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Quand l’hiver est long et froid : dialogue sur Le Voyage d’Hiver de Keith Kouna

par Émilie Rioux, le 19 février 2015 | Chéri(e) j’arrive

Le Voyage d’Hiver était présenté les 18 et 19 février derniers au Grand Théâtre de Québec. Voici ce qu’on en dit. 

D’abord, qu’est-ce que «Le voyage d’hiver» de Keith Kouna?

Émilie Rioux : Un projet actuel résolument pertinent, puisqu’il réconcilie les trentenaires (et les fans de l’ex-Goule) et la musique classique. Le voyage, ce sont les étapes d’une longue déprime, à la suite d’une peine d’amour. Un personnage qui, de tableau en tableau, passe d’un état d’esprit à un autre, cloisonné dans un huis clos poétique. D’ailleurs, chapeau à la belle scénographie, très simple mais évocatrice.

Marie-Ève Muller : Un projet de fou du grand Kouna qui reprend les cycles du Winterreise de Franz Schubert, le tout avec l’aide de René Lussier. Un voyage musical, en somme, dans la psyché d’un homme alcoolique en rupture.

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Photo : Richard Mercier (sorstu.ca)

Et puis, sur scène, ça sonne comment?

ÉR : Le spectacle était en résonnance parfaite avec l’album, avec un amalgame d’arrangements classiques et de distorsion de guitare. D’ailleurs on reconnait l’univers de Keith Kouna, autant dans l’approche de la musique que dans les thématiques abordés dans ses paroles : sexe et alcool. Beau paradoxe avec les mélodies pleines de textures de Schubert.

MEM : Les dix musiciens de l’ensemble réussissent à créer de magnifiques ambiances alliant le côté déchéance des textes avec les distorsions des guitares et l’arrangement classique de Shubert. Même que l’orchestre se transforme en chorale, non sans rappeler un chœur de Bohemian Rhapsody. Ça donne un effet très intéressant, ça relance le spectacle.

ÉR : Oui! Et l’interprétation vocale de Kouna est sans faille. Il interprète les mélodies de Schubert avec justesse et intensité tout au long du spectacle, tel un seul homme, en jouant sur le plan incliné comme s’il s’agissait d’une scène tout à fait anodine.

MEM : En effet, le décor est particulier. L’orchestre est divisé par un plan incliné qui représente un petit appartement, avec un minuscule bureau/table de chevet, un lit et un réfrigérateur. Des troncs d’arbres rappellent la forêt et les murs de l’appartement, une belle image de la porosité de l’imaginaire.

Kouna est-il seul à bouger?

MEM : Non, la danseuse Maryse Damecour interagit avec Kouna.

ÉR : J’aime la présence de la danse dans le spectacle, de la danseuse comme incarnation du symbole de la femme, qui est très important dans le « voyage » du personnage.

Alors, vous avez trippé?

MEM : Pas tant que ça, malheureusement. Chaque morceau musical est isolé du suivant, ce qui crée des arrêts brusques dans le déroulement du spectacle.

ÉR : Le spectacle aurait gagné à unir les 24 lieders sans arrêt du début à la fin, pour créer une longue rivière d’émotion, plutôt qu’une suite de coïts interrompus. Transitions musicales ou lumineuses, ça manquait de fluidité. Et de climax.

MEM : C’était frustrant, en fait. Tout était en place pour avoir un excellent spectacle, un Keith Kouna en forme, des musiciens talentueux (qu’on n’entendait d’ailleurs pas assez), un projet incroyable, mais la mise en scène contraignait Kouna au centre de la scène, dans un rôle répétitif. Le va-et-vient vers le frigo, ça va une ou deux fois, mais après, on a compris le concept…

ÉR : Sans compter que le travail de la lumière est très important dans la mise en scène d’Antoine Laprise. Or, on aurait aimé en voir plus. On sent la volonté de vouloir créer un univers lumineux, de vouloir créer des ambiances, mais on crée aussi des conventions lumineuses qu’on abandonne après quelques secondes.

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Photo : Richard Mercier (sorstu.ca)

Globalement, ça vous a fait quoi?

ÉR : Somme toute, c’est un bon show, avec des lacunes en mise en scène. Il pourrait se déployer davantage avec quelques ajustements, et aboutir à un WOW. Reste que le spectacle donne du sens au disque. Assurément.

MEM : Le projet, pour moi, passe mieux sur disque. En réalité, je crois que la mise en scène a brisé l’élan. J’aurais préféré entendre Kouna parler entre les vingt-quatre courtes pièces de sa démarche, en faire plutôt un spectacle musical qu’un hybride d’opéra. Je suis donc restée tiède devant l’œuvre. Mais j’ai été charmée par la force de voix de Keith Kouna, en pleine possession de sa musicalité.

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