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Critique Littéraire : « Portrait de femme en feu » de Claudia Goyette

par Émilie Rioux, le 14 mai 2016 | Chéri(e) j’arrive

Claudia Goyette
Portrait de femme en feu
Leméac
2015

Sa belle tarée

Claudia Goyette sortait du néant quand est paru son premier roman, Portrait de femme en feu, à la fin de l’été 2015. Selon sa biographie officielle, elle est étudiante à la maîtrise en marketing éthique, « une branche vouée à jamais à la clandestinité ». Analysons donc cette première œuvre pour ce qu’elle est.

La femme en feu du titre, c’est Alycia De Guerro, une jeune femme dans la fin vingtaine (pas mal) perdue, dont les problèmes s’accumulent. Et en premier lieu celui de son copain, David, qui la quitte après à peine un mois de relation. Elle s’enfuit alors de Montréal pour repartir à neuf à Ste-Adèle travailler dans un resto comme serveuse. Mais ses nombreux démons la suivront où qu’elle aille.

Claudia Goyette (creėdit Mathieu Maheu)C’est incontestable, Goyette a réussi, pour son premier roman, à camper un personnage fort, complexe, nuancé, qui a indiscutablement des problèmes mentaux mais qui ne faiblit jamais, qui n’hésite pas à aller jusqu’au bout de sa démarche, de son raisonnement, sans jamais dévier de sa trajectoire – et ce jusqu’à la dernière page du roman. Dans une langue orale rappelant les solos de Fabien Cloutier, avec parfois une pointe d’humour et d’ironie, Alycia fonce tête baissée dans la vie et se brûle à tous les extrêmes : alcool, sexe, beaucoup de sexe. Elle n’a rien à envier à la narratrice/alter ego des deux premiers romans de Marie-Sissi Labrèche, ce genre de femme borderline, fortement mythomane, dont les excès semblent guider le rythme de vie. Ce qui fascine, c’est la constance de son point de vue interne : c’est toujours la faute des autres (David, ses amies Juliette et Laurence qui la laissent tomber, ses nombreux amants, etc.), mais jamais la sienne.

Il n’y a qu’un petit problème pour Claudia Goyette, devenu un gros dans le mesure où il dure une soixantaine de pages, c’est le chapitre où Alycia, alors en thérapie avec son psy, évoque la mort récente de son père. Le ton, ici, s’essouffle beaucoup, la verve se fait plus douce, moins incisive – et le roman tombe un peu dans le déjà-vu… Avant de redécoller de plus belle, fort heureusement, pour une finale à l’image du reste, un monologue où Alycia se parle et se convainc elle-même que la tempête est passée, que l’avenir s’annonce radieux. Le lecteur aura le choix de la croire ou non, ce qui laisse une grande place à l’interprétation.

Portrait de femme en feu est-il si différent des autres romans postmodernes mettant en scène des personnages contemporains perdus ? Peut-être pas. Mais Claudia Goyette en aura écrit un incontestablement réussi, et incontournable pour ceux qui s’intéressent à ce type d’histoires…

par Cyril Schreiber