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Tadoussac : Jour 3

par Émilie Rioux, le 15 juin 2014 | Chéri(e) j’arrive

 

Tadoussac sous la plume de Cyril

Jour 3 : C’est plein d’histoires à boire debout

Ce troisième jour du 31e Festival de la chanson de Tadoussac aurait pu commencer bien tôt, à 4 heures du matin précisément, alors que le soleil se levait. Cependant, la pluie nocturne s’est encore une fois invité à la fête et a empêché Les chercheurs d’or de jouer aux dunes et d’ainsi succéder à Caïman Fu dans cette nouvelle formule de spectacle. Dans le même ordre d’idée, le Tour de l’Islet, ce parcours en trois étapes dans la forêt jouxtant le village où des chanteurs jouent unplugged, fut lui aussi annulé, tout comme le rendez-vous à l’anse à la barque avec le groupe reggae français Danakil. Quant aux prestations de My Hidden Side et des Poules à Colin sur la plage et la promenade, elles ont été officiellement déplacées sous des tentes protégées…

Il a donc fallu attendre 14 heures pour voir le premier spectacle de cette avant-dernière journée, non sans avoir été auparavant renvoyé de la tente Télé-Québec afin que les bénévoles réarrangent les chaises sur le site (laissant les spectateurs attendre dehors sous la pluie)… Ce fut Benjamin Schoos qui est monté sur la scène pour une deuxième fois en autant de jours, flanqué de son acolyte DJ Pascal. Pour sa première fois au Québec, le Belge venait présentait les chansons de son disque China Man vs Chinagirl, un album thématique visiblement peu aisé à transposer sur scène. Veste noire, lunettes fumées et nœud papillon, Benjamin Schoos est un véritable dandy qui fait un electro-pop pas inintéressant au point de vue musical, mais dont les textes pourraient être peut-être plus approfondis. Ceci dit, la petite foule ayant bravé la pluie a semble-t-il été touché par l’humour belge décalé de Schoos qui, de son côté, ne s’est pas gêné pour se balader plusieurs fois dans le public et finir souvent par terre, dans le sable… Un drôle de numéro imprévisible et incontrôlable, deux qualités qui, suffisamment dosées, peuvent éviter de devenir défauts. Dans son cas, la ligne est mince.

L’étape suivante, à 16 heures, s’est déroulé au sec, dans le sous-sol de l’église, alias la salle Bord10338251_787449597954861_2938676733224421433_n de l’eau, pour aller entendre Klô Pelgag, la chanteuse de la relève la plus en vue actuellement au Québec, comme en font foi ses nombreux prix dont celui de Révélation Radio-Canada. Devant une bonne foule, les chaises ayant toutes été prises, obligeant les autres spectateurs à rester debout derrière, Klô Pelgag a fait ce qu’elle sait faire le mieux, chanter ses chansons « folles », à la fois poétiques et burlesques, aux arrangements de cordes très réussis – un trio de violonistes/violoncellistes l’accompagnait d’ailleurs. Ses textes, eux, étaient malheureusement un peu noyés sous les instruments, un problème semble-t-il récurrent à cet endroit. Si son répertoire ne sonne comme rien d’autre, il est encore jeune – attention donc aux superlatifs exagérés. Et si la musique est belle, tout ce qui l’entoure – mise en scène décalée, objets hétéroclites sur scène, costumes extravagants, interventions volontairement maladroites – semble souvent inutile, et gâche un peu le plaisir de voir cet artiste en spectacle. Klô Pelgag en un mot ? Baroque.

Après une pause repas salvatrice, et avant le programme principal de la soirée programmé à 21h30, un détour par deux spectacles vus en partie, résultat d’un horaire chargé. Tout d’abord, David Marin à la tente Télé-Québec, pour un spectacle très rock tiré de son deuxième album Le choix de l’embarras. Accompagné de trois musiciens dont le coréalisateur de son disque, le batteur Pierre Fortin, Marin a pris un malin plaisir à jouer sur scène ses nouvelles chansons aux résonances pop-rock et surtout aux textes extrêmement bien tournés, dans lesquels il manie la langue française comme pas un. Assurément tendre l’oreille vers ce « jeune vieux » qui mérite le détour.

Puis dans un second temps, et de manière très temporaire car leur show tirait à sa fin, le groupe de Québec Les chercheurs d’or, qui sont des habitués de Tadoussac, où ils font un tabac à chaque passage, cuvée 2014 comprise, à la tente Hydro-Québec. Leur folk très habité et entraînant, impossible d’y résister. Le quintet fait régulièrement des tournées en Europe par les temps qui courent. À bon entendeur…

Le spectacle conjoint des Sœurs Boulay et des Hay Babies, qui avait lieu sur la scène Desjardins de l’église, était unique et exceptionnel à plusieurs points de vue : non seulement permettait-il de voir et entendre deux jeunes formations féminines des plus talentueuses dans l’Amérique francophone, mais surtout de les voir ensemble sur scène durant presque deux heures. Normal que la salle était remplie à ras-bord pour ce spectacle-événement conçu pour et à Tadoussac, d’après une idée de la directrice de la 10341948_801743703183271_477028395698996645_nprogrammation Catherine Marck. Si, dans un premier temps, les groupes se sont renvoyés la balle en chantant en alternance, la magie a vraiment opéré lorsque les cinq filles sur scène se sont mutuellement accompagnées, prêtées des instruments et chantées les chansons des autres… c’est-à-dire La toune du soundman par Les sœurs Boulay et Ôte-moi mon linge par Les Hay Babies. Et le
reste du spectacle fut tout aussi entraînant. Avec seulement deux jours de pratique, on ne pouvait demander plus ou mieux pour ce pari un peu fou (deux groupes de la relève dans la plus grande salle du festival) mais relevé haut la main (les billets se sont vendus rapidement), où la féminité et l’amitié ont été à l’honneur.

Ultime étape de cette journée-marathon, la salle Marie-Clarisse du célèbre Hôtel Tadoussac pour y voir, à 23h30, le duo Forêt (auto-rebaptisé « Forêt dans la brume » pour l’occasion), composé d’Émilie Laforest et Joseph Marchand. C’était une première non seulement pour les spectateurs curieux qui ne les connaissaient pas, mais aussi pour le couple, qui baptisait une formule « acoustique » seulement à deux (ils sont cinq d’habitude sur scène), avec uniquement la guitare de Marchand, la voix haut perchée de Laforest, un peu de synthétiseurs et de percussions, et très peu d’effets sonores. On était on ne peut plus près des chansons du premier album éponyme et des quelques nouveaux titres. Étrange prestation, loin d’être ratée, mais délicate et
fébrile, dû à cette nouvelle formule, mais aussi aux spectateurs qui s’en allaient malheureusement entre deux chansons, et ce de manière récurrente. Pas évident de plaire à un plus large public, au-delà du cercle d’initiés, quand la musique peut être qualifiée d’expérimentale, à la structure interne même complexe. Les plus valeureux qui voudraient se laver les oreilles avec quelque chose de différent savent quoi écouter.

Cyril Schreiber