fbpx
Blogues

Critique Littéraire : « Parce que tout me ramène à toi »

par Émilie Rioux, le 3 novembre 2015 | Chéri(e) j’arrive

Samuel Larochelle
Parce que tout me ramène à toi
Druide, coll. « Reliefs »
2015

Comme ils disentSamuel Larochelle

Même si Parce que tout me ramène à toi est la suite directe d’À cause des garçons, et qu’il reprend le même personnage principal, le deuxième roman de Samuel Larochelle peut se lire par lui-même sans problème.

On (re)trouve donc Émile Leclair, jeune photographe en herbe d’une vingtaine d’années dont la caractéristique principale, malgré sa volonté contraire (et celle sans doute de son créateur), est son homosexualité. Dans cette nouvelle « aventure », ce Gaspésien qui vit à Montréal rencontre Davide, un peintre italo-iranien. C’est le coup de foudre, sa première vraie et grande histoire d’amour. Cependant, après quelques mois de romance parfaite, Leclair découvre que son homme n’a pas la même vision du couple que lui. Dégoûté et brisé, malgré la présence de sa famille et de ses nombreux amis très présents, le jeune homme fuira sa tristesse dans un voyage initiatique en Asie. Sa vie prendra heureusement un tournant plus heureux à son retour au Québec.

L’homosexualité, et plus généralement le couple, homo ou hétérosexuel, qu’en est-il de nos jours ? C’est la grande question à laquelle Larochelle tente de répondre, via une fiction à la fois légère et sérieuse. Ses réflexions, déployées à l’intérieur d’un récit facile et convenu, sont souvent intéressantes et forcent le lecteur à s’interroger sur son entourage immédiat. L’écrivain québécois s’inscrit volontairement, et efficacement dans une certaine mesure, dans un ici et maintenant totalement assumé, grâce entre autres à un name dropping assumé, bien que majoritairement inutile. Par ailleurs, l’humour dont fait preuve son narrateur, notamment dans ses petites phrases inscrites en italique et mélangées au récit, est l’autre force majeure de ce roman : ces éclairs ludiques de vivacité rejoignent les pensées secrètes que pourrait aussi se faire le lecteur, et plus globalement ceux qui se sentent touchés par le propos.

On parcourt les 376 (trop nombreuses) pages de Parce que tout me ramène à toi avec un double sentiment. D’abord, celui de lire un roman pas désagréable et qui pose des questions inévitables à notre époque. Ensuite, ou plutôt en même temps, celui d’une lucidité qui nous fait relever les nombreux clichés sur les homosexuels (même si, paradoxalement, le but était de les éviter), en premier lieu leur soif intarissable de sexe (à moins qu’Émile Leclair soit l’exception qui confirme la règle). Bref, sans être totalement mauvais et sans intérêt, on se dit que Parce que tout me ramène à toi est de ces livres qui plairont à un grand nombre mais dont la substance littéraire est certainement moins grande que chez certains autres auteurs traitant du même sujet avec un angle plus original.

Cyril Schreiber