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Millimetrik – Sour Mash

par Ariane Lehoux, le 18 avril 2017 | Critiques musicales

Un sour mash loin d’être en dérive 

« Le plafond est bas. Les nuages sont cousus à la neige. Et il pleut depuis une dizaine de jours. Parfois plus fort, parfois moins. Comme si le ciel voulait maintenant accélérer les choses et faire fondre le décor. » (C. Guay-Poliquin, 2016, Le poids de la neige, La Peuplade, 261).

Je me sentais snowsick ces jours-ci et, splouf, le dernier EP de Pascal Asselin, alias Millimetrik, a mis l’ancre dans mon iPod. Du beat qui a fait fondre le décor, qui a fait perdre de son amplitude à la neige. Écouter Sour Mash en boucle et lire par moments Le poids de la neige tout à la fois, il y avait là comme une douce contradiction, de quoi méditer et se laisser-aller against the flow. Un EP qui n’est pas cousu de fil blanc. Ça ne m’est pas tant apparu comme d’une évidence qu’il se plaçait en succession à Fog Dreams. (Et tant mieux!) Du tout nouveau « gréement » électro passé au tamis.

« Sour Mash, c’est un double sens. Pour la préparation de certains whiskys américains, on garde un fond de baril pour démarrer une autre batch. Comme trois des quatre tunes [du EP] sont des sons non utilisés de Fog Dreams, des retailles de chansons, ça fait un beau clin d’œil. » (Voir (16/02/17), C. Genest)

millimetrik, sour mashJe n’y ai vu que du feu. Ça donne une batch cousue d’or, toute riche qu’elle est en rythmiques atmosphériques et en tonalités originales de voix qui se sont livrées en mode carte blanche. Joey Proteau dans Seasick, c’est sick, décidément. Sur la fin, quand les arrangements sonores d’Asselin aussi se déchaînent de plus belle, la voix de Proteau avait comme un je-ne-sais-quoi… de la voix de Michael Trent Reznor. Et même le beat, un je-ne-sais-quoi de ce que Nine Inch Nails fait de plus ambient. Une de cinq, c’est là qu’on monte la température du sirop d’érable à 180 °F, qu’on lâche le fromage Boursin dans les patates pilées. La table est mise pour le reste du EP. Devant la facture minimaliste du Marin de Fort Lover, je suis vendue. (Chapeau aussi à David B. Ricard pour le clip!) Il y a de ces percussions, qui filent comme une cascade. Une pièce de presque quatre minutes que j’aurais imaginé se prolonger sur plus de dix. Trop loin de toi dans sa version instrumentale, idem. Comme une tempête de neige qu’on vit de l’intérieur d’un foyer chaud : on veut voir s’accumuler les centimètres. La répétition dans la musique de Sour Mash, on ne s’en lasse pas; elle réconforte, excite les flammes de notre petit « feu du dedans ». Avec Un télégramme de Gordon, on a une émotion musicale. Carrément. Dans le trip hop, sous des sons caverneux, des échos de doux engouffrement dans l’immensité, on s’imagine en road trip ou plutôt en ferry trip, entre Souris et Cap-aux-Meules ou encore plus près de nous, entre Québec et Lévis. Oui, observez la pochette.

Less is more. Pascal Asselin a le tour d’organiser l’écriture de sa musique dans un système. Un système de constellations, pas d’astérismes, puisque c’est bien plus complexe. Ce n’est pas donné à beaucoup de jouer avec les notes de la sorte.

Alors, surveillez donc la proposition musicale de Pascal Asselin au Musée national des beaux-arts du Québec : Lonely Nights, l’exposition, du 14 au 25 mai 2017, dans les cellules du pavillon Charles-Baillairgé.

Auteur : Ariane Lehoux