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Dur à cuire : critique de Daran – Endorphine

par Cyril Schreiber, le 8 novembre 2017 | Chéri(e) j’arrive, Critiques musicales

Daran est-il encore Français ou déjà Québécois, lui qui s’est installé à Montréal en 2010 ? Peu importe, sa carrière respectable se déroule des deux côtés de l’océan et tout le monde en profite. Trois ans après Le monde perdu, projet acoustique qui l’a mené sur les routes d’ici et d’ailleurs avec un spectacle très visuel, Daran renoue avec son instrument de prédilection – la guitare électrique – et propose Endorphine, son dixième album composé de neuf nouveaux titres où l’on reconnaît de nouveau sa patte habituelle.

Si la majorité des textes sont signés par le complice Pierre-Yves Lebert (sauf Horizon et Ici d’Erwan Le Berre), que Marc Chartrain s’occupe des batteries, et qu’on exclue le volet technique de l’enregistrement (prise de son, mixage, mastering), le chanteur né à Turin s’est occupé de tout, comme un être indépendant qui sait où il va : musiques, réalisation, arrangements, voix et tous les instruments.

Un peu comme avec Le petit peuple du bitume, son album-concept de 2007, l’ex-chanteur de Daran & les Chaises a choisi non pas d’aligner des titres sans réfléchir, mais bien d’insérer d’excellentes transitions instrumentales (souvent électroniques) entre les chansons, ce qui en fait un album vraiment complet qui se tient du début à la fin. Ces dernières sont donc longues mais heureusement digestes, pas trop lourdes à écouter les unes à la suite des autres.

Les textes de Lebert sont relativement courts mais percutants, sombres mais efficaces : on y parle du gouffre entre riches et pauvres, d’individualisme, de perte d’emploi, de peur – bref, tous les thèmes qui décrivent bien notre époque, et qui sont d’ailleurs brillamment résumés dans Tout tout seul, un futur classique de son répertoire, tout comme Horizon, où Erwan Le Berre symbolise parfaitement le no future de nos années 2000.

On pourra reprocher parfois au chanteur de parler plus que de chanter, de scander ces textes sans qu’ils soient en parfaite adéquation avec les mélodies, accrocheuses au demeurant. Il n’empêche qu’avec Endorphine, Daran propose encore une fois un rock intelligent et efficace, très bien produit, qui devrait prendre encore plus d’ampleur sur scène, du côté du Cercle le 7 novembre prochain.

La page Facebook de Daran, sa chaîne YouTube et le clip Je repars.

Cyril Schreiber


En spectacle : une leçon de rock

C’est du côté du Cercle que Daran présentait son nouveau spectacle à Québec. En première partie, on a pu entendre une jeune chanteuse du nom d’Alicia Deschênes, qui défendait seule à la guitare ses chansons. La raison de sa présence ? C’est la vedette de la soirée qui a réalisé son premier EP, Années lumière, paru le 20 octobre dernier. Deschênes a séduit avec ses textes intéressants (bien qu’un peu naïfs par moments) tout autant qu’avec les effets sur sa voix et sa guitare. À surveiller de près comme artiste en herbe.

La petite foule (qui compensait son faible nombre par un taux de décibels élevé) réunie au Cercle en ce mardi soir a acclamé Daran et ses musiciens dès leur arrivée sur scène vers 20h45, et a eu droit à l’intégralité, dans l’ordre, d’Endorphine, le dernier album en date, transitions incluses, ce qui a permis véritablement de plonger dans ce nouvel univers. Une bonne idée que ce voyage, que ce « vol », même si ce n’est jamais aussi parfait dans l’exécution qu’en studio. On le répète, certaines de ces nouvelles chansons (Tout tout seul, Horizon) sont déjà des classiques de son répertoire, et leur puissante livraison scénique confirme ce fait.

Entouré des fidèles André Papanicolaou aux guitares et Marc Chartrain à la batterie, ainsi que du petit nouveau Martin Plante à la basse, Daran a ensuite proposé en « rappel » quelques pièces plus anciennes, tantôt fidèles à leur version studio originale (Trous noirs, l’incontournable Dormir dehors), tantôt réadaptées pour l’occasion (l’acoustique L’exil, extrait du Monde perdu, ainsi électrifiée avec bonheur).

Oui, Daran aura (encore une fois) donné une leçon de rock avec ce spectacle qui aurait mérité une plus grande visibilité sur le radar des spectacles automnaux. Le chanteur français établi à Montréal a par ailleurs conclu la soirée sur une note hautement émotive en évoquant à demi, après avoir chanté la version acoustique d’Une sorte d’église en dernier rappel, la disparition le jour même de son ancien bassiste Erik Fostinelli, complice musical pendant près de 15 ans. Ce moment unique, durant lequel Daran a quitté la scène les yeux pleins d’eau et incapable de parler plus, restera gravé à jamais dans la mémoire des personnes présentes. Cet état émotif de deuil, discret jusque-là, n’a fait que bonifier la qualité de ce spectacle, car on comprit que Daran fut doublement généreux malgré les circonstances. Respect.

La setlist ici.

Cyril Schreiber

Auteur : Cyril Schreiber