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Mon Festival d’été de Québec 2018 (par Cyril Schreiber)

par Cyril Schreiber, le 6 juillet 2018 | Chéri(e) j’arrive, Critiques musicales

5 juillet 2018

Crédit : Cyril Schreiber

Le jour 1 du 51e Festival d’été de Québec prenait son envol à la Place Fibe (le Coeur du FEQ) sur le coup de 18h30 avec le spectacle de Maude Audet, chanteuse de Québec qu’on suit depuis quelques années. Elle venait défendre sur scène, avec 4 musiciens (dont Martien Bélanger à la guitare et la chanteuse Émilie Proulx à la basse), les chansons de son excellent troisième opus, Comme une odeur de déclin. 14 titres au programme pour une petite heure de spectacle, devant un public familial mais très attentif, où le rock côtoyait la douceur (Léo), mais jamais au détriment des paroles dans lesquelles le style d’Audet sort du lot. À découvrir donc, si ce n’est déjà fait, en attendant un prochain passage dans sa ville natale.

Crédit : Cyril Schreiber

Direction ensuite les Plaines d’Abraham pour Chromeo, un duo d’origine montréalaise que je connaissais de nom, sans plus. Et ce fut à vrai dire une belle révélation : leur electro-rock-funk était particulièrement efficace et mélodique, même si forcément un peu lassant au bout d’un spectacle extérieur d’une heure. Il fut cependant livré par des vrais musiciens très bons, David Macklovitch (Dave 1) et Patrick Gemayel (Pee Thugg), qui reviennent d’une tournée de trois mois dans les grands festivals américains. Pour les amateurs de Daft Punk, Numero#, Justice…

Crédit : Cyril Schreiber

Pour conclure cette première journée, et très brièvement, le clou de la soirée, l’enfant-chéri du hip hop actuel, le Torontois The Weeknd, qui avait fait couler beaucoup d’encre lors de sa non-venue au Centre Videotron l’année dernière. Québec, et particulièrement ses gamines de 15 ans, n’a cependant pas boudé Abel Makkonen Tesfaye, et ce dernier s’est repris d’habile façon avec un show de grande envergure, visuellement impressionnant. Côté musique, même si ce n’est pas forcément ma came, il faut avouer que certains morceaux sont irrésistibles et dépassent les frontières du hip-hop, ce qui a tout pour séduire les non-initiés du genre. Une valeur sûre, un nom actuel incontournable, qui est enfin venu à Québec… et n’a pas raté son coup cette fois-ci.

Setlist de The Weeknd.

 


6 juillet 2018

Solide programmation sur les Plaines d’Abraham en ce jour 2, dont on se souviendra par sa température (à peine 15 degrés), à l’opposé de la canicule de la veille…

Crédit : Cyril Schreiber

La soirée débutait sur le coup de 19 heures avec le sympathique Lukas Nelson et son groupe Promise of the real, qui allait accompagner quelques heures plus tard la tête d’affiche. Lukas Nelson, fils du mythique Willie Nelson, est un guitar hero incroyable qui était visiblement ravi d’être à Québec ce soir-là, et ça paraissait dans la qualité d’exécution. Un très bon moment passé avec ce jeune homme. Un nom à retenir assurément, pour les fans de blues/rock/country, etc.

Crédit : Cyril Schreiber

Venait ensuite sur la scène Bell Kurt Vile and the Violators. Celui-ci est un ancien membre du groupe The War on Drugs (qu’on verra au FEQ dimanche soir si tout va bien), et si son ancienne formation connaît un très bon succès actuel, il n’a pas à rougir du sien avec son matériel solo, que ce soit Smoke ring for my halo (2011) ou son album avec Courtney Barnett. Le musicien américain de Philadelphie est lui aussi un guitariste hors pair, et son rock en est un mélodique, accessible, assez planant, qu’on pourrait qualifier de shoegaze ou influencé par celui-ci.

Le seul hic avec Kurt Vile, c’est sa quasi absence de charisme sur scène, ce qui nous fait dire que sa musique se savoure sans doute mieux sur disque que sur scène, et encore moins en extérieur…

Crédit : Cyril Schreiber

Légende vivante : le terme, souvent galvaudé, est ici employé avec justesse quand on évoque Neil Young. Il se classe dans la même catégorie que les McCartney, Springsteen, Dylan, de ceux qui n’ont plus rien à prouver. À la différence près que Young a toujours été un électron libre, et que sa carrière comporte autant de disques acoustiques que d’albums de rock plus abrasifs. Première visite à Québec, devant une énorme foule qui n’aurait raté ce rendez-vous pour rien au monde. Justement, après l’événement (une exclusivité canadienne), quid du fond ? On ne peut nier que Neil Young et son groupe de jeunes musiciens (les jeunes de Promise of the real, justement), dégagent sur scène une énergie et un plaisir évident, que ce soit dans les moments rock ou plus acoustiques. Ces excellents musiciens forcent le bonhomme de 72 ans à élever son jeu d’un cran. Les chansons au programme, souvent pas choisies d’avance, s’étirent, se dilatent, permettent l’improvisation et des solos incroyables – peut-être un peu trop longs par moments même.

Est-on prêts, par ailleurs, à pardonner au Torontois d’origine, encore très actif, une performance parfois défaillante, des transitions longues et douteuses, sous prétexte que c’est une légende vivante ? Il faut croire que oui, puisque malgré tous ces petits défauts, il reste que ce premier spectacle à Québec restera mémorable certes pour son caractère historique, mais aussi pour son contenu de haute qualité à la hauteur des attentes. Respect.

Setlist de Neil Young.


7 juillet 2018

Programme 100 % francophone à la Scène Loto-Québec (Parc de la francophonie, justement) en ce premier samedi soir, jour 3, avec un aspect spécial : les chaises étaient permises dans une (trop ?) grande section du site, ce qui a engendré quelques tensions entre ceux qui s’asseyaient par terre dans cette zone, ceux qui restaient debout dans l’autre zone, côtoyant ceux qui voulaient rester assis, etc. Bravo pour l’idée d’accepter les chaises, mais il faudrait peut-être revoir la configuration…

Crédit : Cyril Schreiber

En première première partie, la jeune chanteuse de Québec Lou-Adriane Cassidy, que le grand public a pu voir à La Voix, mais que les amateurs de musique de la capitale connaissent de plus en plus : fille de Paule-Andrée Cassidy (grande interprète), spectacle l’année dernière au FEQ (à la petite scène Fibe), musicienne d’Hubert Lenoir, etc. Cette fois-ci, entourée de ses 4 musiciens (dont Simon Pedneault aux guitares), Cassidy a chanté uniquement des titres de son futur premier album à paraître fin septembre, dont le premier single Ça va ça va (écrit par Philémon Cimon) en fin de prestation. Une autre bonne performance de sa part – on attend maintenant l’album avec impatience pour voir que valent véritablement ses chansons, et comment elles sonneront lors d’un spectacle complet en salle début avril 2019 au Grand Théâtre.

Crédit : Cyril Schreiber

Lo’jo est une formation française qui roule sa bosse depuis les années 1980, et pourtant elle reste inconnue de ce côté de l’Atlantique : c’était donc, à moins d’avis contraire, un premier rendez-vous entre la bande menée par Denis Péan et le public de Québec. Pour décrire leur musique, disons que la chanson à textes rencontre les musiques du monde, voire même l’électro par moments (le violon trafiqué qui ressemble à celui de Louise Attaque, quelques échantillonnages). Ce qui donne des chansons métissées, peut-être trop : les textes sont intéressants, les musiques aussi, mais la combinaison des deux pas toujours. Résultat : pas mauvais, loin du tout, mais malheureusement pas assez marquant – tout du moins cette performance estivale.

Crédit : Cyril Schreiber

Une deuxième légende vivante en deux soirs : devant un parterre écoutant presque religieusement, s’est amenée, quelques 26 ans après sa dernière visite sur ce même site, la mythique Jane Birkin, qui valait à elle seule le déplacement. Mais le public de Québec, deux ans après celui des Francofolies de Montréal, a aussi eu le droit à son tour au spectacle qu’elle tourne partout dans le monde, Birkin/Gainsbourg : le symphonique, dans lequel la plus française des Britanniques réussit encore une fois à réinventer, et nous faire redécouvrir, le répertoire de son ancien mari et Pygmalion Serge Gainsbourg. Et c’est grâce au pianiste Noboyuki Nakajima, présent ce soir-là, qui signe les magnifiques arrangements, ainsi qu’à l’Orchestre symphonique de Québec (dirigé pour l’occasion par Simon Leclerc), que les festivaliers ont tout simplement vécu un moment de pure magie, de pure beauté, où grands succès et chansons plus méconnues (parfois initialement chantées par d’autres), se sont mélangés dans un déluge symphonique inégalé. Certes, Birkin n’est pas la plus bavarde entre les morceaux, et sa diction fait parfois défaut : rien cependant pour gâcher la magie de la soirée, qui restera comme l’une des plus belles des dernières éditions du FEQ, grâce à la qualité combinée des textes, musiques et arrangements symphoniques : du grand art qui vous donne des frissons pour la vie.

Setlist de Jane Birkin.


10 juillet 2018

Crédit : Cyril Schreiber

Programme 100 % francophone sur les Plaines pour le jour 6. En première partie de 19h, un spectacle annoncé plus tard que les autres mais d’actualité : Stone, l’hommage à Luc Plamondon, d’abord un spectacle du Cirque du Soleil à Trois-Rivières l’année dernière, puis un album de reprises paru il y a quelques semaines, et enfin un spectacle, donc. Si le grand manitou du projet est Jean-Phi Goncalves, qui signe les arrangements (accompagné de son complice de Plaster Alex McMahon sur scène), le projet hommage est 100 % féminin : une dizaine de noms actuels de la chanson québécoise ont ainsi défilé sur scène, devant un parterre de plus en plus nombreux, pour interpréter leurs versions de grands succès signés Plamondon, et d’abord chantées par les Dufresne, Dion, Gall, Barbara et autres Mitsou. Chacune d’entre elles (Martha Wainwright, Gabrielle Shonk – remplaçant Milk & Bone -, Betty Bonifassi, Beyries, La Bronze, Marie-Pierre Arthur, Klô Pelgag, Valérie Carpentier, Catherine Major, Safia Nolin, Ariane Moffatt) ont réussi leur moment, ont amené une ambiance différente à chaque fois – Bonifassi, une jambe dans le plâtre, a peut-être été plus applaudie que les autres, SLAV oblige. Au final, un beau spectacle, imparfait car bourré de transitions laborieuses et manquant d’un liant, d’une mise en scène, mais qui nous rappelle la qualité des textes du parolier québécois, présent pour l’occasion et chaudement accueilli.

Crédit : Cyril Schreiber

Depuis quelques années, le FEQ a la bonne idée de donner carte blanche à un artiste québécois pour occuper l’immense terrain qu’est la scène Bell – et si, à chaque édition, la qualité est au rendez-vous, le public finit toujours par remplir convenablement le site. Et ce fut encore le cas cette année. Et qui d’autre que Patrice Michaud, à la popularité indéniable, pour remplir le mandat 2018 ?

C’était, de son propre aveu, le plus gros show de sa carrière, qui revêtait une signification particulière, puisque le natif de Cap-Chat a habité 8 ans à Québec et rêvait de jouer un jour sur cette immense scène : son rêve se réalisa le 10 juillet 2018, et de la plus belle manière qui soit.

Qui dit carte blanche dit moments spéciaux, uniques, créés pour l’occasion : outre son répertoire habituel livré avec ses musiciens et une section de cuivres rajoutée pour l’occasion, Michaud s’est gâté avec des duos, des trios et des reprises. Parmi les bons coups, notons la visite surprise de Mario Pelchat sur Pleurs dans la pluie et Dans les yeux d’Émilie, une reprise endiablée des Cactus avec Yann Perreau (co-metteur en scène), la présence de Pascale Picard (Ces bottes sont faites pour marcher) ou Marie-Mai (C’est moi) – bref, des amitiés plutôt hétéroclites mais rassembleuses.

Les Majestiques, son faux groupe yé-yé, prenait une belle part du gâteau, et si cet aspect pouvait agacer lors du spectacle en salle, il prenait tout son sens en extérieur. De même, le volet conteur de Patrice Michaud a aussi été évacué, pour un contexte laissant pleinement la place à la musique. On pourra aussi déplorer l’absence de certains titres plus anciens (notamment du premier album), qui ne font pas partie de la tournée actuelle, mais rien pour gâcher le plaisir de réentendre avec le même plaisir Kamikaze, Je cours après Marie, Le feu de chaque jour ou l’incontournable Mécaniques générales.

On peut désormais appeler Patrice Michaud le roi des Plaines, cet ancien champ de bataille où, pour le citer,, “le français a gagné” pour une fois ce soir-là. Avec lui se poursuit la tradition des cartes blanches d’artistes québécois réussies et fédératrices au FEQ.

Setlist Stone et Patrice Michaud.


11 juillet 2018

Crédit : Cyril Schreiber

Soirée de belle folie québécoise à la Place d’Youville en ce jour 7. Après La famille Ouellette (gagnant des 20e Francouvertes, dont on a seulement capturé la dernière chanson), c’est LA sensation du moment, Hubert Lenoir, qui foulait les planches pour un spectacle fort attendu dans sa ville natale. Les chansons de son premier album, Darlène, étaient au programme, ainsi que quelques nouveautés. Comme il fallait s’y attendre, celui né Chiasson a tout donné, a fait fi des convenances en tenant un discours basé sur la liberté et l’acceptation de soi… un beau message, cependant gâché par une vulgarité non nécessaire. Côté musique, puisque c’est ça le plus important, le natif de Beauport était entouré de ses excellents musiciens, aussi de Québec, dont Alexandre Martel, Vincent Gagnon et Lou-Adriane Cassidy. Une fierté locale qui aura marqué, à son échelle, cette 51e édition du FEQ, en remportant notamment le Prix Espoir, ainsi que le prestigieux Prix Félix-Leclerc il y a quelques semaines. Son spectacle était à tout le moins énergique, et a su ravir ceux qui l’aimaient déjà (et inversement). Reste à voir maintenant si le personnage saura évoluer et mûrir…

Crédit : Cyril Schreiber

Peut-on encore classer Klô Pelgag dans la catégorie de la relève ? Elle n’a beau avoir que deux albums en poche, son succès populaire et critique est indéniable. Pas étonnant que la Place d’Youville ait été assez bien remplie pour ce spectacle en extérieur découlant de son dernier album en date, L’étoile thoracique. Et comme elle ne fait rien comme les autres, Pelgag et ses musiciens sont arrivés sur scène habillés en… apiculteurs ! Un bel exemple de son univers décalé et poétique, très bien rendu sur scène, notamment sur les chansons Comme des rames, Les ferrofluides-fleurs et un joli duo avec Violett Pi. Dommage, cependant, que quelques titres plus calmes aient fait perdre un peu de tonus dans la deuxième moitié à ce spectacle au demeurant bien ficelé, et sûrement meilleur en salle. Et comme pour son prédécesseur sur scène, Klô Pelgag ne s’est pas gênée pour enfiler de nouveau son costume fleurdelisé (référence ici) en déclarant que le “Québec appartient à ceux qui l’aiment”…

Setlist d’Hubert Lenoir et celle de Klô Pelgag.


12 juillet 2018

Programme triple des plus convaincants sur les Plaines d’Abraham en ce jour 8, avec une particularité : chacun des trois groupes/artistes jouait pour la première fois à Québec, et dans tous les cas, ce fut un baptême réussi.

Crédit : Cyril Schreiber

C’est la formation belge Girls in Hawaii qui a parti le bal sur le coup de 19h, en proposant l’electro pop de leur nouvel album, Nocturne. Très agréable à entendre, même si leur son ressemble à beaucoup d’autres groupes contemporains. Ça vaudra quand même le coup d’aller écouter leur production discographique et d’en apprécier toutes les mélodies et subtilités.

Crédit : Cyril Schreiber

Le milieu de la soirée était occupé par un groupe qui roule sa bosse depuis un bon bout de temps et qui a souvent joué à Montréal, mais qui a sûrement dû se faire de nouveaux fans dans la capitale : Phoenix. On a pu entendre la musique du groupe de Versailles dans beaucoup de films (notamment ceux de Sofia Coppola) et séries télévisées, et si sa popularité remonte déjà à quelques années, Phoenix a prouvé qu’il est encore redoutable et efficace sur scène… même si, au bout d’une heure, les chansons commençaient à se ressembler et à devenir un brin lassantes. Mention spéciale au charismatique et sympathique chanteur Thomas Mars, qui n’a pas hésité à prendre quelques bains de foule pour faire corps avec son auditoire, un geste très apprécié.

Crédit : Cyril Schreiber

Le clou de la soirée restait évidemment le chanteur américain Beck au style indescriptible, tant il touche à chaque album, très différent les uns des autres, à tous les types de musique, et ce depuis le début des années 1990. C’est dans le cadre de son dernier album en date, Colors, qu’il venait enfin nous rendre visite à Québec, un album joyeux et dansant. Si le public était nettement moins nombreux que certains autres soirs, les amateurs de musique en ont eu pour leur argent : ce spectacle court (1h20) mais généreux, intense, a démontré tout le génie créatif et musical de Beck, à l’aise tant dans la pop, le rock, que la ballade acoustique seul sur le devant de la scène. On a assisté à un concert d’un des rares artistes totalement libres de ses choix, et qui maîtrise parfaitement son art, visiblement ravi d’être là – ce qui fait toujours plaisir. De plus, comme si la musique n’était pas une raison suffisante, l’aspect visuel était l’un des plus beaux et des plus riches des dernières années au FEQ – et ce, pour les deux autres groupes précédents d’ailleurs. Après Gorillaz l’année dernière, c’est au tour de Beck de surprendre à peu près tout le monde et d’avoir mis la barre très haut pour une première visite mémorable à Québec. On se plaît à imaginer ce que serait un spectacle complet en salle…

Setlist de Phoenix et celle de Beck.