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CIT 2016 : Peepshow : Fille kaléidoscope

par Chroniqueur CHYZ, le 2 juin 2016 | Chéri(e) j’arrive

par Cyril Schreiber

C’est peut-être l’objet théâtre le plus radical et aride de ce Carrefour international de théâtre 2016 : Peepshow. Le spectateur qui ne s’était pas trop renseigné sur ce qu’il allait voir, mis à part le fait qu’il s’agit d’un solo de Marie Brassard (texte et mise en scène) interprété dans cette nouvelle version par Monia Chokri, a reçu toute une claque mercredi soir au Grand Théâtre.

Difficile de résumer la pièce, et c’est voulu. Brassard a volontairement assemblé une série de petits tableaux indépendants les uns des autres, mais qu’on peut relier entre par leurs thématiques similaires : amour, sexualité, relations humaines, le tout inspiré du conte du petit chaperon rouge. On pourrait se risquer à inventer une histoire, un fil rouge, celui de cette femme qui semble être en quête d’identité. Elle revient dans sa ville natale après avoir vécu pendant 4 ans avec son amoureux, et raconte différentes anecdotes troublantes de sa vie, à différentes époques (enfance, adolescence, âge adulte). Un personnage présenté en kaléidoscope, fragmenté, à l’image de ces panneaux de paillettes qui brisent le reflet de ce personnage féminin.

Mais ce n’est là qu’interprétation, et chaque spectateur a la sienne. Peut-être manquait-il justement un lien entre ces scènes hétéroclites, le ciment entre deux briques. D’autant plus que s’immisce parfois ce qui semble être le loup du fameux conte, nouveau narrateur de ces scènes soudainement rigolotes qui détonnent avec les autres scènes autrement plus sérieuses.Peepshow_10_ crédits Marie Brassard

Évidemment, Monia Chokri, seule sur scène, est épatante, époustouflante : non seulement garde-t-elle une qualité constante d’interprétation, mais elle passe d’un personnage à l’autre, parfois au sein même d’une scène, avec aplomb et talent. Et elle sait se mettre au service de la grande innovation de Peepshow, c’est-à-dire le travail avec la voix, les voix, déformées, modulées, humaines ou animales. Chapeau aussi à Alexander MacSween dont la musique et surtout l’environnement sonore enveloppant (réalisé en direct) nous ont fait frissonner, même s’il enterrait parfois la voix de Chokri.

Peepshow fait partie de ces pièces de théâtre difficiles à évoquer. L’a-t-on aimée ? La question se formule sur un autre plan : nous a-t-elle marquée ? Assurément, surtout ces scènes terrifiantes avec ce loup, qui nous ramènent à nos peurs viscérales d’enfant. Mais il y avait de la beauté aussi, ou plutôt un mélange de beauté et d’effroi, à l’image du point d’orgue de ce cauchemar éveillé, la dernière scène sur Are you lonesome tonight ? d’Elvis Presley, simple et inoubliable, comme à peu près tout le reste. Qu’on le veuille ou non.

Peepshow est aussi présenté ce jeudi 2 juin à 20 heures au Grand Théâtre de Québec.