fbpx
Blogues

Les Chantiers : …Manquante (par Arielle Cloutier)

par Émilie Rioux, le 7 juin 2015 | Chéri(e) j’arrive

En cette soirée de Carrefour, les Chantiers accueillent dans leur programmation des artistes de la relève ne provenant pas d’horizons théâtraux typiques à sa sélection habituelle : Thomas Langlois, Mélanie Desbiens et KJT, soit un slameur, une conteuse et un artiste de beat-box. Le Collectif des P’lis d’langue (exceptionnellement adjoints d’Edwige Morin et du metteur en scène Mathieu Larrivée) se sert parfaitement de cette occasion pour proposer un premier jet de leur création, une lecture du texte …Manquante avec une esquisse de la scénographie qui pourrait accompagner le futur spectacle.

Les ChantiersL’histoire de la pièce se déroule dans la tête d’un artiste, l’artiste-mère, où deux idées, deux personnages (Conte et Slam) essaient de devenir une œuvre d’art en attendant d’être accouchés par la bouche de l’artiste-mère. Pour être accouchés, ils doivent trouver leur profondeur et cette profondeur est écrite sur LA PAGE qu’ils ne trouvent pas. Pendant leur exploration du cerveau, ils trouvent des narrapeurs (dont KJT) et d’autres œuvres éparpillées qu’ils lisent chacun leur tour dépendamment de s’il s’agit d’un conte ou d’un slam. Se construisant au fur et à mesure qu’ils lisent, ils trouvent également les spectateurs, avec qui ils essaient d’écrire par eux-mêmes la page manquante, les réponses à leur existence. Quand il trouve enfin la page, par inadvertance, Conte la mange et les deux personnages décident de ne plus suivre de règles ni ce qui a été écrit pour eux. Ils choisissent de s’unir pour créer, donnant lieu au métissage de ces deux formes orales.

Ce qui ressort du spectacle et qui semble avoir le plus marqué les spectateurs, selon les commentaires reçus à la discussion, est l’amour des mots, la folie langagière des artistes, les déconstructions des syllabes pour mieux reconstruire une multitude de sens et une toute autre poésie que celle envisagée. On y reconnaît certainement des héritages et inspirations de Ines Pérée et Inat Tendu, de En attendant Godot ou de MerZsonaTe. Le rythme entraînant, parfois effréné, parfois juste assez lent pour qu’on reprenne notre souffle, reste aussi la force de la proposition. À plusieurs reprises, le sens des mots s’estompe et laisse place à la musique des sons, toujours bien accompagnée du beat-box. …Manquante devient une véritable tentative de conciliation des trois différentes formes d’expression, poésie et rythme que sont le conte, le slam et le beat-box. Le collectif, comme les personnages, n’ont pas encore réussi à créer un œuvre qui mélangerait à la perfection ces trois arts, mais cette première expérimentation nous montre bien le potentiel et la richesse musicale comme littéraire de ce métissage.

Je crois que la discussion suivant le spectacle a su donner de belles pistes de réflexions et d’explorations pour le collectif. Comme me le disait Thomas Langlois : « Nous, on a le nez collé dedans. Ça fait du bien d’avoir un retour du public qui nous dit ce qu’il comprend et ce qu’il n’arrive pas à comprendre ou qu’il nous dit les pistes de réflexions que le show a fait germer chez eux. » L’équipe de …Manquante a certainement su tirer à son avantage la plateforme de diffusion et d’expérimentation que leur a offert les Chantiers. Maintenant prêt pour continuer les laboratoires de création, nous espérons que le projet va se poursuivre en grand et qu’on pourra assister au résultat final sur nos scènes professionnelles du Québec.

Texte : Arielle Cloutier
Visuel Chantiers : Stéphane Bourgeois et Hélène Ducharme

C’est pas terminé!