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Trois ouvrages pour marquer le premier anniversaire de la déclaration de l’urgence sanitaire au Québec

par Alex Tremblay Lamarche, le 10 mars 2021 | Chéri-e j’arrive

Cette semaine marque le premier anniversaire de la déclaration de l’urgence sanitaire par le gouvernement du Québec. Depuis, les fermetures se sont enchaînées, nos nerfs ont été mis à rude épreuve et un grand nombre de laboratoires pharmaceutiques se sont lancés dans la recherche du précieux vaccin qui devrait permettre de développer une immunité collective. Afin de remettre en perspective ce que nous avons vécu au cours de la dernière année, Chéri(e) j’arrive vous propose trois ouvrages sur l’histoire de la santé. Les deux premiers explorent la question de la santé mentale tandis que le dernier se penche sur l’histoire de la pharmacie au Québec.

 

Marie-Claude Thifault et Marie LeBel, Dérives. Une histoire sensible des parcours psychiatriques en Ontario français, Ottawa, Presses de l’Université d’Ottawa, 2021, 182 p.

À l’heure où les principales organisations de santé mentale et de traitement de la toxicomanie de l’Ontario révèlent que les problèmes de santé mentale et de consommation ont sensiblement augmenté chez les Ontariens depuis le début de la pandémie, ce livre est plus que jamais pertinent. Les historiennes Marie-Claude Thiffault et Marie LeBel y suivent six parcours qui nous permettent d’en apprendre plus sur cette réalité en Ontario français. Les quatre femmes et les deux hommes qui nous sont présentés permettent d’appréhender les problèmes de santé mentale dans cette région sous différents angles. On y découvre ainsi le parcours d’intervenants du milieu de la santé (l’infirmière Pauline et l’ambulancier Normand) ainsi que celui de personnes qui ont été aux prises avec des problèmes de santé mentale comme Solange, Gina, Jimmy et Marilyne.

Le tout est fait avec beaucoup de doigté et de délicatesse. On sent effectivement beaucoup d’empathie dans la plume des auteures pour leurs sujets. Il faut dire qu’elles se basent tantôt sur des entrevues avec certaines des personnes étudiées, leurs proches ou différents acteurs du milieu de la santé, tantôt sur des documents d’archives produits par ceux qui ont emprunté ces parcours psychiatriques en Ontario français. Ce faisant, elles en dégagent une œuvre chorale dans laquelle chacune des personnes présentées permet d’éclairer un aspect de la santé mentale : schizophrénie, épuisement professionnel, anorexie, hospitalisation, rôle des proches, dépression, stress post-traumatique, perception des troubles de santé mentale dans la communauté et j’en passe. Un ouvrage qui nous permet d’entrer dans l’intimité du sujet avec beaucoup d’à-propos et de sensibilité qui plaira autant à ceux qui s’y connaissent sur le sujet qu’à ceux qui le découvrent.

 

Louis Crocq, Névroses et névrosés fin de siècle (1880-1900), Paris, Imago, 2020, 222 p.

La fin du XIXe siècle est marqué par un mal de vivre en France et de nouvelles découvertes dans le domaine de la psychiatrie qui amènent à percevoir ce spleen autrement qu’on le faisait jusqu’alors. C’est ce que nous révèle le psychiatre Louis Crocq dans cet ouvrage qui nous plonge au cœur des tourments d’une époque.

D’entrée de jeu, l’auteur se montre soucieux de bien situer le décor en offrant un chapitre sur Paris et la France à cette époque. On y découvre la frénésie qui y règne grâce aux nombreuses inventions qui ont amélioré la qualité de vie des Français à cette époque, mais aussi la saleté des villes et le désir de se réfugier dans les villes d’eau pour se refaire une santé. Les Parisiens oscillent alors entre une confiance en l’avenir avec l’avènement de la Troisième République et le succès de l’exposition universelle de 1889 et une inquiétude à son endroit au lendemain de la défaite face aux Prussiens en 1870.

Les états d’âme des Français et leurs réactions (qui font l’objet du second chapitre) sont alors intimement liés à ce contexte. On craint d’être emporté par une locomotive, la science paraît commencer à montrer ses limites après avoir donné lieu à bien des espoirs de progrès, la défaite de 1870 et l’échec de la Commune laissent un goût amer aux Français. Résultat : on cherche des coupables, on prend la fuite et on s’engage dans des combats pour changer les choses. Certains s’inquiètent ainsi de la dégénérescence de la race alors que d’autres s’évadent dans l’occultisme et dans une certaine délectation pour la décadence. C’est également l’époque de revendications féministes et de contestations saphiques. Peu à peu, les femmes se montrent désireuses de changer les choses.

Il faut dire que les femmes sont alors couramment pointées du doigt par le monde médical. On les accuse d’être névrosées, hystériques ou frigides. Le développement de la science permet alors d’esquisser les contours de la maladie mentale. On est encore loin de la connaissance qu’on en a aujourd’hui comme le rappelle avec justesse Crocq dans le troisième chapitre avant de conclure avec un quatrième chapitre présentant différente figures névrosées de la vie parisienne et d’ailleurs : artistes portés sur l’absinthe, impératrices et princesses décadentes, mondains en mal de vivre et j’en passe. Un voyage dans les dessous de la France d’une époque peut-être pas si belle qu’on le dit!

 

Johanne Collin, Nouvelle ordonnance. Quatre siècles d’histoire de la pharmacie au Québec, Montréal, Presses de l’Université de Montréal, 2020, 408 p.

L’histoire de la pharmacie au Québec est aussi ancienne qu’intéressante. Avant même que les Européens ne posent le pied en Amérique, les Amérindiens disposent d’une pharmacopée dont ils se servent pour se soigner. Ceux-ci sont suivis d’un apothicaire (Louis Hébert), avec l’arrivée des premiers colons, et d’apothicairesses, avec l’implantation de communautés religieuses hospitalières à Québec et Montréal. La présence des apothicaires dans la colonie demeure toutefois limitée sous le régime français et il faut attendre après la Conquête pour que les praticiens se multiplient.

En l’absence de médecins dans bien des régions, les apothicaires y deviennent des médecins de seconde zone et laissent la confection des médicaments aux droguistes et aux chimistes. Les pharmaciens en arrivent au milieu du XIXe siècle à devoir lutter contre les médecins qui tentent d’occuper de plus en plus de plus dans le milieu de la santé et les commerçants de tout acabit qui aimeraient bien vendre des médicaments. Parallèlement, anglophones et francophones se font la lutte au sein du Montreal College of Pharmacy, mais tous tentent de donner un lustre scientifique et un statut juridique à la profession. C’est qu’au début du XXe siècle, avec l’arrivée d’entreprises étrangères dans le secteur de la pharmacie et l’ouverture de laboratoires spécialisés au Canada, la donne change. Peu à peu, le pharmacien cesse d’être un préparateur de médicaments pour devenir un vendeur de pilules et… de multiples autres items (dont des cigarettes, des chips et bien plus encore!).

Après avoir vu de puissantes chaines de distribution se former dans le milieu de la pharmacie et les lois du marché profondément transformer le domaine au milieu du XXe siècle, les pharmaciens se remettent en question et désirent redevenir des acteurs du milieu de la santé. Se faisant, ils redéfinissent leur profession et en viennent, ultimement, à proposer l’avènement des soins pharmaceutiques. Le récit que nous propose Johanne Collin de cette histoire originellement parue en 1994 – auquel elle a ajouté plus de 150 pages et une iconographie complètement nouvelle – nous permet de découvrir le milieu de la pharmacie sous un nouveau jour. Un ouvrage qui plaira autant aux praticiens de la profession qu’à leurs clients pour remettre en perspective la lente évolution de ce secteur d’activité au Québec.