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Trois livres à lire en marge du lundi noir à l’Université Laurentienne

par Alex Tremblay Lamarche, le 21 avril 2021 | Chéri-e j’arrive

Le 12 avril dernier, l’Université Laurentienne, haut lieu de l’enseignement en français dans le nord de l’Ontario, mettait à pied une centaine de professeurs et supprimait 28 programmes en français de premier et second cycles. Depuis, les Franco-Ontariens ne décolèrent pas. Ils voient dans cette « restructuration » des coupes dévastatrices qui mettent en péril l’avenir de la langue de Molière et la vitalité des communautés francophones dans cette région. Afin d’offrir matière réfléchir sur la question, Chéri(e) J’arrive vous propose trois livres en lien avec le sujet.

 

Marcel Martel et Joel Belliveau, dir., Entre solitudes et réjouissances Les francophones et les fêtes nationales (1834-1982), Montréal, Boréal, 2021, 272 p.

Fruit de six universitaires de langue française enseignant respectivement en Ontario, au Manitoba et en Saskatchewan, cet ouvrage démontre bien que l’histoire du Canada français n’est pas que l’apanage des Québécois et que les professeurs de l’Université Laurentienne y contribuent de manière significative. Ils le font de façon éloquente dans ce collectif consacré aux origines et à l’évolution des fêtes nationales chez les Canadiens français. Pour ce faire, ils se sont penchés sur six fêtes : le 24 mai (qui sera successivement la fête de Victoria, la fête de l’Empire, puis la fête de Dollard), la Saint-Jean-Baptiste, la fête de la Confédération (qui deviendra peu à peu celle du Canada par extension) et l’Assomption (qui deviendra quant à elle la fête des Acadiens).

Parallèlement à l’État fédéral qui érigera en fête légale la Confédération (en 1879) et le jour de la Reine (en 1901), les francophones se montrent « très actifs dans la création de fêtes nationales dépourvues de reconnaissance officielle » (p. 285). Ces fêtes, dont la dimension religieuse restera fondamentale jusque dans les années 1960, sont en étroite concurrence avec celles qui célèbrent l’Empire britannique (puis le Canada) et la société de consommation qui prend alors tranquillement forme. Certains hôteliers et marchands voient en effet rapidement dans ces congés l’occasion de bonnes affaires à compter du moment où ils deviennent fériés comme on le constate à la lecture du chapitre de Marcel Martel et Joel Belliveau sur la fête de la reine Victoria.

Certaines de ces fêtes tardent également à être célébrées systématiquement pendant la première moitié du XXe siècle et leur ampleur (voire leur existence) varie d’un endroit à l’autre puisqu’elles sont organisées par les municipalités à cette époque. Toutefois, avec la montée du nationalisme québécois dans les années 1960 et 1970, puis avec l’arrivée du Parti Québécois au pouvoir, une véritable guerre des fêtes nationales va se mettre en place. L’État fédéral met de plus en plus de moyens dans les festivités du 1er juillet pour célébrer l’unité canadienne tandis que le gouvernement du Québec fait de même avec celles du 24 juin. Même l’Ontario se dotera au cours de ce moment identitaire d’un festival franco-ontarien comme le met de l’avant Serge Miville dans son chapitre sur l’Ontario français.

 

Maurice Lagueux, Lieux de savoir. Les campus universitaires et collégiaux, Montréal, Presses de l’Université de Montréal, 2021, 392 p. 

            Qu’est-ce qu’un campus ? Quelles formes peuvent prendre les campus universitaires et collégiaux ? Ce sont à ces questions que le professeur retraité de philosophie Maurice Lagueux répond dans cet ouvrage. Après avoir brièvement exposé l’importance des campus dans leur collectivité (ils sont entre autres générateurs de multiples emplois en plus d’offrir des ressources culturelles et sportives importantes), l’auteur retrace les origines du campus tel que nous le connaissons aujourd’hui dans un premier chapitre permettant de mieux comprendre ce dont il retourne.

Puis, Lagueux s’intéresse aux plans des campus. Certains sont orientés autour d’un grand axe, d’autres adoptent un plan en croix ou en arborescence. Certains s’adaptent à la nature où ils sont érigés comme le Collège Wellesley au Massachussetts, d’autres trônent au sommet d’une position en hauteur comme le Collège de Boston. Tous contiennent plus ou moins les mêmes immeubles (bibliothèque, centres étudiants, auditoriums, résidences étudiantes, équipements sportifs, etc.) qui, souvent adoptent des codes relativement similaires (que ce soit par leur positionnement sur le campus ou leur architecture). Bon nombre de campus sont dotés d’une tour signal ou de bâtiments évoquant la Grèce antique ou les cloîtres médiévaux.

Les deux derniers chapitres permettent quant à eux de comprendre la place et la fonction des œuvres d’art public sur les campus et les défis auxquels ils sont confrontés à l’heure actuelle. On apprend ainsi que l’art public sur les campus a généralement une fonction commémorative, éducative, symbolique, utilitaire, sociale ou évocatrice et que les concepteurs de campus se retrouvent face à de nombreux dilemmes. Doivent-ils poursuivre leur développement dans un style uniforme ou en faire des reflets de l’évolution de l’architecture? Un ouvrage illustré d’une centaine de photos en couleur s’appuyant sur quelque 300 institutions qui fera le plaisir de ceux qui s’intéressent aux enjeux d’urbanisme et d’aménagement du territoire.

 

Adam Strömbergsson-Denora, Warring Sovereignties Church Control and State Pressure at the University of Ottawa, Ottawa, Presses de l’Université d’Ottawa, 2020, 290 p.

L’Université d’Ottawa est, depuis un certain temps, au cœur de polémiques. Après avoir été dans l’eau chaude à la suite de l’affaire Lieutenant-Duval et des déclarations d’un de ses professeurs, elle est maintenant accusée d’avoir participé à la sape du projet d’université franco-ontarienne. C’est toutefois loin d’être la première tourmente dans laquelle elle est plongée comme nous le rappelle Adam Strömbergsson-Denora dans cette première histoire non-confessionnelle de l’institution. Fondée par les Oblats au milieu du XIXe siècle, l’Université d’Ottawa se retrouve un siècle plus tard au cœur de vifs conflits. D’une part, les Oblats désirent que cette université pontificale demeure entre leurs mains et conserve son statut religieux. D’autre part, des laïcs se font entendre de plus en plus fort pour que l’État prenne une place grandissante dans l’administration de l’institution à la faveur de la vague d’interventionnisme qui balaie les sociétés occidentales à cette époque.

Adam Strömbergsson-Denora relate cette lutte avec le souci d’en contextualiser les tenants et aboutissants. Il soutient notamment que les Oblats s’inscrivent dans une tradition ultramontaine au sein de laquelle le spirituel doit primer sur le temporel, mais qu’ils perdent peu à peu les moyens de conserver la position qu’ils occupaient jusqu’alors à compter de la fin des années 1950. Le coût de l’éducation et le nombre d’étudiants croissent considérablement à cette époque alors que les vocations stagnent, puis décroissent au sein de la communauté religieuse. L’auteur estime que la quantité d’étudiants double – voire même triple – entre 1945 et 1965. Qui plus est, alors que 71 des 266 professeurs étaient des Oblats en 1958, ils ne sont plus 68 sur 342 professeurs trois ans plus. Petit à petit, un autre modèle d’université s’impose à Ottawa. Désormais, on veut adopter le modèle allemand (cultivant la recherche académique plutôt que la formation d’un esprit humaniste) et en faire un générateur d’activités économiques. Un livre qui relate un moment charnière de l’histoire de l’Université d’Ottawa en somme.