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Trois titres pour (re)penser la francophonie

par Alex Tremblay Lamarche, le 17 mars 2021 | Chéri-e j’arrive

Le 20 mars offre, depuis 1988, l’opportunité de célébrer la francophonie partout à travers le monde. S’il est la journée de la langue française aux Nation unies pour l’ONU, il est ici plus connu sous le nom de journée internationale de la francophonie et de la Francofête, un événement qui s’étire sur une semaine pour célébrer la fierté et le plaisir de vivre en français. Pour l’occasion, concours, jeux et activités se déploient dans l’espace public et, de notre côté, à Chéri(e) j’arrive, nous vous proposons trois titres pour (re)penser la francophonie.

 

Tudi Kernalegenn, Joel Belliveau, Jean-Olivier Roy, dir., La vague nationale des années 1968. Une comparaison internationale, Ottawa, Presses de l’Université d’Ottawa, 2020, 352 p.

L’année 1968 est passée à l’histoire pour les révoltes estudiantines de mai et les importantes manifestations contre la guerre du Viêt Nam aux États-Unis. Elle est toutefois également marquée par une vague nationale qui couvait depuis un certain temps et qui perdurera dans les années qui suivent. Partout à travers le monde, des nationalismes minoritaires, des régionalismes protestataires  et des revendications des premières nations se manifestent. Si les aspirations des Québécois sont ici largement connues, celles de bien d’autres pays le sont beaucoup moins alors qu’elles permettent de remettre en perspective la montée du souverainisme au Québec à cette époque.

Le livre, divisé en quatre parties, offre une quinzaine de textes qui permettent de mieux comprendre cette vague nationale. La première pose les jalons théoriques du sujet. On y apprend que cette vague nationale émane, selon Tudi Kernalegenn, principalement de trois causes : les profonds changements socioculturels qui marquent l’Occident à l’heure des Trente Glorieuses, l’influence des luttes contre le colonialisme et l’impérialisme et les impacts des luttes sociales du temps. La seconde expose la résurgence de régionalismes et de nationalismes minoritaires en Europe occidentale. On voit certains d’entre eux comme le nationalisme corse prendre leur envol et d’autres tels que l’occitanisme connaître leur apogée ou se structurer au sein de partis politiques comme c’est le cas en Écosse et en Catalogne. La troisième permet de comprendre le nationalisme de minorités francophones (Acadiens, Québécois et Suisses). On y découvre que cet enjeu est profondément ancré à gauche chez eux et qu’il se manifeste dans les milieux étudiants. Enfin, la dernières partie se penche sur les métis, les premières nations et les maoris.

 

François-Olivier Dorais et Jean-François Laniel. L’autre moitié de la modernité. Conversations avec Joseph Yvon Thériault, Québec, Presses de l’Université Laval, 2020, 333 p.

Joseph Yvon Thériault est probablement l’un des intellectuels ;es plus connus parmi ceux qui ont pensé la francophonie canadienne. Ses travaux, récompensés de nombreux prix, ont permis de mieux comprendre ce Canada français animé d’un désir de « faire société » et de nourrir la réflexion sur le sujet. François-Olivier Dorais et Jean-François Laniel nous proposent ici des entretiens avec le sociologue qui offrent à la fois un bilan sur sa carrière et une entrée dans son œuvre pour ceux qui n’ont pas eu l’occasion de le lire à ce jour. On y découvre comment ses origines acadiennes ont été le terreau de ses intérêts de recherche et de son développement intellectuel. L’ouvrage traite tant du milieu dans lequel il a grandi (Thériault souligne que ça prend tout un village pour éduquer un enfant) que de l’influence que son père, sa mère et ses sœurs ont eu sur lui.

De fil en aiguille, les échanges suivent le parcours de Joseph Yvon Thériault à l’Université d’Ottawa, puis à l’Université du Québec à Montréal, tout en revenant sur ses principaux travaux et les idées qu’il a portées dans l’espace public. On y apprend comment l’intellectuel est le fruit de son milieu. Son intérêt pour la francophonie canadienne n’est par exemple pas étranger à son passage à l’Université d’Ottawa, haut lieu de travaux sur la question. De même, ses réflexions sur la laïcité, le cours d’éthique et culture religieuse et la déconfessionnalisation du Québec sont en phase avec les questions que la société québécoise s’est posée au cours des dernières années. Une porte d’entrée sur l’œuvre de Joseph Yvon Thériault.

 

Claude Couture et Srilata Ravi, Britannicité. Essai sur la présence française dans l’Empire britannique au XIXe siècle, Québec, Presses de l’Université Laval, 2020, 318 p.

L’époque victorienne et l’apogée de l’Empire britannique paraissent aujourd’hui bien lointains en Amérique du Nord. Or, leurs suites sont loin de l’être si on en croit cet ouvrage de Claude Couture et de Srilata Ravi qui se penche sur la façon dont l’Empire britannique s’est déployé au XIXe siècle et sur les traces qui en demeurent de nos jours.

On y découvre, en première partie, différents empires qui se sont déployés au XIXe siècle dans le monde parallèlement à l’Empire britannique (les empires français, autrichien, ottoman, russe et allemand), l’état des travaux sur la question et les différentes institutions par lesquelles s’est matérialisé l’impérialisme britannique à cette époque. On y apprend entre autres que ces institutions sont loin de n’être que politiques (Colonial Service, India Office, etc.), mais qu’elles sont aussi religieuses (le groupe de Clapham et la London Missionary Society), militaires, scientifiques (notamment via l’élaboration de savoirs cartographiques et juridiques) et économiques. La Compagnie britannique des indes orientales et la Compagnie de la Baie d’Hudson, deux entreprises privées créées pour tirer profit des ressources de l’Amérique du Nord et de l’Inde ont par exemple géré 90% du territoire de l’Empire au nom du souverain britannique!

Puis, en deuxième partie, on suit le parcours de trois Français qui ont circulé dans cet empire : l’un en Inde (l’administrateur Claude Martin qui y a fait fortune et a demandé à ce que ses avoirs financent l’ouverture de collèges privés qui existent toujours dans cette région), l’un dans l’océan Indien (le missionnaire Jean-Antoine Dubois qui a travaillé pour la Compagnie des Indes orientales) et l’autre au Canada (le père Albert Lacombe qui a contribué à affirmer une présence catholique francophone dans l’Ouest canadien).