fbpx
Blogues

SappyFest : Looks Like They Made it!

par Émilie Rioux, le 3 août 2015 | Chéri(e) j’arrive

 

CONCLUSION (Au début pour ceux qui veulent pas tout lire!)

Le Sappyfest, c’est un takeover d’une petite ville super dynamique, créative et qui ne manque pas d’idées pétées. Des salles avec un cachet unique, des bands qui ne font jamais dans la nostalgie cheap mais plutôt dans le rock indie canadien actuel, et des à-côtés humoristiques et touchants qui témoignent de la vitalité de la scène des arts dans les maritimes.

Il y a certainement des points à améliorer (matchs étranges d’artiste/lieu, manque d’options de after-party), mais tout ça c’est pas si important. Le but d’un festival est de vivre quelque chose de différent, pis à Sackville ça le fait à 200%. Et côté découvertes, pour quelqu’un qui est un habitué de la musique alternative au Québec, la programmation soufflait comme un vent frais sur nos oreilles.

Et le paradoxe est que même si le festival est différent, hors-normes et à côté de la track, finalement c’est aussi un endroit où l’on se sent chez nous. La barrière de la langue ne compte même pas, tout le monde s’en fout. C’est le road trip parfait pour le milieu de l’été. Planifiez donc 2016 maintenant avec un tour au Nouveau-Brunswick. Pas de joke.

Voici donc le trip-report avec les détails.

JOUR 1

Le Sappyfest, c’est une gang de “troopers” qui ont réussi à traverser le temps malgré les difficultés. C’est un peu ce que nous annonce le slogan du festival, qui en est à sa 10e année : “Looks like we made it”. Effectivement, l’événement prend pied dans la petite ville de Sackville, avec une organisation du style “on fait avec ce qu’on a”, mais une programmation relativement ambitieuse et pas mal le fun.

Jane et moi sommes allés en tant que festivaliers typiques: pas d’accueil spécial, on dort au camping et pis on essaie de survivre comme on peut. Nous sommes arrivés le vendredi quelques heures avant le premier spectacle. Juste assez pour explorer les lieux et monter la tente. La vibe de le place? Des gens accueillants, un public cultivé majoritairement de 18-30 ans, mais aussi des familles et des mélomanes locaux plus âgés. La ville est super jolie, le centre-ville a l’air en phase avec le festival, il fait beau, on apprend qu’il y a un lac pour se baigner pas loin: ça augure bien!

HeatJe bouffe un burger semi-croquant commandé dans une des cantines mobiles sur le site, je jalouse Jane qui a choisi un pas mal plus excitant riz épicé Philipinnois, et on s’en va au premier show dans le chapiteau principal : c’est un band de jeunes qui participent à un camp rock. La moyenne d’âge était à peu près 8 ans, et c’était hilarant. Un peu plus de sérieux suivait avec le groupe Heat de Montréal (photo), qui ouvrait le festival pour de vrai. Malgré leur mix pas déplaisant du tout de Lou Reed sur fond de Kurt Vile, le band n’avait pas l’air de trouver ça si le fun d’ouvrir le bal.

Heureusement ça a relevé pas pire pantoute avec Michaël Feuerstack, qui nous a tous convaincu que finalement, c’était une bonne idée de venir au Sappyfest. Le band jouait avec l’intensité de Moïse séparant les eaux et ça levait pas mal pour ceux qui écoutaient, jusqu’à ce qu’un bug majeur survienne : un BZRZRZ débile est venu nous défoncer les tympans solide durant la dernière toune, qui avait été annoncée comme une berceuse. Malheureusement, ce buzz débuzzant est venu casser le party plusieurs fois par la suite durant le reste de la soirée.

Jennifer CastleJennifer Castle (photo), seule à la guitare, est apparue conquérante du public, sans demi-mesure. Enchaînant son doux folk à la Joni Mitchell, ça allait bien jusqu’à ce que BZRZRZ nous gâche la vibe plusieurs fois d’affilée durant le set. On n’en pouvait plus, et Jennifer Castle non plus. Elle a écourté son set, et on a écouté The Last Ex de loin. Si c’est les aliens qui tentent de communiquer avec nous de cette façon, faudrait peut-être leur dire de baisser de 30-40 décibels. C’est dommage car il devenait difficile d’apprécier les spectacles sans le stress ambiant de se faire violer l’ouïe si brutalement, et c’est terrible pour les artistes qui essaient de nous transporter dans leur univers. On est donc parti explorer les autres petites salles qui ouvraient tard la nuit.

B.A Johnston jouait à minuit dans une salle de quilles. Wow. Le « Thunder & Lightning » était plein comme une carte de partie parfaite, la bière frisait partout, et Johnston, complètement déchaîné, redoublait d’ardeur pour faire capoter le monde, vu qu’il semblait être un habitué de la place devant un public lui aussi habitué.

C’était pas mal le party, et je vous avoue que ça commençait à sentir la robine par en dedans de moi, alors on est allé finir ça tranquille dans une taverne de la rue Bridge, qui semble être la rue principale de la ville et qui offre pas mal tout ce qui est nourriture et plaisir à Sackville.

Après un sommeil dans une tente qui cuisait, on a trouvé un déjeuner pas compliqué pas loin de la taverne. Les rumeurs étaient vraies : le lac existe, et la baignade fut salvatrice. Il fait vraiment beau et la deuxième journée s’annonce déjà parfaite.

——–

JOUR 2The Water Thief

Le Sappyfest, c’est dur sur le corps, alors l’organisation a prévu plein d’à-côtés plus relax. Après que Jane soit allé voir Human Music sur le stage principal (« un band pop croche qui se prend pas au sérieux et qui savait fait danser le monde hangover »), on s’est dirigé vers l’église anglicane pour assister à une projection multidisciplinaire alliant film, musique live et performance. « The Water Thief » était une belle démonstration des élans artistiques locaux. C’était touchant, justement peut-être un peu « sappy » par moments, mais c’était super honnête, fondamentalement beau, et surtout différent.

Les idées différentes, c’est pas mal ça la marque de commerce du festival. Un portrait : dans les bureaux de l’organisation, un DJ joue des vinyls durant 57 heures d’affilée sans dormir (la durée du festival). Chaque matin vers 6:10AM, un écrivain publie le « Sappy Times », une sorte de compte-rendu comico-poétique de la journée précédente. DJ Coconut s’occupe de terminer la soirée sur la scène principale en faisant uniquement jouer la toune « Coconut » de Harry Nillson. Il y a un marché de rue le samedi, un salon de fanzines, bref plein de trucs pour ceux qui veulent prendre une pause de musique, et qui crée un univers unique autour des spectacles.

Mon premier spectacle se déroulait au Vogue Theater, un cinéma reconverti en scène pour l’occasion. Moonsocket (ex-Eric’s Trip) a déchiré la place avec son grunge comme si c’était 1994, mais c’est Construction & Destruction qui m’a plus atteint avec leurs compositions angulaires au dynamisme doux-fort déstabilisant. Petite plainte ici : la scène du cinéma ne se prête pas nécessairement bien à des groupes rock. Il semble que ce type de salle serait beaucoup plus approprié pour des trucs plus intimes et planants. Mais bon… Les chaises confos du cinéma commençaient à se muter en bras de Morphée. Fallait prendre une pause. Sommeil.

Angel OlsenÉveil. Juste à temps pour aller voir le groupe DIANA. Je ne m’attendais à rien, mais j’ai été super enthousiasmé de leur pop qui cochait toutes les bonnes cases de musique du genre plaisirs coupables : Madonna style 1985, Phil Collins, Sexual Healing, saxophone dans le reverb. Suivait la très attendue Angel Olsen. En solo, elle a su démontrer que sa voix était capable de transporter ses chansons simples au-delà du « hype » qui la suit. Le problème technique majeur de la journée d’hier (BZRZRZ) était disparu, mais d’autres plus subtils ont toutefois dérangé l’artiste. Néanmoins, l’expérience fut ben le fun, et les fans étaient conquis.

Le momentum semblait bouger vers les petites salles, alors on a exploré : d’abord, une visite à minuit au Legion, un bar d’anciens combattants, avec de la bière pas chère. New Fries semblait réaliser un rêve en jouant devant une foule disjonctée. Ensuite, un petit passage au karaoké à la gallerie Struts. Comme j’avais pas envie d’entendre des reprises ratées de Alanis Morissette, j’ai fini ça en écoutant le rock-pop rassembleur de Look Vibrant à la salle de quilles « Thunder & Lightning ». C’était super énergique, un indie pop relativement accrocheur qui fittait bien avec le mood salle de bowling.

Aujourd’hui, le sommeil fut plus réparateur. Une promenade sur les marais de Sackville et leurs légendaires canards pour commencer, puis nous sommes ensuite allé assister à un récital littéraire intitulé « Universal Dawn » au Vogue Theater. Des auteurs et bédéistes sont venus raconter des histoires touchantes. Pour ma part, ce récital littéraire un des highlights de la fin de semaine.

Une autre baignade au soleil. Ça s’annonce une journée « feel good » !

——–

JOUR 3

Après deux journées dans le corps, on prenait ça plus relax, surtout que le soleil n’a pas arrêté de plomber sur nos têtes durant la fin de semaine. Pendant que j’écrivais le compte-rendu d’hier, Jane est allé voir Crosss, « le band le plus lourd que j’ai vu de ma vie. »

Vogue TheaterOn se déplace ensuite encore une fois au confortable Vogue Theater, qui annonce une programmation plus tranquille avec des auteurs-compositeurs-interprètes. Finalement non, la voix de Klarka Weinwurm a beau être légère et aérienne mais le band nous envoie un indie rock dissonant que j’ai apprécié. Suivait Steven Lambke, ancien membre des Constantines, qui a baissé le volume avec ses chansons aux mélodies approximées mais aux textes assurés.

On court aux Hay Babies. Malheureusement pour moi, le band joue pendant que le Donair que j’ai commandé (un met néo-brunswickois ben gras) prend une éternité à se concocter. Heureusement, Jane voit le show au complet! Avec tous les bands de la programmation qui font beaucoup dans le indie et le grunge du style « anti-spectacle », elle a l’air super contente du show qui enfin embrasse le concept de mise en scène. J’arrive juste à temps pour leur reprise de « Benny & The Jets », et j’approuve. Ça lève à fond, l’émotion passe et les trois filles avouent réaliser un rêve de jeunesse en jouant au Sappyfest, puisqu’elles viennent du coin. C’est un petit festival, certes, mais il est super important dans les maritimes, voire le ROC.

Vogue Dots remplace Speedy Ortiz qui ont perdu leur drummeur (!). Le jeune band qui fait dans le dark-électro un peu planant a su garder la foule excitée, mais c’est vraiment la star locale Shotgun Jimmie qui a fait lever le party. Bien connu dans la place, c’était juste impossible de rester impassible devant autant de positivité. Rendu à sa chanson nous motivant à faire de la musique aussi (« Let’s start a band! »), les gens étaient rendus assez d’accord pour faire du bodysurfing comme s’il n’y avait pas de lendemain. Et il n’y en avait pas, c’était la dernière soirée!

Mainstage le soirPas chauds à l’idée d’être pilés en sardines dans la salle de bowling pour Speedy Ortiz, déplacé à cet endroit lorsqu’ils ont enfin retrouvé leur musicien manquant, on se dirige pour un dernier soir au Legion. Jon Mckiel et The Legendary Golden River Show Band ont fait brasser la place et on a mangé du popcorn. Un autre mix étrange artiste-salle, c’était du rock lourd, alors que l’état général du public invitait plus à la festivité générale. 

À 3h du matin, le DJ spinnait encore des vinyls dans le HQ du Sappyfest. Il avait le toupet collé dans le front, les cernes bien foncés; il n’avait pas arrêté depuis trois jours. En le regardant je me suis dit: « je suis fatigué ». Un after secret avait bien lieu dans une maison privée, et on est allé faire un tour mais j’ai finalement senti que le Sappyfest nous avait tout donné!

En prenant le déjeuner au Bridge Street Cafe, je m’apercois que le Sappyfest m’est rentré dedans, et a laissé des bouts de lui trainer dans mon corps et mon esprit, mais que nous avons bien survécu! Le slogan du festival prend maintenant un tout nouveau sens.

« Looks like we made it ». Oui, on est passé au travers!

Highlights :

Michaël Feuerstack

Jennifer Castle

Construction & Destruction

Shotgun Jimmie

Hay Babies

Universal Dawn (récital)

Le Sappy Times

Des canards au Waterfowl Park

Photos : Jane Ehrhardt

Sappy Galerie