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FIMAV #32 – Jour 4

par Émilie Rioux, le 23 mai 2016 | Chéri(e) j’arrive, Sur la route

Un texte de Éloïse Lara Desrochers et Sophie Dufour-Beauséjour
Crédit photo : Martin Morissette

Cette journée rendait hommage à deux sommités de la musique actuelle. Notons d’abord la présence du tromboniste révolutionnaire George Lewis, une figure incontournable de l’AACM (Association for the Advancement of Creative Musicians). L’association, noyau créatif du free jazz et du jazz expérimental, célébrait l’an dernier son 50e anniversaire. En soirée ce sont des légendes de la musique électronique, trois des fondateurs du collectif Musica Elettronica Viva, qui nous conviaient à une « recherche de l’inouï » cinquante ans après le premier concert du groupe d’improvisation qui s’était déroulé à Rome. Une ultime journée qui a réussi ce qu’on croyait impossible, c’est-à-dire rivaliser avec les «Bagatelles» de John Zorn et l’excellente programmation de la deuxième journée du FIMAV.

14h Le grand intellectuel de la musique George Lewis (États-Unis) nous a présenté «Impromptus», une oeuvre de plus d’une heure pour trombone, piano et un ensemble de percussions variés allant des triangles aux gongs en passant par les habituels batterie, tambours et xylophone. Les cinq musiciens, dont Tyshawn Sorey qui avait vivement impressionné lors de la soirée Zorn, se déplacaient lentement d’un instrument à l’autre. Les craquements de la scène provoqués par leurs mouvements s’ajoutaient au paysage onirique qu’ils évoquaient, soulignant l’esprit déambulatoire de cette musique dite «mobile».

16h La programmation du FIMAV nous a ensuite emmenées du côté des arts multidisciplinaires avec  Myriam Bleau et Martin Messier, ces deux artistes québécois à la carrière déjà internationale. La première avait l’allure d’une Dj aux platines derrière sa table et ses quatre toupies lumineuses. Elle nous a proposé « Soft Revolvers », une performance combinant avec brio des sonorités électroniques et hip hop à des effets de lumière hypnotisants. On pouvait facilement imaginer tout le travail technique nécessaire en amont d’une telle prestation. Même son de cloche du côté de « Field » présenté par Martin Messier. Il fallait contempler cette oeuvre en abandonnant l’idée d’en comprendre tous les aspects techniques, de peur de passer à côté du puissant moment de tension et d’expérimentation sonore qui se déroulait sous nos yeux. L’effet de mouvement créé par l’éclairage à mi-parcours de la performance a particulièrement bien soutenu le jeu de sons créé à partir des champs électromagnétiques. Ces deux artistes sont assurément à surveiller !

20h La toute dernière soirée du festival s’est amorcée avec Laniakea, projet formé de Daniel O’Sullivan (orgue, électroniques, voix) et de Massimo Pupillo (basse électrique) auxquels se sont ajoutées pour l’occasion les canadiennes Jessica Moss (violon) et Peggy Lee (violoncelle) que nous avions déjà eu la chance d’admirer samedi au sein du Tony Wilson Sextet. Les cordes des deux canadiennes soutennaient parfaitement la musique céleste proposée par Laniakea. Ce nom est aussi celui du superamas de galaxies dans lequel notre planète est suspendue et la formation nous a conviées à un véritable voyage interstellaire. La graduelle ascension vers les confins de l’univers avait parfois des airs de chants grégoriens qui nous a forcées à s’abandonner à l’introspection. Sans être complètement déstabilisé, il fallait se laisser aller sans aucune retenue pour profiter du voyage proposé par Laniakea.

22h « Rien ne sert de courir; il faut partir à point! »

Assis aux pieds de trois géants, nous sommes laissées submerger par l’univers de Musica Elettronica Viva (États-Unis). Installés au piano et au clavier, les pionniers de la musique électronique se sont minutieusement affairés à superposer une foule de petits sons (8-bit, chirps, distorsions constantes). Les agencements délicats étaient sublimés par des notes de piano qui leur imposaient un caractère mélancolique. Utilisant parfois leur voix ou des échantillons de discours, de bruits d’oiseaux ou de hip hop, les musiciens nous ont patiemment raconté une longue histoire imprégnée d’un enchevêtrement de souvenirs. Un moment profondément émouvant présenté par ces vétérans qu’on a senti en parfaite maitrise de leur art.       

Minuit  Les douze coups de minuit ont été éclipsés par les puissantes vibrations du trio québécois Big | Brave qui avait comme mission de clôturer cette fin de semaine haute en émotions. Suite à une longue introduction musicale de Robin Wattie (guitare électrique, voix) et Mathieu Ball (guitare électrique), accompagnés pour l’occasion de la violoniste Jessica Moss, Louis-Alexandre Beauregard s’est élancé à la batterie avec une intensité déstabilisante. Tout notre corps vibrait au rythme des cordes de la guitare de Wattie, auxquels était juxtaposé sa voix saisissante oscillant entre incantation et lamentation. L’odeur de surchauffé qui s’échappait des amplificateurs et qui a mis l’équipe de sécurité en alerte témoignait bien de toute l’intensité des ondes sonores qui nous traversaient le corps et l’esprit. L’état altéré dans lequel nous étions, induit par la prestation de Big | Brave, a pris plusieurs dizaines de minutes à se dissiper. Brusquées par la fin du spectacle d’une heure tant notre lien avec la musique était viscéral, nous aurions définitivement aimé en entendre encore plus longtemps !

 

Pour terminer…  jusqu’à la prochaine fois!

Nous revenons du Festival international de musique actuelle de Victoriaville profondément transformées, obnubilées par la beauté de notre environnement sonore.  Loin d’être réservé aux druides, le FIMAV est un incontournable pour les mélomanes qui veulent toucher à la frontière entre la musique qui existe déjà et celle qu’il faudra créer. Ces génies de notre époque qui explorent des territoires inconnus viennent une fois par an à Victoriaville pour nous en montrer toute la splendeur. Des opportunités de bénévolat permettent de profiter du festival peu importe ses moyens financiers, le covoiturage pour se rendre à Victoriaville est d’une efficacité impressionnante et les habitués du festival sont toujours prêts à héberger de nouveaux mordus. Ceux qui peuvent être présents tout le long du festival seront charmés d’apprendre que la programmation leur permet d’assister à l’ensemble des spectacles qui ne se chevauchent jamais. Pour les autres, les risques à prendre en assistant à un ou plusieurs concerts en valent assurément la peine. L’an prochain vous n’aurez aucune excuse pour rater le FIMAV! Un grand bravo à toute l’équipe du Festival International de musique actuelle de Victoriaville (mention spéciale aux techniciens à la sonorisation) et viva la musica !

Auteur : Émilie Rioux