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Stevenson-Fonfara: Au-delà des attentes

par Directeur Sports, le 30 mai 2014 | Conduite antisportive

La dernière fois que j’avais vu Adonis Stevenson en personne, c’était dans les dédales du Colisée Pepsi et Superman annonçait alors qu’il quittait le Québec en raison du racisme dont il était victime de la part des médias… J’avoue ne pas avoir suivit le dossier déménagement, n’a pas perdu son passeport, c’est bien au Centre Bell qu’il se battait samedi soir, des milliers de Québécois scandant son nom durant tout le combat.

En coulisse dans le monde de la boxe québécoise, le mot se passait qu’Andrzej Fonfara avait été chanceux d’obtenir une chance contre Adonis Stevenson. On nous disait qu’il n’avait pas battu grand monde, que son style l’exposerait au puissant direct de Superman. Tout juste avant le combat, je m’amusais à prédire avec quelques journalistes autour de moi sur la galerie de presse dans lequel des 4 premiers rounds le « prince polonais » allait se faire passer le KO. Au premier round, un direct de Stevenson à travers les gants de Fonfara l’envoyait au plancher. C’est à partir de là, alors que les partisans pitonnaient déjà sur leur cellulaire pour choisir la terrasse de Saint-Denis où aller s’abreuver après le combat, que l’on a eu droit à un des meilleurs combats de boxe des dernières années au Québec.

Stevenson est ressorti champion, mais non sans avoir échappé à une petite grosse frousse au 9e round. Pendant 8 rounds, Fonfara a encaissé ce que Stevenson avait de mieux à lui offrir, volant même un round au passage. Tombé au plancher au 3e sur un puissant coup au corps, Fonfara a mordu dans son « mouthpiece », refoulé quelques grimaces, et a continué d’avancer sur Stevenson. Un dur, un vrai… Et ça a payé.

Alors que Stevenson peinait à trouver son deuxième souffle, le « punching bag » devant lui a fait taire les partisans du Centre Bell d’un seul coup de poing au menton de Superman.

 

Stupéfaction.

 

Ébranlé, le champion s’est relevé et il a du puiser loin dans ses ressources pour finir le round debout.

S’en sont suivi 4 rounds de boxe excitants durant lesquels chacun des boxeurs en redemandait lorsque l’autre le pinçait solidement. Au son de la cloche, Fonfara est monté aux 4 coins du ring comme s’il venait de l’emporter. La foule l’a hué, sachant que le favori local s’en tirerait assurément avec une décision unanime. Les juges l’ont confirmé. N’empêche, dur de dire que le polonais n’est pas ressorti gagnant de sa soirée. Au moment où Fonfara a pris le micro des mains de Jimmy Lennon Jr. au centre du ring, les huées se sont transformées en applaudissements nourris.

Chad Dawson a duré un round contre Adonis. Tavoris Cloud 7. Tony Bellew 6. Fonfara 12.

Son nom circule désormais chez les grands diffuseurs. Des centaines de milliers d’auditeurs ont maintenant le plus grand respect pour lui. Le chèque d’un million de dollars qu’il a reçu samedi soir ne sera pas le dernier.

« Stevenson était le meilleur ce soir. J’ai 26 ans, je serai champion du monde un jour », a lancé le Polonais avant d’aller panser ses plaies.

Pour un boxeur dont la suite s’appelle Bernard Hopkins, Adonis Stevenson ne peut que se réjouir d’avoir été poussé à la limite. À 49 ans bien sonnés, Hopkins est toujours au sommet de sa forme et personne ne maitrise aussi bien que lui l’art de cheminer à travers un combat de 12 rounds. Stevenson a eu un avant-gout samedi et il est plus apte aujourd’hui à affronter celui qui veut désormais se faire appeler « l’Alien » qu’il ne l’était la semaine dernière.

 

Un mot sur David Lemieux maintenant qui a réchauffé la foule juste avant Stevenson en matraquant Fernando Guerrero pendant 3 rounds avant de le mettre KO.

Un peu plus de 3 ans après s’être fait passer le KO en combat éliminatoire par Marco Antonio Rubio, Lemieux se retrouvait dans finalement samedi dans une situation similaire, avec devant lui un adversaire de haut calibre qui revenait d’un combat de championnat du monde. Lemieux l’a passé comme un faire-valoir.

Bien de l’eau a coulé sous les ponts depuis ses deux défaites consécutives (Rubio et Alcine) et son divorce de son entraineur de longue date Russ Anber. Lemieux est désormais un boxeur en bien meilleure forme, plus intelligent et capable d’être plus patient. Mais David Lemieux reste David Lemieux. Une tempête toujours prête à exploser au moindre signe de faiblesse de son adversaire.

Lemieux est un « finisher », et quand il sent l’odeur du sang, il achève ses proies. Pour les amateurs, c’est de toute beauté.

Passé pro à 18 ans, Lemieux est encore jeune. Les diffuseurs, comme c’était le cas il y a 3-4 ans, recommencent à se l’arracher, un brillant avenir est toujours devant lui.

En finissant, un petit mot sur Kevin Bizier. Il a gagné, mais la carte concoctée par GYM le plaçait dans les combats suivant le combat principal (oui, il y en a et non, les gens ne restent pas pour les regarder). La veille, le boxeur de Québec, toujours souriant à l’habitude, avait la mine longue. C’est triste de voir Bizier, qui devrait normalement être au somment de sa carrière, se retrouver dans une situation semblable. Rarement on a vu un boxeur québécois être aussi malchanceux que lui. Des blessures à d’autres l’on tenu en dehors du ring pendant un an et une défaite très discutable contre un Jo Jo Dan endormant l’a fait reculer de trois pas dans sa carrière. Le talent et le désir, par contre, sont toujours là pour Bizier et le temps est probablement venu pour lui de changer de promoteur. GYM a trop de champions à promouvoir et Bizier est devenu l’éternel négligé. Pourquoi ne pas aller voir ce que le nouveau joueur Eye of the Tiger Management aurait à lui offrir?

 

Guillaume Piedboeuf / @gpiedboeuf/ Directeur des sports /