fbpx
Blogues

Le geste avant la déférence : Lomax de Betty Bonifassi

par Guillaume Pepin, le 28 février 2016 | Critiques musicales

L’hommage peut s’avérer un drôle d’exercice. D’un côté, il faut préserver, avec une précaution quasi muséale, ce qui, dans la production originale, motive l’hommage rendu, De l’autre, il faut renouer avec  la fougue et l’audace qui ont permis à l’œuvre célébrée de bousculer quelque chose,  de définir une époque.  Il arrive souvent que la déférence l’emporte sur le geste; l’on se retrouve alors avec un disque dont la pertinence est discutable. Le cas de Lomax de Betty Bonifassi nous intrigue pour la raison inverse, c’est-à-dire que l’album célèbre un esprit, celui des esclaves afro-américains, et une démarche scientifique, à savoir la documentation des musiques traditionnelles par l’ethnologue américain Alan Lomax, à travers des compositions originales, mais hautement connotées.

Dans une esthétique résolument blues rock, actuelle de par sa facture, Bonifassi et Jesse Mac Cormack, son co-compositeur et réalisateur, proposent des chansons qui font vaguement écho aux plaintes des champs de coton grâce à l’utilisation du chœur et au vocabulaire musical employé. Quelques chansons passent, puis on sent rapidement que les enregistrements de Lomax ne constituent pas le point central de l’album, mais plutôt son point de départ. Et que c’est la trajectoire de ces chants à travers le XXe siècle, du fond des plantations jusqu’au sommet des palmarès, que le tandem célèbre. La sublimation d’une  vie  insupportable devenue, au fil des époques, une célébration de l’existence; le blues comme voie de la résilience pour tous. Au final, Bonifassi nous offre un disque vivant et incarné, quoique ne transcendant que ponctuellement le courant dans lequel il s’inscrit.