fbpx
Blogues

Voyage au bout de l’été : les classiques dépoussiérés #7

par Émilie Rioux, le 10 août 2015 | Chéri(e) j’arrive

Les_Souffrances_du_jeune_WertherQuoi ? Les souffrances du jeune Werther, paru en 1774 anonymement lors de la Foire du livre de Leipzig. Une version remaniée et augmentée est aussi parue en 1787.

Qui ? Johann Wolfgang von Goethe (1749-1832), l’un des plus grands auteurs allemands, aussi dramaturge, poète, théoricien de l’art et, plus surprenant, homme d’État, passionné de sciences (optique, géologie, botanique, etc.). Ses autres œuvres les plus connues : Les affinités électives, Faust et Les années d’apprentissage de Wilhelm Meister.

Anecdote : L’impact qu’a eu le livre est plus célèbre que le livre lui-même : non seulement les gens s’habillaient à la Werther ou à la Charlotte, mais plus grave, on se suicidait « à la Werther ». Selon Germaine de Staël, « Werther a causé plus de suicides que la plus belle femme du monde. » En 1974, le sociologue américain David Philips parlera de l’effet Werther, un phénomène social dans lequel la médiatisation d’un suicide entraînerait par contagion une vague de suicides dans la population, le suicide étant légitimé par les médias.

De quoi ça parle ? C’est l’histoire du jeune Werther qui tombe amoureux de Charlotte, pourtant promise et bientôt mariée à Albert, à qui il reconnaît par ailleurs toutes ses qualités. Malgré sa fuite auprès d’une autre jeune fille et d’une autre société, Werther revient vers Charlotte et l’aime de plus en plus. Comprenant que leur amour est impossible, il finit par se suicider, seule issue possible à ses yeux.

Pourquoi il faut le lire ? Car il est le symbole du romantisme allemand. Le style de Goethe est très lyrique et poétique, et ce roman contient plusieurs passages sublimes sur l’amour et le sens de la vie.

Pour sa forme originale : roman épistolaire, Les souffrances du jeune Werther se décline sous la forme de lettres écrites par Werther à un certain ami, Wilhelm, dont on ne connaît quasiment rien. La dernière partie, « L’éditeur au lecteur », est écrite par un troisième personnage encore plus mystérieux, qui a recueilli les lettres de Werther et les informations sur les derniers instants de Werther ainsi que ses obsèques.

Adaptations : Il y a un avant et un après Werther. Sa forme et son contenu donnèrent lieu à plusieurs grands romans du XIXe siècle (dont Adolphe de Benjamin Constant et La confession d’un enfant du siècle d’Alfred de Musset) – il a en quelque sorte lancé le romantisme en France, avec entre autres Victor Hugo et Alfred de Vigny. Werther, plus spécifiquement, a aussi inspirés les auteurs : Les joies du jeune Werther de Friedrich Nicolai (parodie dans laquelle l’histoire se termine bien), Les souffrances du vieux Werther de Bohumil Hrabal (1991) et un opéra signé Jules Massenet. Le mot de la fin revient à Thomas Mann, qui a été lui aussi inspirés par le héros romantique de Goethe (Charlotte à Weimar, 1939) : « [Les souffrances du jeune Werther] est un chef-d’œuvre, un sentiment ravissant et un sens précoce qui font un mélange quasi-unique. Son thème est la jeunesse et le génie et il est lui-même né de la jeunesse et du génie. »