fbpx
Blogues

Monsieur Mono – Le grand nulle part

par Cyril Schreiber, le 24 octobre 2018 | Chéri(e) j’arrive, Critiques musicales

C’est un miracle : 10 ans après Petite musique de pluie, Monsieur Mono reprend du service sans crier gare et nous livre un troisième disque, Le grand nulle part. Les chansons du projet piloté par Éric Goulet comptent parmi les plus belles et surtout les plus tristes de la chanson québécoise, et ce Grand nulle part ne fait pas exception. La rupture amoureuse, la peine, la solitude sont ici au coeur des textes, toujours aussi déprimants et paradoxalement lénifiants car universels. Ils sont livrés par la voix à la fois assumée et fragile de Goulet, décidément à l’aise dans différents univers : la chanson minimaliste, le folk-country (ses deux albums en son nom), le rock (Les chiens), etc.

Le ciment de cet album est véritablement le piano, autour duquel se sont écrites les chansons. Mais Monsieur Mono n’aura jamais été autant entouré : outre la batterie de Marc Chartrain, la contrebasse de Mario Légaré et la guitare discrète mais à propos d’André Papanicolaou (qui co-réalise et signe quelques arrangements), c’est surtout le Quatuor Esca, omniprésent, qui ajoute une couche dramatique mais bien équilibrée à l’univers du chanteur.

L’album, dix titres dont deux instrumentaux, où la musique parle soudainement d’elle-même, contient une excellente deuxième moitié, avec notamment Tout ce qui reste de moi (sur le processus de création, d’écriture), la chanson-titre et Touché au cœur – on retrouve d’ailleurs dans ces deux dernières pièces une forme d’espoir dans la noirceur, un lueur, un regard vers l’avenir.

Est-ce que Le grand nulle part vaut le premier jalon de la discographie de Monsieur Mono, Pleurer la mer morte (2005), chef-d’œuvre plus artisanal, qu’on réécoute encore aujourd’hui avec plaisir ? Peut-être pas. Mais le projet évolue musicalement sans trop se compromettre, et c’est tant mieux. Ses trois albums sont autant de jalons d’une œuvre unique dans la chanson québécoise, idéale pour ces journées de pluie automnales où l’on a besoin de réconfort, où souffrir peut être un plaisir.

Monsieur Mono est en tournée partout au Québec actuellement, et notamment à la Librairie St-Jean-Baptiste samedi 27 octobre.

http://ericgoulet.net

https://ericgoulet.bandcamp.com

https://natcorbeil.com/post/2018/10/19/Le-grand-nulle-part-de-Monsieur-Mono.aspx

Cyril Schreiber