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« Anomalie » de Louise Attaque : À l’Intérieur, un Détournement

par Émilie Rioux, le 19 février 2016 | Chéri(e) j’arrive, Critiques musicales

par Cyril Schreiber

On ne l’attendait pas, ou plus, ce quatrième album de Louise Attaque. Il y avait entre autres la carrière solo de Gaëtan Roussel, son chanteur, qui fonctionnait très bien. Mais semble-t-il que l’on n’a « qu’un groupe dans sa vie » dixit le principal intéressé, et en l’occurence « l’impression de ne pas avoir tout dit ».

Louise réattaque donc, cette fois-ci en trio : Alexandre Margraff, batteur du quatuor original, a quitté le navire. Une profonde déchirure dans l’histoire du groupe, évoquée ça et là, notamment dans Du grand banditisme. Mais, comme mentionné dans Un peu de patience, « toutes les pages un jour ou l’autre se tournent ».

Louise AttaqueAnomalie, donc, un album très court de dix titres, une trentaine de minutes. Si la première moitié, qui comporte l’excellente pièce-titre, est nerveuse et uniforme, la variété est peu plus de mise dans les cinq chansons suivantes, avec un discours plus calme, apaisé. Au centre du disque, un coup de cœur : L’insouciance, récit d’une année 2015 horrible en France, avec une belle partition de violon à deux couches d’Arnaud Samuel. C’est la chanson la plus longue, la plus émotive, la plus belle, paradoxalement.

Clairement, ce nouveau matériel ne ressemble à peu près pas à ce que l’on a pu entendre auparavant de la formation française. Certes, Louise Attaque se réinventait un peu déjà à chaque album, mais ici, la métamorphose est abrupte : les deux albums solo de Roussel (Ginger et Orpailleur) font sûrement partie des influences du jeune producteur britannique Oliver Som, né dans les années 1990 comme le groupe. Ils trouvent un écho dans les sonorités, les arrangements plus rock electro que chanson française traditionnelle. Quant aux paroles, toujours portées par la voix singulière de Gaëtan Roussel, elles sont répétées souvent, plus métaphoriques que concrètes.

Louise Attaque a vieilli, s’est réinventé, forcément : les fans de la première heure, encore attachés au rock acoustique des débuts, seront désappointés. Mais en acceptant cette évolution, et en écoutant plusieurs fois Anomalie pour apprivoiser ces nouvelles chansons et en découvrir les multiples couches de sens, le public (re)découvrira un groupe au sommet de son art, avec un nouveau son qui ne plaira pas à tous, mais qu’on peut qualifier d’audacieux.