fbpx
CHYZ Arts

Critique littéraire : Virginie Chaloux-Gendron – Fais de beaux rêves

par Cyril Schreiber, le 10 novembre 2020 | Chéri(e) j’arrive, CHYZ ARTS

Il n’y a pas d’adjectif dans la langue française pour décrire un parent ayant perdu son enfant. C’est pourtant cet état qu’explore Virginie Chaloux-Gendron dans son premier roman, Fais de beaux rêves, paru chez Boréal paru fin septembre.

Mais au lieu d’en faire un récit traditionnel comme le Tom est mort de Marie Darrieussecq ou le Philippe de Camille Laurens, la jeune écrivaine prend le pari de mélanger la “réalité” et l’imagination de sa narratrice (l’auteure elle-même, mère d’un enfant ?), qui imagine la (les) mort(s) de son fils de 4-5 ans et les semaines qui suivent, sans jamais si l’on sache si tout ce qui est raconté est “vrai” ou non – une sorte de fiction dans la fiction en quelque sorte, jusqu’à ne plus faire la distinction entre le vrai et le faux.

C’est une narratrice particulièrement tourmentée, à la psychologie complexe, à qui Chaloux-Gendron donne vie, un personnage à la fois fort et anonyme, semblable aux sien(ne)s. Ses relations avec son enfant et le père de celui-ci, sa famille et ses antécédents sombres, son appartenance à l’université où elle suit des cours, ses réflexions sur son identité en tant que femme, que mère-pas-que-mère sont autant d’éléments particulièrement réussis qui résonneront chez le lecteur, la lectrice, concerné(e) ou interpellé(e). Elle réussit à mettre des mots sur l’innommable, à tenir un propos pertinent sur ce sujet tabou ainsi que sur cette thématique de la maternité plus trouble qu’on pourrait penser. 

Crédit photo : Atwood

La native de Saint-Jérôme, qui réside actuellement à Québec (comme la narratrice, qui parcourt sa ville avec un mélange d’amour et de haine), avait déjà publié le recueil de poésie Cerises de terre l’année dernière au Noroît, et cela paraît dans son écriture, parfois trop lyrique, statique, qui noie un peu le roman dans une immobilité mal équilibrée par rapport aux passages plus concrets, plus vivants. Cette défaillance de la structure formelle, ce mélange des genres, ne gâche heureusement pas trop la lecture de ce premier roman qui a l’audace de proposer une bonne idée originale qui aurait peut-être eu plus d’impact si elle avait été mieux circonscrite. Virginie Chaloux-Gendron reste cependant une voix littéraire à surveiller dans les prochaines années.

Le site officiel du livre, et la playlist des chansons évoquées (Spotify et YouTube).

Cyril Schreiber