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Les Chantiers : Pan to Gemu (par Samantha Clavet)

par Émilie Rioux, le 25 mai 2015 | Chéri(e) j’arrive

Chantiers CarrefourC’est Pan to gému qui a ouvert le bal des Chantiers – constructions artistiques dans le cadre de la 16e édition du Carrefour international de théâtre de Québec. Monologue théâtral sur patinoire de riz, danse Kabuki sur fond de game de hockey, le métissage des codes et des genres confère au laboratoire élaboré par Nicolas Jobin et son équipe une aura des plus particulières.

Une scène en trifrontal. Deux musiciens présents sur scène. Un décor simple : un carré de riz blanc au sol, qui évoque étrangement les jardins zen miniatures, où l’on peut tracer à l’aide d’un petit râteau, des rainures dans le sable.

Un homme entre sur scène dans une démarche lente et solennelle, stylisée, presque dansée. Il pose le pied sur le riz et y trace, au fil d’une danse, des rainures, des lignes, une œuvre d’art. Et puis il chute. Et c’est en se relevant qui nous livre son histoire. Michaël Bernier, c’est son nom. Plus jeune, il était hockeyeur amateur de talent, goaler pour être plus précis, et drama queen à ses heures. Drama queen au point où, faute de pouvoir jouer davantage d’heures par semaines au hockey, il a préféré tout arrêter. Jusqu’à ce qu’il se fasse repêcher comme goon, même s’il ne savait pas se battre. C’est là que tout a changer. La préparation physique auquel son équipe était soumise comportait une formation en ballet classique. Un coup de cœur spontané pour le jeune homme qu’il était, malgré les menaces de se faire étiquetter de tapette par les autres membres de son équipe. Et du ballet est né un amour pour la danse qui l’a mené jusqu’au japon, jusqu’au Butó, puis au Kabuki. Pan to gému, c’est l’histoire à la fois de la découverte de soi par la découverte d’un art, de la découverte d’un art par la découverte d’un corps, et de la découverte d’un sport par la découverte d’un art.

Chantiers CarrefourUn texte sensible, une histoire intrigante, des propositions dramaturgiques et dramatiques stimulantes. Présenté sous forme de match de hockey en trois périodes, la glace au centre de cet amphithéâtre à petite échelle, le laboratoire explore les parallèles existant entre la danse-théâtre traditionnelle japonaise et le sport national québécois. Quelques interventions directes avec le spectateur sont esquissées dans cette première mise en scène d’un spectacle en devenir: interventions intéressantes en ce qu’elles rappellent les intermissions des games de hockey mais également par le fait permettent de briser une convention théâtrale qui permet trop souvent au spectateur de se protéger dans une petite carapace de passivité face à l’objet artistique qu’il lui est donné à voir.

Seul petit bémol, le spectacle emprunte de nombreux codes à la fois au Kabuki et au hockey, et il semble qu’une certaine connaissance de l’un ou de l’autre (voire des deux) soit nécessaire pour une pleine compréhension de la proposition artistique. Les référents du hockey étant somme toute plus ou moins acquis au Québécois moyen (je me pose moi-même comme exception confirmant la règle, ne connaissant moi-même pratiquement rien de ce sport), c’est plutôt du côté du théâtre japonais que les codes se brouillent et que le spectateur reste sur quelques interrogations. Bien que chaque élément composant l’œuvre soit vraisemblablement réfléchi et empreint de sens, ce sens, bien que précis et clair dans l’œil de l’interprète, peut quelquefois demeurer flou dans le regard du spectateur.

Pan to gému, c’est aussi (et avant tout) un corps sur scène. Un corps expressif, un corps qui danse, un corps qui raconte, un corps qui parle. Et on en aurait pris plus. Et on espère en voir plus, lorsque ce premier laboratoire se transformera, on le souhaite, en œuvre achevée.

Un coup de cœur instantané, Pan to gému, est sans nul doute, un titre à retenir, et une œuvre dont il faut suivre l’évolution.

Texte : Samantha Clavet
Visuel Chantiers : Stéphane Bourgeois et Hélène Ducharme

Entrevue avec Nicolas Jobin :

C’est pas terminé!

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