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F O L D S + Exister Encore : Les replis de l’intime (Critique)

par Émilie Rioux, le 24 janvier 2016 | Chéri(e) j’arrive

 

L’année 2016 à la Rotonde était lancée hier soir par un programme double intitulé F O L D S de Katia-Marie Germain + Exister encore de Maryse Damecour, deux chorégraphies au rendu fort différent, mais aux liens présents.

par Marie-Ève Muller

F O L D S

F O L D S est une chorégraphie pour deux danseuses (mais ça pourrait n’être que pour une, nous y reviendrons) et trois écrans. Signée et dansée par Katia-Marie Germain, F O L D S commence comme une séance de taïchi au lever du soleil. La silhouette de la danseuse qui se plie et se déplie s’agrandit progressivement sur trois écrans diaphanes qui permettent de la voir au travers. Les trois silhouettes enflent de plus en plus et bougent au même rythme que Germain avec une lenteur hypnotique et des gestes répétitifs.

Le deuxième tableau amène la seconde danseuse, Hélène Messier, qui reste et restera malheureusement dans l’ombre de Germain. Le ton devient plus tourmenté, plus provocateur. Au départ, la projection très pâle forme une aura autour des danseuses, puis l’image se concrétise et les silhouettes se précisent. Bientôt, l’écran principal reproduit quatre danseuses, puis six, avant de les confondre en une toile impressionniste.

La chorégraphie qui pourrait être un solo est hautement esthétique, et l’ajout des écrans surpasse l’exploration technologique ou purement technogeek. Elle est motivée, elle ajoute à la beauté globale et à l’impact de F O L D S (Katia-Marie Gagnon a d’ailleurs un baccalauréat en arts visuels). La question identitaire s’inscrit en filigrane et on réfléchit à toutes les voix inscrites en nous.

Exister encore

Crédit : Renaud Philippe

Crédit : Renaud Philippe

La question identitaire revient pour la deuxième partie, signée cette fois par Maryse Damecour. Exister encore est une chorégraphie plutôt axée sur le conceptuel, le métaphorique que sur l’esthétique. La prémisse : depuis le 12 décembre 2012, Maryse Damecour a demandé à 179 personnes de lui donner des mouvements, pour un total de 331 gestes.

Exister encore produit donc un collage de mouvements non naturels au corps de Damecour, loin d’être tous beaux ou intéressants. On sent néanmoins l’interprétation d’une danseuse dans l’œuvre, la grâce dans chacun des muscles utilisés. La danseuse s’adresse plusieurs fois au public pour expliquer la forme du spectacle, les contraintes. Elle avoue donc avoir une entorse cervicale, vouloir déchiqueter beaucoup de mots et faire 331 mouvements en trente minutes.

Suis donc une chorégraphie en cinq temps, l’introduction, la gigue moderne, le bouillon, la trajectoire et l’échec.

Parfois, on tombe dans le comique, lorsque Damecour essaie de déchiqueter les noms de mouvement et perd la carte. S’en suit un temps peut-être trop long de délire et de panique, reflet de notre aliénation commune à l’idée de devoir tout faire en peu de temps. Le public a d’ailleurs ri beaucoup (trop?), signe d’un malaise ou d’une envie de déstresser, justement?

À la fin, une dizaine de danseurs assis dans le public rejoignent Maryse Damecour pour répéter un mouvement chacun, puis finalement répéter la même suite de mouvement, rappelant que l’humain, peu importe son envie de se distinguer, finit toujours par faire les mêmes gestes que son voisin.

Au final, Exister encore témoigne du bouillonnement actuel, du besoin de toujours faire. L’effet est transmis, malgré quelques longueurs et malgré l’envie pas satisfaite de voir plus de danse. L’artiste réussit mieux à transmettre son message que la proposition de Brice Noeser Ruminant Ruminant qui lançait l’année 2015.

Auteur : Émilie Rioux