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Je me souviens (de rien)

par Chroniqueur CHYZ, le 25 novembre 2015 | Chéri(e) j’arrive

Édouard Beauchemin était un professeur d’université, grand intellectuel et amateur d’histoire. Était, car cette fichue maladie d’Alzheimer a raison de lui. Sa femme, son amour de toujours, Madeleine, n’en peut plus et s’en va. Sa fille, Isabelle, vient à la rescousse, flanquée de son conjoint Patrick. Les choses ne s’améliorent guère, on sait que le pire est à venir. La solution viendra peut-être de la fille de Patrick, Bérénice, qui prendra une importance capitale et surprenante pour le vieillard.

Tu te souviendras de moi, une production du Théâtre de La Manufacture, a d’abord vu le jour à Montréal au Théâtre La Licorne, avant d’entreprendre depuis septembre une grande tournée pan-québécoise (et même canadienne) qui se prolongera jusqu’en mars. La pièce s’arrête ces jours-ci à Québec du côté de la Bordée.

François Archambault, qui signe le texte, réussit à osciller entre la comédie et le drame, entre les rires et les larmes. Abordé de front, sans aucun filtre mais non sans sensibilité, le thème de l’oubli involontaire s’avère ici fécond, dans les deux extrêmes : on rit beaucoup, et évidemment on est souvent touché par le propos. La qualité des dialogues incisifs, bien tournés, est au service du contenu, qui contient par ailleurs beaucoup de matière sans jamais que la pièce en devienne lourde ou pathos : vieillesse versus jeunesse, abondance d’informations à notre époque, état du Québec de nos jours, etc. Ces différentes thématiques s’incorporent très bien à celle de l’oubli, de laquelle il y a visiblement beaucoup à dire. Est-il possible encore de vivre tout en oubliant régulièrement ? Comment fait-on pour vivre dans de telles conditions, pour le malade mais aussi son entourage ?

La distribution est solide : les cinq comédiens sont convaincants dans leurs rôles respectifs. Évidemment, Guy Nadon, dans le rôle principal, y est magistral, mais son interlocutrice la plus intéressante, la jeune Emmanuelle Lussier-Martinez, ne laisse pas non plus sa place, avec sa fraîcheur et sa jeunesse.

La mise en scène de Fernand Rainville, tout en étant efficace dans son ensemble grâce notamment au beau décor épuré en bois de Patricia Ruel, contient le défaut principal de cette production : ses enchaînements pénibles, antinaturelles, trop visiblement théâtrales, entre les différentes scènes, qui elles souffrent parfois d’une fin trop brutale. C’est bien là le seul défaut qu’on pourra trouver à Tu te souviendras de moi, qui s’avère être une pièce de théâtre de grande qualité où l’on rit autant que l’on réfléchit en s’émouvant. Ce n’est pas si fréquent.

Cyril Schreiber

Quoi ? Tu te souviendras de moi

Qui ? Texte : François Archambault, mise en scène : Fernand Rainville

Où ? Théâtre de la Bordée

Quand ? Jusqu’au 5 décembre, du mardi au samedi