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Trois ouvrages à découvrir à l’occasion du jour de la Terre

par Alex Tremblay Lamarche, le 28 avril 2021 | Chéri-e j’arrive

Le 22 avril est, comme à chaque année, l’occasion de nous interroger sur notre rapport à la planète. En prenons-nous assez soin? Comment pourrions-nous repenser notre façon de l’habiter pour réduire notre empreinte sur l’environnement ? Depuis quelques années, nous sommes de plus en plus conscientisés à ces enjeux et les préoccupations jadis soulevées lors du jour de la Terre sont de plus en plus abordées à la longueur de l’année. N’empêche, pourquoi ne pas profiter de l’occasion pour discuter de notre rapport à la planète? Chéri(e) J’arrive s’y penche en vous proposant trois ouvrages à l’occasion du jour de la Terre.

 

Andreas Malm, La chauve-souris et le capital. Stratégie pour l’urgence chronique, Paris, La Fabrique, 2020, 160 p.

            Quel est l’impact de la crise sanitaire sur l’environnement? En quoi la pandémie que nous traversons à l’heure actuelle est-elle imputable à la crise environnementale? C’est à ces deux questions que répond le géographe Andreas Malm dans ce petit essai facile d’accès divisé en trois chapitres. L’auteur nous y rappelle d’abord que le déclenchement de la pandémie nous a amenés à rapidement oublier que de terribles incendies avaient ravagé en Australie une surface plus grande que la Hongrie et l’Autriche réunies et que l’Afrique était alors quant à elle dévastée par des nuées de criquets. Malm en vient alors à s’interroger sur ce désir de « revenir à la normale » qui anime bon nombre de personnes depuis que la pandémie nous a forcés à revoir des activités que même les heures les plus sombres de la Deuxième Guerre mondiale n’avaient pas réussi à stopper jadis. Il souligne ce faisant que la crise sanitaire a eu un impact positif sur l’environnement en faisant chuter radicalement les émissions de CO2 et en nous amenant à ralentir le rythme auquel on consomme.

Puis, Malm nous entraîne du côté des causes de la pandémie. Celles-ci sont, à son avis, intimement liées à une surutilisation des ressources naturelles et aux bouleversements que celle-ci occasionne. Les contagions zoonotiques sont directement liées à la déforestation. En s’attaquant à l’habitat naturel des chauve-souris et de bien d’autres animaux, on pousse ces mammifères à se rapprocher des humains et des animaux qu’ils côtoient et on accroit ainsi le risque de transmission d’une maladie à l’Homme.

Enfin, l’auteur précise que la situation dans laquelle nous sommes n’est pas inéluctable et qu’il y a moyen de s’en extraire en adoptant un « communisme de guerre ». Il rappelle à cet effet les mesures prises en Russie en 1917 par Lénine et propose un « léninisme écologique » pour assurer la pérennité de la race humaine. Si l’ouvrage aurait gagné à être complété d’une introduction et d’une conclusion pour rassembler les idées de l’auteur, il n’en demeure pas moins particulièrement bien documenté et engagé. Il saura faire le plaisir de ceux qui veulent mettre en perspective la pandémie dans laquelle nous sommes plongés.

 

 

Jason W. Moore, Le capitalisme dans la toile de la vie : écologie et accumulation du capital, Toulouse, les éditions de l’Asymétrie, 2021, 418 p.

            L’historien de l’environnement Jason W. Moore nous propose avec cet ouvrage un essai savant qui s’inscrit dans une perspective éco-marxiste. Pour Moore, tout comme pour plusieurs des intellectuels engagés pour la cause environnementale, le capitalisme est incompatible avec la préservation de la planète pour les générations futures. Après avoir exploité les ressources que la nature offre pendant des siècles et en avoir incorporé bon nombre, l’Homme se retrouve aujourd’hui face à la « Fin de la Nature Bon Marché ».

La capitalisation de la Nature a mené petit à petit à des épuisements régionaux. Or, plutôt que de se remettre en question, l’Homme a plutôt décidé de déplacer la production des ressources qu’il a épuisées vers de nouvelles frontières, contribuant ainsi à créer des crises écologiques mondiales. Il faut donc s’inscrire dans une perspective post-dualiste qui nous sort de l’opposition entre Société et Nature sur laquelle s’est construite le capitalisme et comprendre que nous faisons partie d’un tout pour Moore.

 

Sylvie Tremblay, Les récits de Philippe Tremblay, 1929-1983 : arpentage primitif, mesurer le Québec, Québec, GID, 2020, 138 p.

À une époque où les Québécois étaient loin encore d’avoir des préoccupations environnementales, des hommes parcouraient la province pour l’arpenter, la mesurer. Ces hommes, qui n’avaient d’autre choix que de vivre en communion avec la nature lorsqu’ils s’aventuraient dans des territoires jusqu’alors seulement habités par les premières nations ont malheureusement laissé peu de traces. Le témoignage que l’arpenteur Philippe Tremblay a offert à Georgette Miville en 1984 et qui est depuis conservé à Bibliothèque et Archives nationales du Québec est donc précieux et particulièrement instructif pour découvrir l’histoire de ce métier. La transcription que nous en propose Sylvie Tremblay, fille du principal intéressé, dans cet ouvrage est donc la bienvenue.

On y apprend comment le jeune homme de L’Islet en est venu à se diriger vers ce métier, puis on le suit en avion et en canot du fond de l’Abitibi aux confins de la Gaspésie. On y découvre ce faisant les différents modes de transport utilisés, le menu des arpenteurs et leur quotidien alors qu’ils arpentent des territoires appelés à devenir des villages quelques années plus tard. Si les annotations de Sylvie Tremblay sont utiles pour apporter quelques précisions ici et là, elles auraient gagnées à être un peu plus abondantes pour mieux remettre le récit de son père en contexte. L’introduction – malheureusement trop brève – ne précise par exemple pas l’âge qu’avait Philippe Tremblay lorsque son récit commence en 1929 pas plus qu’elle ne détaille le milieu dans lequel il s’inscrivait.

L’ouvrage est complété par le témoignage d’une douzaine de pages de Fernand Bélanger, un arpenteur ayant côtoyé Philippe Tremblay, et un trop court passage sur la vie de son épouse et de ses enfants auxquels s’ajoutent plusieurs dizaines de photos qui permettent de prendre la mesure de ce métier ayant depuis cette époque beaucoup changé.