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QETL – Polar, (pas) polar?

par Émilie Rioux, le 11 octobre 2016 | Chéri(e) j’arrive

[par Éric Leblanc]

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Marie-Ève Sevigny

Qu’est-ce qui est ou n’est pas un polar? C’est à cette question que nous conviait Polar, pas polar?, première table ronde du festival Québec en toutes lettres. Au menu : rencontre avec les auteurs Andrée A. Michaud, Marie-Ève Sévigny et Guillaume Morrissette, animée par Christiane Vadnais. Un événement somme toute intéressant, avec quelques échappée d’impertinences.

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Andrée A. Michaud

Les trois écrivains ont été invités à réfléchir sur le polar, mais aussi sur leur manière de s’approprier le polar : car deux des trois conférenciers (Marie-Ève Sévigny et Andrée A. Michaud) viennent en premier lieu de cette littérature dite « générale », et sont arrivées en cours de route à l’écriture du polar. Pour Sévigny, c’est un défi lancé par une amie et une place offerte dans la collection noire de la maison d’édition Héliotrope qui l’a mené sur cette piste. Pour Michaud, c’est plutôt en publiant qu’on a fini par étiqueter certaines de ses œuvres comme émanant de la littérature de polar. Les trois auteurs (et particulièrement Sévigny et Michaud) ont mis balisées de manière intéressante les enjeux du roman policier et ses balises fortes qui proposent, malgré leur côté à priori strict, un terrain de jeu fertile qui n’a rien à envier aux autres genres littéraires. Le roman policier, a souligné Sévigny, possède d’ailleurs la mission sous-jacente de roman social : analyser le rapport à la légalité, au crime, à la justice qui existe dans la société dans lequel le livre s’inscrit. Morrissette a d’ailleurs rebondi sur la question pour se faire l’exemple de cet aspect, amenant au bond que le polar devient un lieu où il est possible de jouer avec la morale et d’en voir les limites. La discussion a aussi porté un regard intéressant sur la place des lieux ruraux dans la littérature policière au Québec et l’étrangeté qu’ils contiennent. Le tout s’est terminé sur quelques considérations sur l’adaptation du polar au cinéma et sur la prise d’importance de la littérature québécoise.

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Guillaume Morrissette

Polar, pas polar a donc été un lieu de réflexion somme toute riche. Les débats entre Sévigny et Michaud ont porté un regard élargi sur la richesse du polar québécois, ses singularités et ses manières de ne pas s’en tenir aux codes. Cependant, il aurait été intéressant d’aborder davantage les différences entre polar et non polar, tel qu’annoncé dans le titre, alors que cet aspect du discours a souvent été dérivé. L’apport de Guillaume Morrissette au débat était, quant à lui, certes dynamique, mais parfois peu pertinent. J’ai surtout retenu le regard cliché qu’il a porté sur le lien entre les jeux vidéo et la désensibilisation morale des jeunes joueurs, regard qui contribuait à alimenter certains lieux communs de la psychologie derrière l’écriture du polar. Si sa présence autour de la table a été bénéfique pour le côté plus pétillant du personnage et son opinion neuve sur le polar (il s’agit d’un auteur à ses débuts), ses réflexions sur le débat étaient néanmoins moins matures que celles déballées par ses deux comparses. L’animation par Christiane Vadnais a su cependant ramener quelques-uns des débordements de sujet sur le droit chemin de la conférence.

Bref, cette première table ronde m’a laissé un goût relativement sucré en bouche, me donnant envie de me plonger dans le polar québécois, malgré que la distinction entre polar et non polar soit restée une notion assez flou aux yeux du public.