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Critique Littéraire : Un Homme Mesuré de Gilles Pellerin

par Émilie Rioux, le 9 décembre 2015 | Chéri-e j’arrive

Une critique de Cyril Schreiber

Gilles Pellerin
Un homme mesuré
L’instant même
2015

Notre homme

Aussi surprenant que cela paraisse, Un homme mesuré est le premier roman de Gilles Pellerin. L’homme de lettres, fondateur des éditions L’instant même et professeur au Cégep Garneau, n’avait publié jusqu’à alors que recueil de nouvelles et essais – domaines où il n’a plus rien à prouver. Que vaut alors ce premier livre au long cours ? Sans être totalement raté, il aurait pu être certainement mieux réussi. L’amorce du roman, en tout cas, est fort prometteuse, mais le récit se perd malheureusement en cours de route.

Un homme mesureěLe narrateur de cette histoire, il l’avoue lui-même, est un homme insignifiant, discret, anonyme. Un fonctionnaire, avec tout ce que ce terme sous-entend. Soudainement, alors qu’il rencontre un autre père de famille dans la cour de l’école et qu’on lui flanque au boulot un nouveau chef de secteur avec lequel il vivra une drôle de relation, ce type devient visible, remarqué. Une nouvelle quête d’identité se met alors en marche, lui qui n’avait pourtant rien demandé à personne.

On le comprendra, Gilles Pellerin avait un sujet en or, avec un personnage fort, complexe, paradoxal, si profondément humain. Malheureusement, ce postulat de base se dilue dans une intrigue sociopolitique assez floue et malhabile, doublée d’une réflexion pas inintéressante mais quelque peu inadéquate sur le nouvel opium du peuple, le sport.

C’est fort regrettable que la fin du roman s’embourbe dans de telles aventures, car l’on s’était attaché à ce narrateur sympathique, et nul doute qu’on s’identifiait beaucoup à lui et sa quête d’identité qui est aussi la nôtre. On préférera nettement la première moitié où, notamment, la vie familiale du narrateur y est décrite avec beaucoup de sincérité et de tendresse – un aspect très touchant d’Un homme mesuré. Pellerin, à l’aide de courts chapitres qui ressemblent plus parfois à des nouvelles à chute, est un amoureux de la langue française, on le sait : son choix de blagues et de bons mots linguistiques est souvent amusant, parfois inutile pour l’avancement de l’intrigue.

Concluons sur une note positive en citant ce fameux chef de secteur s’adressant au narrateur, et qui résume non seulement Un homme mesuré mais aussi, dans une certaine mesure, toute l’œuvre de Gilles Pellerin qu’on ne retrouve qu’à moitié dans ce premier roman : « Je vis dans l’instant plutôt que dans la durée, mais, vois-tu, si tu réussis à placer des instants les uns à la suite des autres comme des points sur une ligne, tu fais un sacré bout de chemin ! Ça me tient en vie. »