouveront un roman certes classique mais diablement efficace. Parfois, la littérature n’a pas besoin de plus.

Cyril Schreiber