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FIMAV #32 – Jour 3

par Émilie Rioux, le 22 mai 2016 | Chéri(e) j’arrive, Sur la route

Un texte de Éloïse Lara Desrochers et Sophie Dufour-Beauséjour
Crédit photo : Martin Morissette

C’était assurément la journée qui allait attirer le plus de spectateurs, avec une soirée entièrement présentée par la légende de la musique actuelle John Zorn. On sentait une séparation thématique inévitable entre cette soirée et les concerts d’après-midi, mais ces derniers n’en ont pas du tout souffert notamment grâce à la générosité du public du FIMAV.

 

14h On nous a installés au coeur d’une enceinte formée de huit haut-parleurs, par terre ou debouts autour de l’artiste eRikm (France) qui trônait devant ses appareils électroniques. Des environnements sonores captés en direct à partir de différents endroits sur la planète (Locus Sonus SoundMap) servaient de matière première au performeur. Jouant avec la spatialité et la temporalité de ces sons tout en ajoutant des éléments d’instrumentation produits devant nous, eRikm parvenait à fusionner des couches sonores d’origines ecclectiques (réserve faunique de Jasper Ridge, centre-ville de New York, etc.) pour les rendre indissociables.

 

16h Incertaines de la direction qu’allait prendre le concert après la première pièce, nous avons pourtant été convaincus par l’étendue de la virtuosité des musiciens du Tony Wilson Sextet (Vancouver) dès les premiers coups d’archet de Jesse Zubot qui ont propulsé la deuxième pièce. Habitué du FIMAV, c’était pourtant la première fois que Tony Wilson venait présenter son propre projet, inspiré des bas-fonds du Downtown Eastside de Vancouver. On aurait toutefois aimé sentir davantage la complicité entre ces grands noms de la scène actuelle canadienne. Nous reverrons d’ailleurs l’impressionnante violoncelliste Peggy Lee dans Laniakea ce dimanche.

 

« Bagatelles » Marathon de John Zorn

Véritable chef d’oeuvre que ces « Bagatelles » de John Zorn déclinées en 9 tableaux devant les yeux admiratifs des centaines de personnes entassées avec fébrilité dans le Colisée de Victoriaville. «This is live music ! », comme allait nous lancer Zorn pour bien nous faire comprendre le caractère unique des prochaines heures que nous allions passer en sa compagnie. Aucun enregistrement n’est permis des Bagatelles. Il faut se déplacer en personne à la salle de spectacle de John Zorn (The Stone à New York) pour y goûter et c’est la toute première fois qu’elles en sortaient. Un autre exemple du tour de force que représente l’organisation du FIMAV.

 

20h C’est sous les regards attentifs et satisfaits que s’est élancé le duo formé de Sylvie Courvoisier au piano et de Mark Feldman au violon. La précision de l’interprétation du duo nous a permis de mesurer toute la complexité des 300 bagatelles du génie. Volte-face en deuxième temps avec Trigger, jeune trio (basse et guitare électriques, batterie) à l’allure trompeuse d’un band de garage. Zorn a décidément l’oeil pour repérer les éléments forts de la relève et la formation, qui en était à sa première prestation sur une scène majeure, nous a jetées par terre. C’est le Kris Davis Quartet qui avait pour tâche de compléter ce premier tier du marathon de Zorn, ce qu’il a rempli avec brio. La formation entourant la pianiste d’origine canadienne, autant expressive et riche que les deux précédentes, nous a toutefois ramenés dans notre zone de confort. Tyshawn Sorey à la batterie a su nous impressionner à un point tel que nous attendions vivement sa présence en dernière partie de soirée.

FIMAV #32 - Bagatelles 2 de John Zorn par Craig Taborn

FIMAV #32 – Bagatelles 2 de John Zorn par Craig Taborn

22h La section sans doute la plus attendue du marathon de « Bagatelles » de John Zorn s’est ouverte avec la performance majestueuse du pianiste américain Craig Taborn. Ce dernier a su porter les « Bagatelles » que nous avions entendu jusqu’à ce moment à un tout autre niveau. La répétition soutenue d’une séquence de notes pendant l’une des « Bagatelles » pouvait nous donner l’impression d’une pièce de Steve Reich. Julian Lage (guitare acoustique) et Gyan Riley (guitare classique) ont ensuite conquis l’auditoire avec une prestation d’une douceur et d’une finesse enlevantes. En communion totale, les deux guitaristes nous ont transmis tout le bonheur qu’ils éprouvaient d’interpréter les propositions de Zorn sous son regard bienveillant.

FIMAV #32 - Bagatelles 2 de John Zorn par Julian Lage et Gyan Riley.

FIMAV #32 – Bagatelles 2 de John Zorn par Julian Lage et Gyan Riley.

La finale de cette deuxième partie s’est conclue avec le John Medeski Trio qui en a essoufflé plus d’un avec leur énergie complètement exaltée. La prestation de Medeski à l’orgue était bien loin de celle qu’aurait pu s’imaginer les fidèles d’une église.

 

Minuit Les attentes étaient élevées pour cette troisième partie, après la progression phénoménale des Bagatelles 1 et 2. Le Mary Halvorson Quartet a offert une prestation qui nous replongeait dans le jazz. Admirable, mais peut-être un peu trop doux pour les amatrices des émotions fortes qui en redemandaient après deux blocs chargés en adrénaline. Pour son retour dans ce marathon, John Medeski a proposé une interprétation surprenante des pièces de Zorn en duo avec le pianiste Uri Caine. En parfaite maîtrise de leur instrument, ces deux acolytes ont réussi à ne former plus qu’une seule et unique piste audible à nos oreilles. Chapeau!

Les exclamations de satisfaction ont fusé dans la salle quand John Zorn a introduit Asmodeus et s’est installé au côté de Marc Ribot (guitare électrique), assis en tailleur devant son lutrin. Avec Trevor Dunn à la basse et l’impressionnant Tyshawn Sorey de retour à la batterie, la table était mise pour une finale exceptionnelle. Zorn a dirigé l’énergie brute des trois virtuoses dans une interprétation partiellement improvisée. Toute la fatigue de la journée a été balayée par le génie de ces artistes, visiblement transportés par la musique qu’ils créaient sous l’égide du maître. Une finale ahurissante à cette soirée où le coeur de la musique actuelle battait la chamade dans le centre-ville de Victoriaville.