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Critique littéraire : Tristan Malavoy – L’œil de Jupiter

par Cyril Schreiber, le 25 novembre 2020 | Chéri-e j’arrive, CHYZ ARTS

Après Le nid de pierres en 2015 (critique lisible par ici), Tristan Malavoy fait paraître cette année, toujours chez Boréal, son deuxième roman, L’œil de Jupiter. Où l’on suit un professeur d’histoire au Cégep, Simon Venne, qui démissionne brutalement et coupe presque tous ses liens au Québec pour mettre cap plein sud, du côté de la Nouvelle-Orléans (NOLA pour les intimes). Une enquête historique pour un ami lui sert de vague prétexte pour s’évader en Louisiane, où il vivra une passion enflammée mais brève avec Ruth Arseneaux, scientifique astronome francophile traînant quelques casseroles elle aussi. Mais le presque cinquantenaire cache sa part d’ombre et de mystère, et ce n’est qu’au bout que sa quête (à moins que ça ne soit le commencement d’une autre…) que le lecteur apprendra le drame qu’il tente de fuir en se réfugiant dans l’Histoire, notamment celle d’Anne Gisé, racontée un chapitre sur deux, jeune fille qui a dû fuir à la fin du XVIIIe siècle Saint-Domingue après le massacre de sa famille pour se réfugier à la Nouvelle-Orléans elle aussi, où le passé la rattrapera (décidement).

Le roman peut paraître ambitieux au premier abord, mais l’un des talents de Malavoy, lui même directeur littéraire de la collection “Quai n° 5” chez XYZ, c’est de tisser habilement des liens entre les époques, de faire résonner les destins de ses personnages complexes, de les comparer pour mieux les exposer, ce qui en rend la lecture facile. Dommage que son écriture, elle, soit souvent trop sage, parfois émaillée de clichés et de maladresses, où quelques coins sont tournés ronds.

Il faut aussi reconnaître le plaisir communicatif qu’a Tristan Malavoy, tant à notre époque qu’en 1792, de nous emmener dans les rues de NOLA, décrivant sans doute avec justesse (ceux qui y ont été pourraient confirmer ou infirmer) l’ambiance de la ville avec ses rues et quartiers, sa chaleur, ses bruits, son sens de la fête alcoolisé, ses joies et ses drames bien souvent reliés au bon vouloir de Mère Nature.

Crédit : Marjorie Guindon

Si L’œil de Jupiter se lit “facilement” et a le potentiel d’être un best-seller qui pourrait plaire à un grand nombre tout en gardant un certain potentiel littéraire, on peut cependant regretter son récit classique souvent aperçu en littérature québécoise contemporaine (l’ailleurs et l’autrefois à la fois comme fuite et reconnexion avec soi) et son écriture efficace mais peu surprenante – l’imagination du lecteur est peu mise à profit. Il reste heureusement, en guise de conclusion, cette théorie intéressante, celle de l’échec de l’Histoire, forcément trouée, incomplète, au profit de la fiction, qui viendrait colmater ces brèches.

Le site officiel du livre, et la playlist des chansons évoquées (Spotify et YouTube).

Cyril Schreiber