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Mois Multi : Quelques Détours pour Piano Seul de Jocelyn Robert (critique)

par Émilie Rioux, le 9 février 2014 | Chéri(e) j’arrive

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Variation sur différents thèmes

Critique par Marie-Ève Muller

Intrigante proposition que celle de Quelques détours pour piano seul de Jocelyn Robert, présenté au studio d’essai de la coopérative Méduse dans le cadre du Mois Multi. Décrit comme un «concert pour pianiste augmenté» par l’artiste, Jocelyn Robert joue des duos avec lui-même.

Directeur de l’École des arts visuels de l’Université Laval, Robert ne se contente pas d’être un artiste visuel. Il est aussi musicien et, qui plus est, l’inventeur d’un logiciel permettant à un piano à queue de jouer sans humain. Le système de Robert lui permet de jouer des duos avec lui-même, et même de jouer des notes sans qu’elles ne résonnent sur le coup.

À l’aide d’un piano à queue Disklavier  relié à un ordinateur, en plus d’un autre clavier lui aussi relié à un ordinateur, Robert crée des mélodies de type «variations sur un même thème». La musique se construit par couche successive, qui crée un effet berçant, hypnotisant.  Le logiciel réagit et crée à son tour une mélodie qui répond au jeu à moitié composé, à moitié improvisé. La performance de soixante minutes fait alterner le spectateur entre déstabilisation et béatitude.

Jocelyn Robert ne se contente pas de jouer. Il interagit avec le public, ce qui est tout à son honneur. Pour la pièce Versönungskirche, créée à Berlin dans le cadre Urban Interface Berlin, l’artiste multidisciplinaire (voire transdisciplinaire) s’est inspiré de l’histoire de l’église de la Réconciliation «ça ne s’invente pas, un nom comme ça», qui se trouvait le long de l’axe du mur de Berlin. Jusqu’en 1985, le mur contournait l’église, mais «les Allemands aiment les lignes droites» et zap, l’église a été détruite. Après la chute du mur en 1989, les cloches, sauvées et cachées par des Berlinois, ont été restituées à l’endroit où s’érigeait l’église. Versöhnungskirche reprend le tintement des cloches au piano, le besoin de créer des lignes droites qui pourtant finissent toujours par divergées.

La performance intime et dépouillée était accessible autant pour les musiciens avérés qu’aux mélomanes néophytes. Un artiste de Québec à découvrir, absolument !

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