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Critique Littéraire : Panik de Geneviève Drolet

par Émilie Rioux, le 17 septembre 2015 | Chéri(e) j’arrive

Geneviève Drolet
Panik
Tête première
2015

Au nord du monde

Direction Igloolik, Nunavut, pour Dorothée, 16 ans, renvoyée de son école secondaire suite à un événement mystérieux qu’on apprendra plus tard. Elle y vivra sous la supervision d’un vague ami de son père, Mike, alias le Yéti, une brute qui a lui aussi un secret à cacher.

Après Sexe chronique, Le reflet de la glace (Coups de tête) et Attaches, une histoire grise (Tête première), Geneviève Drolet a ajouté en mars 2015 une nouvelle pierre à son édifice littéraire qui commence à prendre de l’ampleur – et qui s’améliore de titre en titre. Celle qui œuvre dans le monde du cirque depuis une vingtaine d’années ne cesse d’affiner son style, ses sujets, et offre ainsi une production de plus en plus intéressante à lire.

PanikDrolet, comme on l’apprend dans les remerciements, a véritablement été à Igloolik afin d’écrire son roman. Et ça paraît : la société du Nunavut décrite ici (pauvreté, violence, misère sans nom) est, on peut s’en douter, très proche de la réalité – mais jamais Drolet ne verse dans le misérabilisme ou la leçon donnée quant à notre rapport à ce Nord si loin des yeux et du cœur.

L’approche n’est pas sociale (ou si peu), mais bien littéraire : en se focalisant sur l’histoire de Dorothée et du Yéti (et de leurs blessures), l’auteure réussit à exploiter tout le potentiel de ses personnages et à leur donner une épaisseur plus que satisfaisante. D’ailleurs, le livre perd un peu de son intérêt quand le récit s’attarde sur d’autres histoires parallèles, même si elles sont reliées à la principale.

Saluons aussi le style à la fois accessible et original de Geneviève Drolet. Original quand elle emploie la répétition d’un même mot, qu’elle néglige volontairement la ponctuation ou les traditionnels tirets des dialogues. Panik prend alors une teinte inédite qui en fait sa particularité – car la tonalité, celle du récit à la première personne d’une ado de 16 ans, n’est pas follement originale, bien qu’il faut reconnaître à Drolet une certaine justesse dans les termes employés, dans le mélange du français et de l’anglais – bref, dans tout ce qui fait le discours d’une adolescente de 16 ans de nos jours.

Malgré une fin un peu cliché et, globalement, un récit éparpillé qui aurait mérité d’être resserré, Panik est une agréable surprise qui confirme Geneviève Drolet comme une vraie écrivaine québécoise à temps plein – et non plus juste comme une artiste de cirque qui écrit à temps perdu.

Cyril Schreiber