fbpx
Blogues

Bernardino Femminielli – Plaisirs Américains

par Guillaume Pépin, le 26 août 2016 | Critiques musicales

C’est nocturne. C’est d’une urbanité gluante, d’un érotisme frôlant la pornographie, d’une violence dérangée dans sa retenue. Ce sont les Plaisirs Américains de Bernardino Femminielli. Faisant parlé de lui à l’étranger, notamment sur le très estimé Pitchfork, cet album, pourtant enregistré et lancé à Montréal, peine à sortir d’un certain cercle d’initiés alors qu’il mériterait de se retrouver dans la discothèque de quiconque se proclame amant de la scène alternative québécoise.

Évoquant sans détours Gainsbourg période Gainsbarre, c’est la faute à la voix basse et désabusée qui déclame les textes, et ne cachant pas ses emprunts au Bowie berlinois/post-cocaïne, Femminielli nous entraîne dans un univers très dance, pour ne pas dire disco, dont la dimension surannée est passée sous les mitrailles de la paranoïa, des excès narcotiques et d’une certaine déshumanisation du rythme.

Plaisirs Américains se révèle un album d’une froideur qui commande la fascination, d’une métrique si sensuelle dans son robotisme qu’il projette en nos esprits le mirage d’une Montréal post-cybernétique dans laquelle il nous faudrait rechercher l’étreinte à tout prix, quitte à tuer ce qu’on tenait pour chéri.

Cette facette très dansante de l’album se voit complémentée par un certain romantisme, incarné entre autres par les guitares acoustiques, qui se pointe le bout du nez en fin de parcours pour nous rappeler que le soleil finit toujours par tuer la fête et que l’ivresse, bien qu’éternelle dans son absolu, ne peut s’empêcher de nous laisser tomber quand on a le plus besoin d’elle. C’est doux, comme le meurtre.