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Trois livres sur le patrimoine à lire en marge de l’étude du projet de loi 69

par Alex Tremblay Lamarche, le 24 mars 2021 | Chéri-e j’arrive

Le projet de loi 69, actuellement à l’étude en commission parlementaire, ramène dans l’actualité les nombreux débats qui ont secoué les dernières années en matière de patrimoine. Comment assurer sa protection, sa mise en valeur et sa pérennité pour les générations futures? Si ce billet n’a pas la prétention d’offrir des réponses à ces questions, il vous invite à y réfléchir en vous plongeant dans trois ouvrages qui abordent chacun, à leur manière, différents enjeux patrimoniaux québécois.

 

Claude Trudel, Une histoire du ministère de la Culture (1961-2021), Montréal, Boréal, 2021, 324 p.

Il y a 60 ans aujourd’hui, jour pour jour, le 24 mars, entrait en vigueur la Loi créant le ministère des Affaires culturelles du Québec. Depuis, les 27 ministres qui s’y sont succédés ont tous tenté – avec plus ou moins de succès en fonction de différents facteurs – de participer au développement de ce ministère. Chacun y a imprimé sa marque : Jean-Noël Tremblay en se faisant le champion de la décentralisation du ministère et du développement des conservatoires en région, Denis Hardy en faisant adopter la première loi sur le cinéma, Denis Vaugeois en donnant une expansion sans précédent au réseau des bibliothèques publiques et Lise Bacon en adoptant la loi sur le statut de l’artiste pour ne nommer que quelques exemples.

Cette histoire – davantage axée sur les ministres de la Culture que sur le ministère lui-même – permet de découvrir l’action de ces hommes et de ces femmes depuis soixante ans pour protéger et mettre en valeur le patrimoine. On y découvre un Jean-Noël Tremblay qui donne le coup d’envoi aux travaux de restauration de Place royale, une Claire Kirkland-Casgrain qui fait adopter la loi sur les biens culturels, une Christine St-Pierre qui jumelle la protection du patrimoine culturel au développement durable et une Nathalie Roy plongée dans ses enjeux dès le début de son mandat.

L’auteur, qui œuvra auprès de Robert Bourassa de 1970 à 1975, agit à titre de sous-ministre adjoint des Affaires culturelles de 1975 à 1979 et fut député à l’Assemblée nationale de 1985 à 1989, tire profit de son parcours et de ses souvenirs pour ponctuer son récit d’anecdotes personnelles qui feront le plaisir des lecteurs.

 

 

Joanne Burgess et Paul-André Linteau, dir., Histoire et patrimoine. Pistes de recherche et de mise en valeur, Québec, Presses de l’Université Laval, 2019, 246 p.

Né en 2006 pour succéder au Groupe de recherche sur l’histoire de Montréal, le Laboratoire d’histoire et de patrimoine de Montréal s’est depuis tranquillement imposé comme l’un des principaux acteurs mariant recherche appliquée et recherche fondamentale. Cet ouvrage est le fruit d’un colloque tenu en 2016 pour souligner son 10anniversaire et faire le point sur le chemin parcouru au cours de cette décennie. On y découvre les efforts menés par les chercheurs du laboratoire pour ancrer leurs préoccupations de recherche sur le terrain de manière à ce qu’ils puissent être repris par des sociétés d’histoire, des musées et d’autres organismes qui s’intéressent à l’histoire de Montréal.

Si les articles de Joanne Burgess et Michelle Comeau, Alain Gelly, Harold Bérubé et Paul-André Linteau s’avèrent particulièrement intéressants pour comprendre le développement du commerce montréalais, du port, des rues de Montréal et de ses différents quartiers, ils intéresseront vraisemblablement surtout les chercheurs qui désirent connaître l’état de la question sur ces différents sujets. Ils accordent chacun une place importante à l’évolution de la littérature scientifique. Leurs chapitres constituent, en ce sens, une bonne porte d’entrée sur ces objets d’études.

La contribution la plus intéressante demeure, de mon point de vue, celle de Fernand Harvey. Il brosse un portrait détaillé de l’évolution de la relation des Québécois avec le patrimoine de proximité dans les régions du Québec et nous permet ainsi de mesurer le chemin parcouru depuis les années 1920. Après avoir été le fait de quelques sociétés d’histoire, de mobilisations ponctuelles (notamment pour sauver le manoir de Louis-Joseph Papineau à Montebello) et de plusieurs communautés anglophones des Cantons de l’est désireuses de se doter d’un musée, la préservation et la mise en valeur du patrimoine en viennent à être confiées – pour le meilleur et pour le pire – aux municipalités qui seront à l’origine de plusieurs heureuses initiatives (la reconversion de l’usine Paton à Sherbrooke, la création de la Cité de l’Énergie à Shawinigan, etc.). Une synthèse fort intéressante de la question complétée de tableaux instructifs qui feront le bonheur de ceux qui s’intéressent à l’évolution du patrimoine en région.

 

Dany Côté et Pierre Lahoud, Curiosités du Saguenay, Québec, les éditions GID, 2021, 224 p.

            La collection « Curiosités » des éditions GID commence à être connue des amateurs de patrimoine. Ce dixième tome de la série emprunte la même formule que les précédents : nous faire découvrir une région en 100 curiosités développées chacune sur une page double sur laquelle se déploient quelques images.  Cette fois-ci, les historiens Dany Côté et Pierre Lahoud nous entraînent le long de la rivière Saguenay de Sainte-Marguerite à Larouche en s’attardant principalement à La Baie, Kénogami, Jonquière et Chicoutimi.

Ce faisant, on y découvre plusieurs bâtiments patrimoniaux d’intérêt. Certains, comme l’église Saint-Marc de Bagotville (considérée comme la première église moderne au Canada) sont protégés, d’autres, comme l’ancienne prison de Chicoutimi (un bijou d’architecture art déco) gagneraient à l’être. On y découvre également plusieurs anecdotes sur l’histoire de la région. Les employés de la Price Brothers étaient par exemple payés en « pitons », une monnaie factice seulement échangeable… dans les magasins de l’employeur! Le corps du premier évêque de Chicoutimi, Mgr Dominique Racine, a également fait l’objet de bien des convoitises : son cœur fut placée dans une urne dans un mur de la chapelle du Séminaire de Chicoutimi et ses poumons offerts aux religieuses de l’Hôtel-Dieu. Pour tout dire, ce ne sont pas les anecdotes qui manquent dans cet ouvrage. Un chouette bouquin à mi-chemin entre le guide de voyage et le livre d’histoire.