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FIMAV #33 – Jour 2

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par Sophie Dufour-Beausejour, le 20 mai 2017 | Chéri(e) j’arrive, Sur la route

Un texte de Éloïse Lara Desrochers et Sophie Dufour-Beauséjour
Crédit photo : Martin Morissette

13h / Tristan Honsinger, Nicolas Caloia, Joshua Zubot «In the Sea»

Le FIMAV présente pour la première fois cette année des spectacles dans l’Église Saint-Christophe d’Arthabaska de Victoriaville. C’est le trio à cordes composé de Tristan Honsinger au violoncelle, Nicolas Caloia à la contrebasse et Joshua Zubot au violon, qui a brisé la glace avec leur projet «In the Sea». Déjà convaincues par le matériel enregistré disponible pour écoute (voir ci-dessous), nous étions impatientes d’en prendre la pleine mesure en spectacle. Nous avons été fascinées par l’expressivité de Honsinger. Le violoncelliste fait aussi appel à sa voix, contribuant à l’oeuvre des déclamations embrouillées, un chapelet de remarques incongrues et divers fredonnements qui rehaussent le propos des instruments et servent de contrepoint aux passages les plus émouvants. Les artistes nous ont charmées, naviguant entre humour et mélancolie au gré des compositions évoquant tantôt le romantisme des grandes traversées, la fureur des tempêtes ou l’oubli cacophonique. Un bonheur en ouverture de cette deuxième journée de festival !

17h / Kasper T. Toeplitz «DATA_Noise»

Kasper T. Toeplitz et Myriam Gourfink nous ont offert le premier véritable coup de poing du festival que nous attendions avec tant d’impatience. En effet, le FIMAV n’est pas uniquement fait de prouesses de virtuoses aux instruments acoustiques, mais également de bruits et de noise qui perturbent physiquement nos corps et notre esprit. Après une prudente ascension, le noise de Kasper T. Toeplitz s’est vite installé à la limite du supportable pour nos tympans. Très bon coup pour Kasper T. Toeplitz de s’unir ainsi aux lents mouvements corporels de Myriam Gourfink, chorégraphe et danseuse. La performance de Gourfink offre un point d’ancrage visuel auquel le public peut s’accrocher pendant le voyage brutal, en plus de cristalliser la tension portée par la musique.

20h / Linda Sharrock, Mia Zabelka, Mario Rechtern

Pour ouvrir cette deuxième soirée, la programmation du festival nous proposait Linda Sharrock, chanteuse de jazz d’avant-garde, accompagnée de son acolyte Mario Rechtern au saxophone ainsi que de la violoniste Mia Zabelka. Nous étions d’abord très émues de pouvoir assister à cette apparition sur scène de la grande Linda Sharrock, paralysée et aphasique suite à un accident vasculaire cérébrale qu’elle a subit en 2009. Dès l’entrée sur scène de la chanteuse, au bras de Mario Rechtern, on a senti la profondeur du respect de Rechtern et Zabelka à l’égard de Sharrock. Ce fût l’une des prestations les plus émouvantes auxquelles nous avons assisté jusqu’à présent au FIMAV.

Par moment, les chants de Linda Sharrock avaient plutôt des allures de lamentations, alors qu’à un autre instant ils semblaient dicter aux musiciens la direction à prendre. On sentait la musique traverser le corps de la chanteuse et s’élever au-delà de la condition physique qui l’accable depuis 2009. Coup de coeur pour Mia Zabelka, violoniste qui nous a époustouflée par son agilité. La rencontre entre son violon électrique et les instruments à vent de Mario Rechtern était particulièrement intéressante. Notons également l’admirable écoute de Mario Rechtern envers Linda Sharrock. On sentait que le rôle du saxophoniste était d’accompagner la chanteuse de renom et de la soutenir avec écoute, en sachant parfaitement bien à quel moment s’élancer sur son instrument. Bref, un des grands moments du FIMAV qui nous a mis le sourire aux lèvres pour le reste de la soirée.

Linda Sharrock - Mario Zabelka - Mia Rechtern

22h / Senyawa  (Présenté par CHYZ et CKUT !)

Il s’en est fallu de peu pour que l’on passe à côté du duo Senyawa arrivé directement de l’Indonésie. C’est que les instruments de Wukir Suryadi avait été perdus à l’aéroport de Toronto… Hybrides empruntant aux instruments traditionnels indonésiens et aux instruments électroniques amplifiés, ces bambuwukir sont irremplaçables. Heureusement, l’incomparable équipe du FIMAV s’est mise sur le dossier et les instruments sont enfin arrivés à Victoriaville vers 20h, au grand plaisir des festivaliers.

Le chanteur Rully Shabara a fait preuve une précision technique époustouflante et Wukir Suyradi s’est montré en maîtrise totale de ses instruments. Les univers sonores des artistes sont connectés en plusieurs endroits, tant dans les cillements saccadés que dans les basses riches et gutturales, au point qu’on confonde souvent la provenance des sons. Senyawa nous a transportées dans les méandres de leur territoire sonore, riche d’une tradition musicale luxuriante et résolument exploratoire. L’entracte de 15 minutes qui a suivi leur spectacle a suffit pour épuiser leur stock d’albums.

Senyawa

Senyawa

23h / Ex Eye (Présenté par CHYZ et CKUT !)

Il nous a fallu attendre deux ou trois pièces avant que le rock instrumental de Ex Eye atteigne enfin la masse critique attendue pour cette deuxième partie du programme double loud. Les lignes du saxophoniste Colin Stetson et du guitariste Toby Summerfield se croisent et forment un alliage pesant et multiforme, modulé par Shahzad Ismaily au synthétiseur. Le tout s’appuie sur des fondations érigées par le batteur Greg Fox, fil conducteur de ce rock parfois stoner aux échappées presque métal. Vivement l’album qui sortira le 23 juin !

Ex Eye

Ex Eye

Minuit / Bent Knee

L’ambiance était décontractée et bienveillante pour le spectacle du groupe Bent Knee, sextet de Boston à l’ascension fulgurante. Le bonheur des artistes de jouer au mythique FIMAV était manifeste. Leur musique en mène large, empruntant au jazz avant-garde, au rock et à la pop. La voix de la chanteuse Courtney Swain s’élève avec puissance, appuyée par le reste de la formation. On préfère définitivement les pièces où Swain délaisse les chants lisses au profit d’une expression plus imprévisible, fauve et déchaînée. Coup de coeur pour la bassiste Jessica Kion qui s’est démarquée par son dynamisme. Le guitariste Ben Levin a conquis la foule dès son entrée en scène, nous saluant avec candeur avant de livrer une performance jubilatoire. Un très bon coup pour le FIMAV; gageons que nous les reverrons au Québec bientôt dans un festival près de chez nous.

À lire pour en découvrir plus : FIMAV #33 – Jour 1

Auteur : Sophie Dufour-Beausejour