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Reprise de la semaine: Il Pleut (Brigitte Fontaine vs. Jérôme Minière)

par Émilie Rioux, le 27 mai 2016 | Chéri(e) j’arrive

par Cyril Schreiber

Il pleut, Brigitte Fontaine (1968, Brigitte Fontaine est… ?)

Brigitte Fontaine est une chanteuse atypique dans le paysage culturel hexagonal. Si ses débuts sont relativement classiques (notamment ses albums avec Jacques Higelin sur étiquette Jacques Canetti), elle développe très vite un style unique qui ne ressemble à aucun autre. Sa poésie extraterrestre ainsi que son personnage médiatique décalé (proche de sa véritable nature ?) en font une icône qui a su traverser les décennies et influencer les plus jeunes générations. Fontaine est encore très active, son dernier album remontant à 2013.

Brigitte Fontaine est… ?, paru chez Saravah, est considéré comme le premier vrai 33 tours de la chanteuse, même s’il est précédé d’enregistrements antérieurs. On notera les quelques variations sur le titre officiel de l’album : Brigitte Fontaine est…, Brigitte Fontaine est… ?, et Brigitte Fontaine est folle. Jean-Claude Vannier, immense arrangeur musical qui a notamment travaillé avec Serge Gainsbourg sur Histoire de Melody Nelson, et qui écrit les paroles de Sur un prélude de Bach de Maurane, signe ici les musiques, les arrangements et la direction musicale de cet album, et plus particulièrement de cette chanson, très axée sur l’orchestration symphonique.

Quant au texte, minimaliste, il a la particularité d’utiliser à la base un verbe défectif (pleuvoir, qui ne peut s’accorder qu’avec la troisième personne du singulier), mais en le personnalisant : « Il pleut/C’est tout ce qu’il sait faire ». Cette dernière phrase revient régulièrement dans la chanson, en alternant entre le « je, le « il » et le « elle », tout en se référant toujours à la phrase qui la précède. Y sont évoqués les sentiments humains, la naissance, la mort, la violence, etc.

 

Il pleut, Jérôme Minière (2005, Au Grand Théâtre)

Au Grand ThéâtreDurant l’été 2005, le chanteur franco-québécois Jérôme Minière effectue une résidence au Grand Théâtre de Québec, donnant deux spectacles uniques les 9 et 10 juillet dans le cadre du Festival d’été de Québec. Avec sa troupe de musiciens (à laquelle se rajoute Patrick Watson au piano), Minière use de sa carte blanche en invitant quelques amis (Michel Faubert, René Lussier) et en reprenant cette chanson méconnue de Brigitte Fontaine.

Si la version originale était symphonique, sur un tempo plus lent, cette reprise, uniquement disponible sur cet album live, métamorphose la chanson pour la rendre plus dansante : le rythme est en effet soutenu grâce aux programmations ainsi qu’au piano de Watson.

Mais Jérôme Minière n’en fait pas pour autant une chanson légère sur laquelle danser sans réfléchir : par l’écho répétitif volontaire de sa voix, ainsi que par l’arrangement qu’il en fait, qui apporte un éclairage nouveau sur la mélodie, il souligne la tristesse du texte et nous fait (re)découvrir ce petit bijou qui résume les sentiments humains que nous avons collectivement.

Paroles :

Il pleut

C’est tout ce qu’il sait faire

Je bouge

C’est tout c’que je sais faire

La nuit descend

C’est tout ce qu’elle sait faire

Le vent souffle

C’est tout ce qu’il sait faire

Il neige

C’est tout ce qu’il sait faire

J’ai peur

C’est tout c’que je sais faire

Les enfants naissent

C’est tout c’qu’ils savent faire

La Terre tourne

C’est tout ce qu’elle sait faire

Il gèle

C’est tout ce qu’il sait faire

Je pleure

C’est tout c’que je sais faire

La guerre éclate

C’est tout ce qu’elle sait faire

La bombe hache

C’est tout ce qu’elle sait faire

Il tonne

C’est tout ce qu’il sait faire

Je crie

C’est tout c’que je sais faire

Les morts sont froids

C’est tout c’qu’ils savent faire

C’est dommage

C’est tout c’que ça peut faire

C’est dommage

C’est tout c’que ça peut faire