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Reprise de la semaine : Elle fréquentait la rue Pigalle (Édith Piaf vs Albin de la Simone)

par Émilie Rioux, le 25 octobre 2016 | Chéri(e) j’arrive

par Cyril Schreiber

Elle fréquentait la rue Pigalle, Édith Piaf (1939)

Nul besoin de présenter Édith Piaf : l’une des plus grandes chanteuses du XXe siècle, active entre 1935 et 1963, a posé certains fondements de la chanson française comme on la connaît maintenant. Grâce à sa voix unique et ses interprétations vibrantes, plusieurs de ses chansons (comme La vie en rose, L’hymne à l’amour ou Non, je ne regrette rien) sont devenus des classiques que la Terre entière connaît. À travers une pléthore d’hommages et de reprises lors des dernières décennies, on peut voir l’histoire de sa vie dans La môme (Olivier Dahan, 2007), film grâce auquel Marion Cotillard, qui l’incarne, a gagné entre autres le César et l’Oscar de la meilleure actrice.

Née à Paris, Piaf explore le sombre thème de la prostitution dans cette chanson signée Raymond Asso pour les paroles et Louis Maitrier pour la musique. On y suit un épisode de la vie d’une prostituée de Pigalle qui rencontre un homme (un client probablement) qui la trouve belle et semble sincèrement l’aimer, pas seulement d’une manière physique. Ils déménagent de quartier, passent de Pigalle sur la rive droite à Montparnasse sur la rive gauche. Mais le destin de la protagoniste semble être la souffrance éternelle : dans ce nouveau quartier plus ensoleillé, son amoureux ne la trouve plus belle, son passé et ses vices se voient trop. Le couple se sépare, et la prostituée retourne dans son Pigalle originel, où tout bonheur lui semble interdit : les « amoureux qui remontent la rue d’un air joyeux » qu’elle voit passer devant elle lui rappellent sa solitude retrouvée, sa fatalité à ne pas avoir droit au vrai bonheur.

Elle fréquentait la rue Pigalle, Albin de la Simone (2005, Je vais changer

Albin de la Simone est d’abord et avant tout un musicien à part entière qui, depuis le milieu des années 1990, accompagne tant sur scène que sur disque plusieurs dizaines d’artistes majoritairement francophones et français, dont Vanessa Paradis, Vincent Delerm et Alain Souchon. Aussi arrangeur et réalisateur, de la Simone a fait ses premiers pas en tant que chanteur avec un premier album éponyme en 2003. En février 2014, il est nommé aux Victoires de la musique dans la catégorie « Révélation scène ». Il s’intéresse aussi au mélange de plusieurs formes artistiques lors de ses spectacles.

En 2005, sur son deuxième album Je vais changer, il reprend ce titre méconnu d’Édith Piaf. La reprise reprend la ligne mélodique de la version originale mais délaisse les arrangements orchestraux au profit d’une orchestration plus rythmée, mais surtout plus inquiétante, avec la basse qui donne le ton, la guitare électrique, la batterie, un Farfisa et quelques larsens comme indiqué dans le livret de l’album. À noter aussi, le changement de tonalité, qui contribue à l’atmosphère inquiétante de la chanson, soulignant encore plus l’aspect tragique de l’histoire.

Autres reprises 

La chanteuse allemande Ute Lemper, sur son album Illusions (1992), dans une version très orchestrée avec cordes et vents, et sur Paris days, Berlin nights (2012), avec le Vogler Quartet.


Elle fréquentait la rue Pigalle
Elle sentait le vice à bon marché
Elle était toute noire de péchés, avec un pauvre visage tout pâle
Pourtant il y avait dans le fond de ses yeux quelque chose de miraculeux qui semblait mettre un peu de ciel bleu
Dans celui tout sale de Pigalle

Il lui avait dit « Vous êtes belle »
Mais d’habitude dans ce quartier-là
On dit jamais des choses comme ça aux filles qui font le même métier qu’elle
Et comme elle voulait se confesser, il la couvrait toute de baisers
En lui disant « Laisse ton passé, moi je vois qu’une chose c’est que tu es belle »

Il y a des images qui vous tracassent
Et quand elle sortait avec lui
Depuis Barbès jusqu’à Clichy, son passé lui faisait la grimace
Et sur les trottoirs pleins de souvenirs, elle voyait son amour flétrir
Alors elle lui demanda de partir
Et il l’emmena vers Montparnasse

Elle croyait recommencer sa vie
Mais c’est lui qui se mit à changer
Il la regardait tout étonné, disant « Je te croyais plus jolie
Ici le jour t’éclaire de trop, on voit tes vices à fleur de peau
Vaudrait peut-être mieux que tu retournes là-haut
Et qu’on reprenne chacun sa vie »

Elle est retournée dans son Pigalle
Y a plus personne pour la repêcher
Elle a retrouvé tous ses péchés, ses coins d’ombre et ses trottoirs sales
Et quand elle voit des amoureux qui remontent la rue d’un air joyeux
Il y a des larmes dans ses grands yeux bleus
Qui coulent le long de ses joues toutes pâles