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Trois ouvrages pour clore en beauté le mois de la poésie

par Alex Tremblay Lamarche, le 31 mars 2021 | Chéri-e j’arrive

Avec mars qui s’achève, le mois de la poésie sera bientôt derrière nous. Il aura été pour certains l’occasion de s’initier à la poésie et pour d’autres celle de découvrir de nouveaux auteurs et de vibrer au rythme de leurs vers. Afin d’offrir matière à réflexion à ceux qui souhaiteraient prolonger cette occasion de célébrer la poésie, Chéri(e) j’arrive vous propose aujourd’hui trois ouvrages qui revisitent chacun à leur manière notre riche histoire littéraire.

 

Vincent Lambert, Yves Laroche et Claude Paradis, dir., La tombe ignorée. Lectures d’Eudore Évanturel, Montréal, Éditions Nota bene, 2019, 202 p.

            Eudore Évanturel est probablement l’une des plus belles plumes du Québec de la fin du XIXe siècle. Après avoir publié un premier poème (Crâne et cervelle) à 23 ans, il publie un premier – et malheureusement dernier – recueil trois ans plus tard. Condamné par une critique ultramontaine, sa voix s’est tue et il est depuis tombé dans l’oubli pour la plupart des Québécois. On ne peut donc que se réjouir que le Centre d’études poétiques du Cégep de Sainte-Foy ait eu l’idée de rassembler 10 textes sur ce poète à l’occasion du centième anniversaire de son décès et de la restauration de son monument funéraire afin de contribuer à lui redonner la place qu’il mérite dans notre mémoire collective.

On découvre dans cet ouvrage différentes facette du poète. Claude La Charité nous permet de mieux comprendre le réseau de lettrés dans lequel il s’inscrit, Emmanuel Bouchard met de l’avant qu’Évanturel est d’abord un conteur avant d’être un poète, Louis-Serge Gill nous éclaire sur les critiques dont il a fait l’objet et François Rioux souligne que l’écriture n’est pour lui pas une souffrance comme pour un Charles Baudelaire, mais plutôt une distraction. Bref, neuf facettes d’Évanturel qu’on (re)découvre avec plaisir et un poème de François Dumont en conclusion pour décrire le poète en vers!

 

Stéphanie Bernier et Pierre Hébert, dir., Nouveaux regards sur nos lettres. La correspondance d’écrivain et d’artiste au Québec, Québec, Presses de l’Université Laval, 2020, 294 p. 

            L’épistolaire est probablement l’une des formes d’écriture les plus sous-estimées malgré une recrudescence de l’intérêt qu’on lui porte depuis quelques années comme le précisent Stéphanie Bernier et Pierre Hébert dans l’introduction de ces actes de colloque consacrés à la correspondance d’écrivain et d’artiste au Québec. Pourtant, il permet de pénétrer dans l’intimité des poètes, romanciers et essayistes qui s’y adonnent et de renouveler le regard qu’on porte sur eux et leur œuvre. Il y a donc lieu de saluer ce collectif qui offre d’intéressantes perspectives sur la question.

La correspondance qu’entretient Anne Hébert avec son frère nous permet ainsi de découvrir les dessous de la création du roman Kamouraska tandis que celle de Gabrielle Roy nous donne la chance de reconstituer les réseaux dans lesquels elle s’inscrit. Celle de l’homme de lettres Harry Bernard avec la jeune poétesse Simone Routier s’avère particulièrement intéressante. On y découvre une jeune écrivaine qui s’affirme et s’ouvre de plus en plus au fil de ses échanges avec celui à qui elle était venu demander conseil  au grand dam de la femme de ce dernier qui mettra fin à leurs échanges au bout de six mois.

Certaines controverses trouvent même leur réponse dans les lettres analysées par les auteurs de ce collectif. Pensons entre autres à l’analyse de la correspondance du père Louis Dantin avec le médecin Gabriel Nadeau au crépuscule de la vie de Dantin. Ce dernier lui confie en toute franchise qu’Émile Nelligan est bel et bien l’auteur de ses vers contrairement à ce que certains ont laissé sous-entendre à plusieurs reprises. Dantin est formel : il a eu les manuscrits de Nelligan entre ses mains et il peut certifier que chaque mot qui y figurait était de la plume de ce dernier.

 

Bernard Andrès, Histoires littéraires des Canadiens au XVIIIe siècle, Québec, Presses de l’Université Laval, 2012, 330 p.

            La littérature canadienne est-elle née au XIXe siècle au lendemain de la déclaration malheureuse de lord Durham comme on l’a longtemps prétendu? Pas si on en croit Bernard Andrès qui voit dans les quatre décennies qui suivent la Conquête la formation d’une conscience nationale chez les Canadiens. Face à l’autre, les Canadiens en viennent peu à peu à prendre conscience qu’ils ne sont plus Français et qu’ils forment un groupe à part entière. On assiste même à la composition de quelques chansons patriotiques à cette époque.

Forts de cette conscience, les Canadiens prennent la plume et rédigent pétitions, mémoires et missives adressées aux autorités pour se faire entendre. Il y a donc là les germes d’une littérature qui prendra son envol au XIXe siècle. Quelques-uns se tournent également vers la création littéraire comme en témoignent les opéras, poèmes et pièces de théâtre de Joseph Quesnel et la publication de la Gazette littéraire de Montréalen 1778 et 1779. Les quelques parcours développés à la fin de l’ouvrage permettent d’ailleurs de saisir les multiples forment que prennent les lettres au Canada au XVIIIe siècle : récit de voyage riche en rebondissements chez Pierre Sales de Laterrière, plaidoyers pour une proto-laïcité et la création d’une université chez Charles-François Bally de Messein et j’en passe.