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Gilles Archambault – Doux dément : C’est d’l’amour ou c’est comme

par Émilie Rioux, le 31 mai 2016 | Chéri(e) j’arrive

Par Cyril Schreiber

Encore un autre livre pour Gilles Archambault ? Oui, le 33ième depuis 1963. Doux dément, cependant, occupera certainement une place de choix, tout du moins à part, quand on se souviendra de l’écrivain québécois de 84 ans.

Parce que le narrateur et protagoniste de ce roman s’appelle aussi Gilles Archambault, qu’il a aussi 84 ans, qu’il est aussi écrivain et veuf depuis quelques années : on aura compris qu’Archambault flirte avec l’autofiction, s’inspirant largement de sa propre vie pour écrire cette histoire. Celle du train-train quotidien de cet homme solitaire, pessimiste et lucide, qui croit la fin approcher à grands pas, avant qu’il ne rencontre la courtière immobilière Anouk, la quarantaine, sa nouvelle voisine qui viendra chambouler sa vie. S’installe alors une drôle de relation entre eux, quelque chose de fort mais ambigu : quelque part entre l’amour et l’amitié, un soupçon de tendresse, une passion à sens unique, voire une illusion. Car lui est amoureux d’elle, évidemment, alors qu’elle ne le voit que comme un confident, avant de déménager en région avec un nouvel amant de son âge. C’était inévitable.

Cette relation particulière entre les deux personnages est définitivement le point fort du roman. Car l’amour, ici, exclut l’un des deux, le met dans une clandestinité qu’il ne déteste pas. Mais est-ce vraiment de l’amour dans ce cas-là ? Peut-on mettre un nom sur cette connexion ? Il y aussi la question de l’âge : une relation intergénérationnelle est-elle vraiment possible ?

Gilles ArchambaultArchambault offre également une belle réflexion sur la vieillesse et les rapports aux autres : quand on est vieux, de quoi a-t-on le droit ? Peut-on encore ressentir du désir, même si l’on sait que la fin est proche ? Il y a aussi le rapport aux amis (aussi écrivains, dans ce cas-ci) qui est intéressant : vaut-il mieux à tout prix fréquenter des personnes de son âge à la santé déficiente, ou est-ce un crime de vouloir s’isoler pour terminer sa vie ? Malgré le personnage du narrateur particulièrement déprimant, ces réflexions se déploient avec un bel équilibre tout au long des chapitres.

Doux dément n’est cependant pas exempte de défauts, le principal étant ces dialogues (surtout ceux d’Anouk) qui passent du coq à l’âne et sonnent peu naturels, où se côtoient grandes réflexions et tout de suite après choses banales de la vie. Il y a aussi le dernier tiers du livre, après le départ d’Anouk, qui rallonge inutilement le peu d’intrigue qu’il y avait.

Le jeu du « je », la prise de parole de l’auteur au sein de son récit, le ton nonchalant qui s’en dégage, l’apparence de manque de structure : autant d’éléments qui font osciller Doux dément entre le roman, l’essai et l’autobiographie. Des éléments qui pourront paraître agaçants pour certains, mais qui font paradoxalement le caractère apprécié et unique de ce livre pour les autres. À chacun de choisir son camp.