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Critique Littéraire : Nord Alice de Marc Séguin

par Émilie Rioux, le 24 novembre 2015 | Chéri-e j’arrive

Marc Séguin
Nord Alice
Leméac
2015

Besoin du nord

Nord AliceDécidément, le réputé peintre Marc Séguin s’exprime de plus en plus avec la littérature et commence à jouir aussi d’une bonne petite réputation dans cette discipline : La foi du braconnier (2009) et Hollywood (2012) avaient reçu leur part de nominations à différents prix littéraires. Tout comme sa nouvelle offrande, Nord Alice, en compétition pour le Prix des libraires du Québec cette année.

Le narrateur de ce roman est un médecin qui, en pleine crise avec son amoureuse Alice, décide de s’enfuir dans son coin de pays à elle, à savoir Kuujjuaq, Nunavik, Québec. Dans ce décor de neige et de froid, le protagoniste, tout en se perdant dans le travail, fera le point sur sa vie en revisitant cette relation, mais aussi l’histoire de ses ancêtres, et plus particulièrement ses aïeux mâles, à commencer par son arrière-grand-père Roméo.

Le scénario est assez classique et se voit beaucoup ces temps-ci : l’homme blanc du Sud abandonne son confort et tente de retrouver la paix intérieure en allant dans le nord du Québec, cette région éloignée que l’on ne connaît que trop peu. Rien de bien original donc de ce côté-là, même si Marc Séguin reprend efficacement les différentes étapes de ce pèlerinage intérieur.

Le problème avec Nord Alice, c’est qu’il contient plusieurs récits en un : le présent à Kuujjuaq du narrateur avec ses scènes d’horreur à l’hôpital, ses parties de pêche et ses réflexions moralisatrices sur le peuple inuit, les souvenirs de sa relation tumultueuse et hautement postmoderne avec Alice, et finalement la riche histoire de Roméo, mais aussi celle de son grand-père Ovide et celle de son père Louis-Joseph – l’arbre généalogique est rempli, n’en jetez plus, la cour est pleine.

Ces différents récits s’entremêlent et sont présentés dans un mouvement continu d’allers-retours incessants, sans que le lecteur ne puisse s’accrocher à l’un d’eux puisque l’écrivain se décide soudainement à passer à un autre, et un autre, sans arrêt. Le style très sec et brut de Séguin, qui n’hésite pas parfois à faire des phrases d’un seul mot, n’aide en rien à la fluidité de la narration. Trop de romans tue le roman.

Dommage, car au détour d’une page, Marc Séguin offre plusieurs réflexions fort intéressantes sur l’amour, la mémoire, la transmission, ainsi que sur les valeurs d’aujourd’hui comparées à celles du siècle dernier. Ces très beaux passages se méritent car ils sont noyés dans un roman trop long et touffu. Tout comme d’ailleurs est fascinant et complexe le personnage féminin principal qui donne son nom au livre. Au lecteur d’y aller chercher ces meilleurs éléments et de faire sa propre sélection en fonction de son intérêt.

 

Cyril Schreiber