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Trois essais qui mettent en lumière l’héritage de l’Église catholique au Québec

par Alex Tremblay Lamarche, le 7 avril 2021 | Chéri-e j’arrive

De nos jours, la fête de Pâques est surtout l’occasion de se rassembler en famille, d’organiser des chasses aux cocos et d’offrir du chocolat aux enfants pour la plupart des Québécois. Le caractère sacré de la fête s’est peu à peu atténué pour laisser davantage de place à ses dimensions culturelle et commerciale. Chéri(e) j’arrive vous propose donc de réfléchir sur ce qu’il reste de la religion catholique dans nos vies et la manière dont l’Église s’est transformée dans la province depuis les années 1960. Quand on prend le temps de s’arrêter, on se rend compte qu’elle est beaucoup plus présente qu’on ne le pense!

 

Dominique Laperle, Faire projet d’un héritage. La réception du Concile Vatican II chez les religieuses de l’archidiocèse de Montréal (1961-1988), Québec, Presses de l’Université Laval, 2020, 272 p.

            L’Église catholique, telle que nous la connaissons aujourd’hui au Québec, est fille du Concile Vatican II. Les années 1960 ne sont effectivement pas marquées que par un vent de modernisation dans les sphères culturelle, politique et sociale, mais aussi par de profonds changements au sein de l’Église à la suite de ce concile convoqué par le pape Jean XXIII. Si plusieurs études ont permis de comprendre l’importance de cet événement, aucune – à ma connaissance – ne s’était penché spécifiquement sur la réception de ce dernier au sein des communautés religieuses féminines. Dominique Laperle nous offre donc avec cet ouvrage un essai permettant de mieux comprendre comment les sœurs de l’archidiocèse de Montréal ont réagi à cet important changement au sein de l’Église catholique à une époque marquée par la montée du féminisme et la Révolution tranquille.

D’entrée de jeu, l’auteur nous montre que les religieuses sont au fait de ce qui se trame au sein de l’Église. Elles ont été sondées à cet effet par le cardinal Paul-Émile Léger à la veille du concile et elles en suivent le déroulement à la radio, à la télévision et dans la presse écrite de 1962 à 1965. Elles s’en approprient également les conclusions lors d’un important congrès ayant pour thème « Les religieuses dans la Cité » qui réunira des milliers de religieuses à Montréal du 1er au 3 mars 1968. Une belle occasion de voir comment féminisme et modernisation de l’Église se sont mariés à une époque de crise des vocations.

 

Étienne Berthold, L’intervention sociale comme patrimoine. Les Sœurs du Bon-Pasteur de Québec, Québec, Presses de l’Université Laval, 2020, 186 p.

            Après avoir joué un rôle clé dans le développement du Québec depuis le XVIIe siècle, les communautés religieuses se redéploient aujourd’hui d’une autre façon, mais continuent à influer sur la destinée de bon nombre d’entre nous. C’est ce que soutient Étienne Berthold dans ce petit essai sur les Sœurs du Bon-Pasteur de Québec. L’auteur brosse d’abord le portrait de la communauté religieuse dans un chapitre où il présente un bref survol de son histoire à ses débuts, avec la fondation de l’Asile Sainte-Madeleine, à la création d’établissements destinés à la protection et l’épanouissement de l’enfance (écoles, orphelinats, etc.).

Puis, il s’intéresse aux mutations que connaît la communauté religieuse au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale. Les Sœurs du Bon-Pasteur créent à cette époque plusieurs nouveaux établissements, réfléchissent sur leurs façons de faire et déménagent leur maison-mère à proximité du nouveau campus de l’Université Laval pour se nourrir plus aisément des nouvelles connaissances qui se développent en travail social à cette époque.

Berthold se penche ensuite sur les défis auxquels la communauté fait face à l’heure où l’État devient de plus en plus présent dans les établissements d’assistance sociale et où ces derniers se laïcisent. Les Sœurs du Bon-Pasteur tentent alors de se redéployer, mais sont freinées par l’univers médical des années 1960 à 1990 au sein duquel les religieuses peinent à s’imposer. Enfin, Berthold se penche sur les voies de pérennisation de la philosophie d’action de la communauté dans un chapitre où il réfléchit sur le patrimoine social des sœurs.

 

Géraldine Mossière, dir., Dits et non-dits Mémoires catholiques au Québec, Montréal, Presses de l’Université de Montréal, 2021, 240 p.

            Le temps où les Québécois d’ascendance canadienne-française se rendaient pratiquement tous à la messe à chaque dimanche pour vivre leur vie religieuse est loin derrière nous. Pourtant, cela ne veut pas dire pour autant que leur religiosité s’est évanouie. Cet ouvrage collectif, qui s’inscrit dans la foulée d’une journée de travail tenue en 2017, met à profit une série d’entrevues qui ont été réalisées entre 2013 et 2016 avec 43 Baby-Boomers pour mieux comprendre la façon dont ils vivent leur spiritualité.

On y apprend entre autres que le catholicisme culturel dans lequel ils se sont longtemps inscrits est en train de s’effriter pour laisser place à de nombreuses façons de vivre sa foi. En effet, cette génération se montre particulièrement critique des religions institutionnelles et est plutôt portée vers des assemblages personnels assez créatifs. Certains se décrivent ainsi sans religion alors que leur vie spirituelle est riche.

À l’heure où celle-ci se vit de façon de plus en plus individualisée, bon nombre se passent d’intermédiaires comme leurs parents le faisaient jadis pour entrer directement en contact avec des êtres invisibles. D’autres développent un véritable « art de vivre écologique » au sein duquel leurs préoccupations environnementales se marient à leur spiritualité. Un ouvrage qui permet de mieux comprendre les rapports complexes des Québécois avec le catholicisme et de mieux mesurer à quel point ils se sont transformés au cours des dernières décennies.