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La poursuite du bonheur : critique de « Désherbage » de Tire le coyote (album + spectacle)

par Cyril Schreiber, le 10 décembre 2017 | Chéri(e) j’arrive, Critiques musicales

Mine de rien, Tire le coyote bâtit discrètement une solide carrière qui le fait connaître de plus en plus. Désherbage, son quatrième album studio complet, est l’une des sorties les plus remarquées de la nouvelle cuvée de chanson québécoise.

Symbolisée par une belle pochette signée Martin Bureau, cette nouvelle livraison prouve une fois de plus, si besoin est, tout le talent du chanteur né à Sherbrooke mais établi à Limoilou, et devrait finir de convaincre les plus sceptiques – même ceux qui doutent de sa manière de chanter, de sa voix si particulière, une caractéristique qui s’estompe à force de l’écouter tant elle fait partie de son identité.

Tire Le CoyoteSur Désherbage, on peut entendre dix nouvelles chansons très bien produites, mélangeant l’acoustique et l’électrique, où les guitares et les claviers occupent une belle part du gâteau : un résultat rendu possible grâce à la complicité de ses musiciens avec qui il évolue depuis plusieurs années, ses guitaristes Shampouing et Simon Pedneault en tête.

À travers son écriture poétique et imagée, Benoit Pinette s’exprime non seulement de son point de vue – un homme de son époque, conscient de ses failles, qui tente le bonheur, l’avenir, sans renier le passé, l’enfance –, mais aussi d’une certaine façon pour sa génération, ou du moins ses semblables, avec encore une fois la femme comme issue de secours. Car les images qu’il met dans ses textes sont mille fois plus fortes et plus vraies que les discours d’amour traditionnels, reflètent parfaitement les interrogations que se font les jeunes adultes d’aujourd’hui en quête de sens. Sa plume sensible trouve ironiquement son apogée dans sa traduction libre de Video games de Lana Del Rey en conclusion d’album, un petit bijou aussi beau et poignant que l’original.

On aurait donc tort d’entendre Désherbage sans l’écouter attentivement, sans s’attarder aux textes et à sa qualité musicale. On ne saurait que recommander chaudement cet album ainsi que les précédents, autant de jalons dans une carrière qui prend graduellement de l’ampleur d’un chanteur au sommet de son art qui a trouvé sa voie sans pour autant se dénaturer.

À voir/écouter : Tes bras comme des murailles à Ici Musique, Le ciel est backorder et Jeu vidéo.

Cyril Schreiber


EN SPECTACLE

Jouer à la maison, c’est toujours quelque chose de spécial. Et Tire le coyote ne fait pas exception à la règle : son deuxième passage au Grand Théâtre samedi soir, deux ans après le premier, dans une salle Octave-Crémazie complète, devait faire office de date distincte des autres en ce début de tournée de Désherbage.

Toujours accompagné par ses fidèles musiciens, les mêmes que sur l’album (en plus d’un deuxième guitariste, Guillaume Bourque), Benoit Pinette a donc proposé à son public survolté ses nouvelles chansons, un peu plus rock, un peu plus progressives, un fait dû notamment aux deux guitaristes sur scène et aux claviers de Vincent Gagnon.

Mais Tire le coyote excelle aussi dans les ballades acoustiques intimistes, comme ce fut le cas en début de première et deuxième partie ainsi qu’au premier rappel : Pouvoirs de glace, Jolie Anne ou Rapiécer l’avenir avaient ainsi droit à des versions débranchées, à l’ancienne, autour d’un micro.

Pinette profite aussi de la présente tournée pour inviter un poète du coin afin qu’il lise des extraits de son œuvre, car la poésie est selon lui trop peu présente dans nos vies. Ce soir-là, ce fut Erika Soucy. Une belle initiative, même si le format n’est peut-être pas le meilleur pour découvrir, ou savourer, la poésie au sens large et celle de Soucy particulièrement.

Si les chansons de Désherbage formaient le cœur du spectacle (parmi lesquelles son excellente adaptation française de Video games de Lana Del Rey), Tire le coyote ne s’est pas fait prier non plus pour piger dans ce qu’il appelle ses « greatest hits », un mélange de ses trois albums précédents : étaient donc au rendez-vous une longue version rock de Confetti, les incontournables Calfeutrer les failles, Chainsaw et Jésus, ainsi que Moissonneuse batteuse pour conclure un spectacle bien équilibré où la douceur côtoyait un rock efficace – grâce à ses excellents musiciens – et durant lequel on a pu constater, encore une fois, que Tire le coyote est l’une de plus belles plumes de la chanson québécoise actuelle.

La setlist ici. En supplémentaire le 14 février prochain, toujours au Grand Théâtre de Québec.

Cyril Schreiber

Auteur : Cyril Schreiber