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Voyage au bout de l’été : les classiques dépoussiérés #9

par Émilie Rioux, le 1 septembre 2015 | Chéri(e) j’arrive

Fiche de lecture de Le silence de la mer

Qui ?

Vercors, de son vrai nom Jean Bruller (1902-1991), romancier, nouvelliste, dramaturge, graveur et illustrateur. Grand humaniste, il s’engage rapidement dans la Résistance française et continuera, après la guerre, à s’intéresser à l’actualité politique et sociale. Son autre titre-phare est Les animaux dénaturés (1952).

Le silence de la merQuoi ?

Le silence de la mer, nouvelle publiée clandestinement aux Éditions de Minuit en février 1942.

De quoi ça parle ?

Au début de l’Occupation de la France par l’Allemagne en 1941, l’officier Werner von Ebrennac s’installe dans la maison d’une famille française, soit un vieil homme (le narrateur) et sa nièce. Tandis que Ebrennac monologue sur le rapprochement des peuples et la fraternité entre Français et Allemands, le vieil homme et sa nièce restent enfermés dans un mutisme volontaire qui symbolise leur résistance et leur patriotisme.

Anecdote :

L’histoire, rédigée au cours de l’été 1941, est inspiré de faits réels : Vercors a lui-même accueilli un officier allemand avec une jambe raide qui jouait au tennis pour la rééduquer (dans un autre contexte que celui de cette fiction).

La création des Éditions de Minuit, d’abord une maison d’édition résistante, donnera lieu plus tard à la publication des écrivains du Nouveau Roman et de toute la nouvelle génération d’auteurs des années 1980 (Echenoz, Gailly, Toussaint, Chevillard, etc.).

Pourquoi il faut le lire ?

Huis-clos tendu à l’ambiance sur le fil du rasoir, Le silence de la mer est peut-être le symbole littéraire de la Résistance française durant la Seconde Guerre Mondiale, où la France devait accepter de se laisser envahir, occuper, sans rien dire (ou presque). L’écriture de Vercors retranscrit bien toute la tension qui règne entre la famille française et l’officier allemand.

Voyant le manque de dignité de certains intellectuels français en 1942 qui se laissèrent amadouer par le discours du Maréchal Pétain, Vercors écrit cette nouvelle pour mettre en garde ses compatriotes : même si les Allemands se tiennent correctement et que certains aiment sincèrement la France, il faut redoubler de vigilance et ne pas se laisser endormir.

C’est donc toute la dualité entre Résistance et Collaboration de la France de l’époque qui est exposée ici, et le lecteur, dans son interprétation, peut y voir une question éthique et morale qui dépasse ce cadre historique.

Adaptations :

Film de Jean-Pierre Melville en 1947 (très fidèle au texte), téléfilm en 2004, drame lyrique d’Henri Tomasi en 1959, et évidemment plusieurs adaptations théâtrales au fil des décennies, dont une en 1949 par Vercors lui-même.

par Cyril Schreiber